Photographie : Marie Ouardiya

identifié.e.s ? le festival qui réveille les consciences

Wit., Lafawndah, Moesha 13, Lala&ce... Ça commence vendredi à Paris et i-D vous fait gagner des places.

par Marion Raynaud Lacroix
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26 Mars 2019, 9:13am

Photographie : Marie Ouardiya

« L’autre jour, je suis tombé sur Zemmour à la télé qui disait - en gros - que pour être Français et assimilé, il fallait avoir un prénom français, s'habiller comme on s'habille en France, et intégrer la culture française à la place de toute autre explique Dourane Fall. Alors qu'en réalité, si la France est si exceptionnelle, c'est grâce à ce qu'elle a pris ailleurs, à l'immense richesse de ses influences. La vraie culture française est une culture métissée - et ce depuis très longtemps. » Né de l’association de Filles de blédards et Chkoun is it? - deux collectifs tournés vers la mise en partage de la fête et de l'espace social - le festival identifié.e.s ? se tiendra du 29 au 30 mars entre Paris et Saint Ouen (à La Station, Mains d'oeuvres et au Klub). Porté par l'envie d'investir l'espace et de faire dialoguer les arts, il s'inscrit dans une démarche joyeuse et nécessaire : interroger, élargir et célébrer les possibles de l'identité.

« Aujourd'hui, dès lors que tu fais partie d'une minorité - qu'elle soit sexuelle, raciale ou autre - occuper l'espace devient compliqué. On s'est rendus compte qu'à nos deux collectifs, on était plus forts » explique Alexia Fiasco, membre du collectif Filles de Blédards. « On avait envie de faire un événement démocratique, qui puisse être accessible à tout le monde, et pas forcément qu'à nos potes qui appartiennent, à leur niveau, à une forme d'élite culturelle. » poursuit Sofia Ould Kaci, co-fondatrice du collectif Chkoun is it?. Derrière l'envie de rassembler à travers la fête, le festival identifié.e.s ? poursuit donc l'objectif d'apporter des modèles de représentation à portée de la jeunesse française issue de l'immigration - se détachant, pour une fois, des success stories américaines trop lointaines pour sembler vraies.

« Quand nos parents sont arrivés, il y avait quelque chose de l'ordre de la survie. L’urgence, c’était d’être assimilés explique Alexia. Chez certains, ça a entrainé un réel manque de transmission. Pourtant, je le sens chez plein d’artistes et beaucoup de personnes de mon entourage : ce retour aux racines, au pays d'origine et à l’idée d'enracinement peut créer un énorme déclic. » En prenant l'espace, identifié.e.s ? entend aussi valoriser un héritage culturel sacrifié au nom d'un principe d'assimilation mortifère qui, en encourageant des générations d’immigrés à gommer leurs origines pour « s’intégrer », les a aussi poussées vers l'oubli. « On nous a imposé cette injonction à la définition, alors que nos parents étaient eux-mêmes issus de l'immigration. La définition forcée, c'est l'idée que par ta simple apparence physique, on va te renvoyer que tu n'es pas Français, ou que t'es une fille et pas un garçon poursuit Dourane. Pourtant, on s'est tous rendus comptes, à travers nos vies personnelles, qu'on était beaucoup plus que ça. L'identité, elle est multiple, hybride et c'est le message qu'on a envie de porter. »

De Lafawndah à Wit. en passant par Lala&ce, Crystallmess, Bamao Yendé ou Dustina, la programmation d'identifié.e.s ? prend le pari de mêler club, lives, projections et performances dans l’envie de rassembler différents publics et de circuler à travers les sensibilités. « Le fait qu'un mec comme Wit. vienne se produire à un festival comme le nôtre, c'est trop bien. On a très peu d'argent et il a dit oui presque tout de suite. C'est pas un parisien, il est arabe, il a des tatouages et dans ses clips, le mec a vraiment un côté alien » dit Alexia. « Je crois que si on devait trouver un point commun à tous ces artistes, c’est l’hybridité dans son grand ensemble – cette idée d’identités multiples, à explorer. poursuit Sofia. Et si on a mis un point d'interrogation, c'est parce qu'on voudrait que les gens repartent avec plus de questions. On ne prétend pas donner les réponses, on ne demande qu'à ce que les gens repartent avec moins de certitudes ». Pour Dourane, il s'agit aussi d'ouvrir au fait que le voyage répond à l'idée même d'identité : « On peut voyager sans quitter son pays ou sa ville - en traversant des frontières qui sont invisibles et partout dans notre quotidien, en se mettant en danger, en allant voir ailleurs si on y est. Moi, en allant ailleurs pour voir si j'y étais, je me suis rendu compte que j'y étais. Alors que j'aurais pu rester toute ma vie au même endroit. » Pour toutes celles et ceux qui ont la chance de pouvoir se rendre au festival, le voyage commence vendredi à 14h.

Pour gagner vos places, écrivez nous à idfrance@i-d.co

L'intégralité du programme du festival est à retrouver sur la page Facebook de l'évènement.

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Musique