J'ai traversé les Etats-Unis en caravane, et voici ce que j'ai vu

Inspirées par une communauté nomade de lesbiennes des années 70, la photographe Devyn Galindo et sa compagne Hope Steinman-Iacullo ont entrepris leur propre road trip.

par Ryan White
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25 Février 2020, 3:41pm

La légende raconte que les Van Dykes étaient un groupe de femmes homosexuelles qui voyageaient, telle une caravane, à travers les États-Unis et le Mexique dans les années 70. Vivant au jour le jour, elles recherchaient une vie de "rébellion radicale et de conscience féministe", loin de la monotonie de la normalité et des contraintes sociales de la société américaine d'alors. “Elles sont devenues une sorte de légende urbaine,” explique la photographe Devyn Galindo, qui entendit pour la première fois parler de cette communauté dans un article du New Yorker de 2009 Lesbian Nation: When gay women took to the road, sur lequel elle n'est tombée par hasard que l'an dernier. “Je m'apprêtais à partir pour mon premier road trip avec ma copine lorsqu'elle m'a envoyé cet article d'Ariel Levy. Je suis tombée complètement amoureuse de l'imaginaire fantastique que représentait cette communauté. Prendre connaissance de documents qui prouvaient qu'elle avait réellement existé me semblait presque surréaliste. C'est comme si nous vivions dans deux univers parallèles, et nous ne savions toujours pas que nous allions entreprendre un voyage analogue. On avait l'impression qu'il s'agissait là d'un passage de témoin, spirituellement parlant.”

Née en Californie, Devyn a grandi pour partie à Garden Grove, une petite ville du nord du comté d'Orange, avec sa famille élargie, et pour partie en se déplaçant dans le Sud et le Midwest américain avec sa mère. "Ce sont les deux expériences les plus formatrices de ma vie. Elles m'ont permis de comprendre l'immensité de la réalité américaine". À 13 ans, elle commença à prendre des photos et à développer ses propres pellicules, une expérience qui - comme pour de nombreux photographes avant elle - lui a offert une expression artistique et des moments de répit, surtout lorsque la vie autour d'elle devenait difficile. "J'ai été attirée par la chambre noire. Regarder les images apparaître comme par magie sur le papier, mélanger les produits chimiques et chronométrer tout cela comblait à la fois mon cerveau analytique et artistique. Je pouvais me perdre dans ce monde pendant des heures".

VAN DYKES by devyn galindo

Inspirée par les travaux de Catherine Opie - "La manière dont elle interagit avec ses modèles est intime et crue" - Devyn exprime à la fois une vulnérabilité intense et un profond respect envers ses modèles, et ce dans toutes ses oeuvres. Elle réalise de magnifiques portraits de communautés longtemps ignorées dans la photographie grand public. "Je trouve mon inspiration dans les communautés auxquelles je tiens le plus : les histoires de queer, les histoires des minorités, et plus généralement celles qui sont centrées sur les femmes. La culture visuelle a longtemps été dictée uniquement par les hommes et leurs désirs. Mon travail est là pour rompre cette monotonie."

Sa nouvelle oeuvre, dont l'inspiration et le nom proviennent des Van Dykes, raconte le voyage de trois mois de Devyn et sa petite amie à travers l'Amérique et les histoires émouvantes qu'elles ont découvertes en chemin. "Je voulais aborder ce sujet avec grâce, je ne voulais pas me présenter avec un programme préétabli et un appareil photo à balancer à la face des gens", dit-elle. "Je voulais être presque invisible pour ce projet. Tout l'art résidait dans l'histoire et l'échange. Je voulais que la dimension visuelle soit naturelle et non forcée ou glamour. J'aime mettre en valeur le pouvoir des individus, leur identité et leur beauté, surtout lorsque leur communautés ont pu être rendues invisibles".

VAN DYKES by devyn galindo

Les images, combinées aux interviews des sujets et aux mots de sa partenaire griffonnés sur le papier du bloc-notes, créent une merveilleuse ode à la vie sur la route et aux histoires émouvantes que l'on peut trouver en chemin si l'on cherche bien. "Travailler avec ma partenaire sur un projet artistique était une nouvelle aventure - nous avons dû apprendre à jouer sur les forces et les faiblesses de chacun. Cela exigeait une nouvelle forme de vulnérabilité. C'était aussi amusant de s'explorer mutuellement à travers l'objectif de la caméra, de voir comment nos perceptions réciproques se manifestaient dans le travail. En fin de compte, c'était gratifiant de pouvoir créer quelque chose comme ça ensemble."

Devyn a crée une plateforme participative pour les personnes qui sont intéressées par son projet.

VAN DYKES by devyn galindo
VAN DYKES by devyn galindo
VAN DYKES by devyn galindo
VAN DYKES by devyn galindo
VAN DYKES by devyn galindo

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Credits


Photographies de Devyn Galindo

This article originally appeared on i-D UK.

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