Photography Sacha Lecca.

chloë sevigny joue un CRS dans le nouveau clip dystopique des pussy riot

Pussy Riot célèbre l'anniversaire de l'élection de Trump avec un hymne de résistance punk. Nous avons rencontré Nadya Tolokonnikova pour essayer de comprendre comment résister à l'autoritarisme.

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09 Novembre 2017, 12:21pm

Photography Sacha Lecca.

La Pussy Riot Nadya Tolokonnikova préfère l’action aux mots. Lorsqu’on la retrouve dans un agréable restaurant new-yorkais de West Village, nous sommes un lundi, il fait anormalement beau pour la saison et il est clair qu’elle n’est pas là pour se faire un steak-frites. « Je m’attendais à voir plus de manifestations après la Women’s March, lance-t-elle prudemment. [Manifester] est quand même beaucoup plus marrant que de rester assise dans un restaurant. C’est la meilleure drogue au monde, ce sentiment d’unité. »

Depuis que l’Amérique s’est réveillée devant la menace autoritaire l’an passé, Nadya s’est changée en meneuse de jeu, appelant à la résistance dans un mélange d’hymnes punk et d’actions politiques. Deux semaines avant l’élection de 2016, les Pussy Riot ont délivré un appel enjoignant le pays à se réveiller sous la forme d’un « Make America Great Again », une vidéo troublante et prophétique « poutinisant » la politique américaine en imaginant que Trump allait gagner. Pour marquer l’anniversaire de son élection – et celui de la Révolution Russe – le collectif féministe punk est de retour avec « Police State », co-écrit avec Rickey Reed.

Le nouveau clip condamne avec force la « tendance » à l’autocratie qui, selon Nadya « se répand dans le monde comme une maladie sexuellement transmissible. » On y retrouve une Chloë Sevigny très convaincante dans le rôle d’une policière anti-émeute, la matraque à la main, menaçant les femmes cagoulées en face d’elle. Des gosses masqués sont forcés de regarder une vidéo de Poutine avec sa marionnette américaine, et les paroles – « Oh my God, I’m so happy I could die / My God, I’m so happy I could cry » - respirent la joie feinte et l’auto-censure. « Tout le monde fait la même chose, chante Nadya, et ça me rend heureuse. » C’est par le biais du réalisateur de la vidéo, Matt Creed, que Chloë a rencontré le groupe. « J’étais vraiment extatique, c’est un modèle, et elle est très sympa, assure Nadya de l’icône du cinéma indé. C’est une actrice américaine en qui l’on peut faire confiance. »

Photography Sacha Lecca.

Nadya s’y connaît en États policiers. Après sa libération de prison en 2013, elle allait visiter Rikers Island pour soutenir l’héroïne d’Occupy Wall Street Cecily McMillan. Et pour saisir à quel point les conditions de vie sont désastreuses dans la (tristement) célèbre prison new-yorkaise, elle demandait à goûter la nourriture proposée aux prisonniers. Une requête refusée. « Dans les prisons américaines, tu peux remplacer ton repas avec un tas de merde, ça ne change pas grand-chose, me raconte-t-elle. C’est n’importe quoi. » En Russie, Pussy Riot travaille avec des avocats qui se battent pour améliorer la vie des prisonniers, et même si Nadya n’en est qu’au début de ses déconvenues américaines, elle est déjà sûre d’une chose : « Il y a plus de connards à la Maison Blanche qu’en prison. »

Alors que les États-Unis sont sur le point de « célébrer » le premier anniversaire de l'investiture de Donald Trump, Nadya exhorte l'opposition à ne pas chercher de gratification immédiate dans l'action militante et la résistance : « Personne n'a jamais promis que la vie n'était faite que de happy endings. Nous ne vivons pas dans un film hollywoodien. » Notre ennemi commun n'est pas forcément Trump mais l'apathie politique. Et l'orsqu'on aborde le sujet des élus, la solution semble limpide : « Il faut faire en sort qu'ils se pissent dessus tous les jours. »

Le titre « Police State » paraitra sur la playlist Nice Life Winter 18 dont la sortie est prévu le 8 décembre prochain que Nice Life. Pussy Riot se donneront sur scène à Berlin le 9 novembre puis à Los Angeles le 13 décembre avant de rejoindre le festival Houston's Day for Night Festival le 15 décembre. Nadya performera également la pièce de théâtre immersive " Inside Pussy Riot " à la Saatchi Gallery du 14 novembre au 24 décembre 2017.