onitsuka tiger : représenter le japon pour conquérir le monde (du sportswear)

À Tokyo, i-D a rencontré le designer italien Andrea Pompilio en marge du défilé Onitsuka Tiger printemps/été 2019, pour saisir l’avenir global d’une des plus anciennes marques de sportswear japonaises.

par Antoine Mbemba
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15 Novembre 2018, 12:29pm

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Le 22 octobre dernier, pendant la Fashion Week de Tokyo, Onitsuka Tiger faisait le show. Devant un parterre de cool kids déjà comblés par les hoodies déposés sur les sièges d’un grand amphithéâtre de l’université Waseda, le designer Andrea Pompilio dévoilait son printemps/été 2019 avec en tête deux objectifs bien précis : diluer les enjeux sportswear actuels dans l'héritage d'une des marques les plus vieilles du Japon, et remédier au constat qu'il nous faisait lui-même quelques heures après le défilé : « Onitsuka est très populaire sur le marché asiatique, c'est la compagnie de sportswear la plus historique. C'est beaucoup moins connu en Europe. Nous devons pousser la marque sur ce marché-là. »

« Moins connu, » et pourtant… Si je vous dis « Bruce Lee », qu’est-ce qui vous vient en premier à l’esprit ? Facile : une combinaison jaune et noire iconique et millénaire. Suffisamment confort pour permettre au génie des arts martiaux de fondre sur l'ennemi fictif en un éclair, mais surtout suffisamment marquante au visuel pour s’insérer avec autant de force qu’un de ses kicks dans la pop culture mondiale. Mais on le sait, il suffit d’un mauvais choix de chaussures pour effacer une belle tenue, et si l’on est sûr d’une chose en regardant les photos de tournage du Jeu de la Mort, par exemple (tourné en 1972, sorti en 1978), c’est bien que Lee avait fait son choix à ce niveau-là. Et le choix du maître, c’était Onitsuka Tiger.

Créée en 1949 par Kihachiro Onitsuka, ancien officier japonais désireux de redonner de l’espoir à une jeunesse d’après-guerre via le sport, Onitsuka Tiger a tenu l'épreuve du temps. D’abord concentrée sur la pratique du basketball, puis du running dans les années 1950, avant de servir de rampe de lancement à la branche ASICS de la marque dans les années 1960, Onitsuka Tiger s'est imposé dans la culture japonaise, comme une référence, un modèle endurant d’exigence. Reste qu’en Europe, depuis un boom éclatant au début des années 2000 – qui doit beaucoup à l’hommage de Tarantino à Bruce Lee, encore, dans Kill Bill et la tenue de son héroïne badass Beatrix Kiddo, qui tranche graphiquement ses adversaires combi au corps et Onitsuka Tiger « Taî-Chi » aux pieds – la marque a pris l’ombre d'ASICS.

Alors ce lundi d’octobre, il se jouait entre ces murs étudiants une partie de l’avenir global de la marque. Une étape de plus dans la recherche d’un « équilibre entre cette ancienne marque japonaise, la mentalité européenne et le design italien ». Entre les rangées de spectateurs attentifs, les mannequins filaient dans les rangées de l’auditorium au rythme d’une envoûtante reprise de « Heart of Glass » par Philip Glass, avant de se planter un par un au centre de l’estrade, fixes. Melting-pot d’influences sportives – « le ballet, le basket, le football, dont on ne voit rien au final, tous sont mélangés » – la collection passe de l’immense jupe en tulle, au survêtement étincelant ou full jaune (hello Bruce), à l’ensemble en denim, toujours relevé d’accessoires marquants et d’un jeu de chaussures : des paires neuves, d’autres historiques, parce que l’on n’oublie pas sa base. Un sportswear comme réceptacle de cultures.

Université ou pas, le défilé n’avait rien d’un cours magistral. Et le lieu, surprenant, avait tout son sens. « C'était une manière de connecter la nouvelle génération et une très ancienne compagnie dans un bâtiment historique, explique Andrea Pompilio le lendemain. En sortant, pour aller à la fête il fallait passer par un jardin japonais traditionnel, mais avec des installations très modernes. C'est une histoire de contraste entre le vieux et le jeune. » À l’image de Tokyo, à l’image du Japon et de sa jeunesse, qui fascine. « Elle m'inspire beaucoup, ajoute-t-il. Ce que j'adore, c'est leur facilité, leur liberté dans la manière de s'habiller. Si un homme veut sortir en jupe et avec les cheveux roses, il le fait. Et personne ne le juge pour ça. En Europe, aux États-Unis, ça n'a rien à voir. Tout est plus segmenté, les gens se regardent, font des commentaires. Ici non, c'est ça qui est beau. Ils sont très ouverts, et en même temps ils ont une personnalité vestimentaire très forte. »

Andrea Pompilio est conscient du chemin qu’il a parcouru avec Onitsuka Tiger, et peut-être encore plus de celui qui lui reste à fouler. Conquérir des gens qui, parfois, viennent à oublier qu’Onitsuka Tiger est mère d’Asics et pas l’inverse. Apparemment, Andrea Pompilio ne pouvait pas trouver meilleure seconde maison pour relever le défi : « En Europe nous sommes tout le temps très stressés, un peu agressifs, du matin au soir. Pour moi, le Japon est thérapeutique. Quand je reviens à Milan on me demande si je suis parti travailler ou si j'ai fait un séjour spa ! Cette ville est anti-stress. Même quand je travaille douze heures par jour, j'arrive à rester heureux. Il y a une énergie incroyable ici. » En quelques années, le designer italien a compris qu’il était assis sur un trésor japonais qui avait tout pour briller bien au-delà. Mais défiler dans une université, c'est aussi se laisser dire qu'on a toujours à apprendre. « L'idée, c'est que nous pouvons toujours faire mieux. Si tu es toujours content de ce que tu fais, tu finis par stagner. » Et ce n'est pas en stagnant que l'on conquiert le monde.

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Crédits


Photographie : Tom de Peyret
Stylisme : Tom de Peyret
Coiffure et maquillage : Kato
Assistance photographie : Wakaba Noda
Assistance coiffure et maquillage : Tsukushi Tomita
Production : Chihiro Yomono
Assistance production : Makoto Kikuchi, Noriko Wada
Mannequins : Akito (Donna Models), Safil (Image Models), Yuna Mori (Light Models), Yuna Ishikawa (Unknownmodels)

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