Photographie Marius Knieling

à quoi ressemble la jeunesse queer de cape town ?

Nous sommes partis à la rencontre de la communauté LGBTQ de Cape Town pour comprendre face à quels défis elle se retrouvait confrontée.

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juin 22 2018, 9:44am

Photographie Marius Knieling

Brandon Browne, 19 ans

Que fais-tu ? Je suis mannequin. Comment fais-tu pour exprimer ta personnalité à travers ton travail ? Quand j’ai commencé le mannequinat, j’avais beaucoup de mal à laisser ma personnalité s’exprimer sur les images. Je pensais qu’il fallait que je renvoie une certaine image de moi. Mais j’ai fini par comprendre que je devais rester authentique, être la même personne au travail que dans la vie. C’est comment, de grandir en tant que queer en Afrique du Sud ? C’était très compliqué. J’avais constamment peur de laisser transparaître mon identité queer en public. Ça m’a forcé à devenir mature très tôt. Quel conseil tu donnerais à quelqu’un qui a du mal à se trouver ? Reste ouvert à toutes les possibilités. Au début, je n'aurais jamais imaginé pouvoir signer dans une agence, mais lorsque je me suis ouvert à cette possibilité, je suis tombé amoureux de cette industrie et je suis devenu mannequin à plein temps. Quand tu ne travailles pas, qu’est-ce que tu préfères faire ? J’adore rencontrer de nouvelles personnes et retrouver mes amis. Et puis continuer d’explorer la nuit queer, qui peut être incroyable. Quel est le meilleur conseil que l’on t’ait donné ? Accepter l’échec. Même si les choses ne vont pas dans ton sens, il y a toujours quelque chose à tirer de l’échec. Comment se souviendra-t-on de ta génération ? Comme d’une génération qui repoussait les limites. Ces dernières années ma génération a mis à rude épreuve les standards sociétaux. Nous avons lancé des discussions nouvelles et indispensables sur le genre, l’identité, les problèmes raciaux et la politique.

@brandon.idk

Daniel Walton, 19 ans

Que fais-tu ? Je suis photographe, peintre et reine du club. C’est comment de grandir en Afrique du Sud quand on est queer ? C’est très difficile. Particulièrement quand tu es fem, trans, non-conforme aux idées fermées du genre. Ici, toute personne qui menace la masculinité cis-hétéro est généralement punie, d’une manière ou d’une autre. Il y a de la violence et beaucoup de voix sont réduites au silence, par les gens de l’extérieur mais aussi par des membres de la communauté. Ça peut devenir plus simple une fois que tu trouves tes sœurs, ta famille. Quel est le plus grand avantage dans le fait de vivre au Cap ? Et le pire inconvénient ? Le plus grand avantage, c’est qu’il y a énormément d'artistes qui réussissent et qui font des choses que l’on n’a jamais vues avant. Il y a toujours quelqu’un en passe de produire quelque chose de magnifique, qui casse les barrières. Le pire, c’est d’avoir à subir la queerphobie. Le flicage de nos corps en ville est quelque chose que je déteste profondément. Quel conseil tu donnerais à quelqu’un qui a du mal à se trouver ? Tu n’es pas seul. Tu as une grande famille qui t’attend. Il faut juste que tu t’invites à la fête. Une fois que tu auras appris à t’aimer toi-même, il ne t’arrivera que de belles choses et tu attireras les gens avec qui tu mérites d’évoluer. Alors tu comprendras que tu es beau, méritant et que tu n’es pas seul. Qu’est-ce que tu préfères faire dans ta ville pendant tes jours libres ? Une session voguing en club, une balade en nature, prendre des photos, explorer de nouveaux endroits avec mes amis. Quel est le meilleur conseil qu’on t’ait donné ? C’est usé jusqu’à la corde, mais « Ne change pour personne. » Je vis ma vie en essayant de rester authentique, fidèle à moi-même, en ne changeant rien de moi pour personne, parce que je suis très bien comme je suis. Quelle est la chose la plus courageuse que l’on puisse faire en tant que jeune ? N’en avoir rien à foutre ! Être authentique, soi-même, se concentrer sur soi et sur son bonheur.

@danielwaltonn

Luvuyo Equiano Nyawose, 24 ans

Qu'est ce que tu fais dans la vie ? Je suis réalisateur, performeur et artiste visuel. Comment fais-tu pour exprimer ta personnalité à travers ton travail ? Le premier objectif de mon travail est de créer de la discussion autour de sujets sociétaux qui gangrènent l'Afrique du Sud. À travers l'engagement visuel, je cherche à mettre le public face au racisme, à l'homophobie, à l'inégalité - pour permettre de voir les choses évoluer de manière positive. C’est comment de grandir en Afrique du Sud, quand on est queer ? Je me suis menti pendant un bon moment sur ce que ça avait été de grandir en étant queer. À posteriori, j'ai compris que j'avais occulté certaines choses pour me protéger de la douleur, du trauma. Je me suis récemment souvenu à quel point l'école avait pu être traumatisante pour moi et combien j'avais pu être bizuté en raison de ma féminité. Je n'ai jamais eu le luxe de découvrir ma sexualité et mon orientation. À l'âge de 3 ans, on m'a dit que j'étais gay mais je ne savais pas ce que ça voulait dire. J'ai compris à la façon dont on me le disait qu'il s'agissait de quelque chose de répréhensible. Je me souviens que je suis rentré chez moi et que j'ai demandé à ma mère si j'étais une tapette. Elle est restée figée. Qu'est ce qui t'excite le plus cette année ? « Ses’fikile - siwu mndeni », qui signifie

« nous sommes ici, nous sommes une famille ». C'est un évènement qui inclut une avant-première de cinéma, une expo, des performances live et une célébration d'espaces safe et inclusifs liés à la culture club. Cela aura lieu au Zer021, un club connu pour accueillir des fêtes qui célèbrent les queers de Cape Town. Il y aura aussi des performances de FAKA, d'Angel-Ho et de pleins d'autres. Qu'est-ce que tu préfères dans le fait d'être jeune en 2018 ? Le fait de vivre dans une Afrique du Sud post Apartheid. Nous pouvons aujourd'hui écrire nos propres histoires et vivons nos véritables identités.

@luvuyoequianonyawose

Hayden Del Rey

Hayden Del Rey, 26 ans

D’où viens-tu ? Le Cap, Afrique du Sud. Que fais-tu ? Je suis styliste et mannequin à mi-temps. Comment exprimes-tu ta personnalité ? J’ai toujours aimé expérimenter différents looks et différents styles, depuis que je suis petit. Un style pour chacune de mes humeurs et personnalités. Un jour je vais être minimaliste, le suivant totalement l’inverse. J’aime l’idée de construire des looks en fonction de mes émotions. C’est comment de grandir en Afrique du Sud, quand on est queer ? C’était plutôt facile pour moi, vu que j’ai grandi avec mes parents, et que leurs parents ont des queer dans leur famille. Chez moi, l’environnement était « safe ». Mais dès que je quittais cet espace privilégié c’était très difficile, au point que j’ai déjà été harcelé dans les transports en commun à cause de ma féminité. C’était dur, mais ça m’a rendu plus fort. Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui a du mal à se trouver ? N’abandonne pas, ne te décourage pas. Continue à apprendre, à t’ouvrir à de nouvelles choses. Ma mère m’a toujours dit de faire les choses à fond, je crois que ça résume bien la situation. Qu’est-ce que tu aimerais voir changer dans le monde ? Tout est à changer, non ? Plus sérieusement, je dirais qu’en tant que personne queer et de couleur, je ressens encore une énorme exclusivité au sein de notre communauté. J’aimerais que ça change et que tous les membres de notre communauté soient inclus, mis en valeur, célébrés. J’ai l’impression que nous vivons dans la quatrième dimension en ce moment, mais avec des figures comme Janelle Monae, la scène drag et le mouvement #MeToo, je pense que nous entrons dans une période plus libérée, et je suis prêt à l’accueillir !

@haydie_

Photographie Marius Knieling
Stylisme Mikhailia Petersen

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.