« diamantino », l'ovni football queer qui va vous faire halluciner

Le film le plus WTF de cette fin d'année.

par Marion Raynaud Lacroix
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28 Novembre 2018, 3:48pm

Diamantino est le meilleur footballeur du monde. Le public l’adore, les médias se l’arrachent, des scientifiques cherchent à le cloner, un parti identitaire souhaite en faire son étendard et ses sœurs maléfiques en veulent à sa fortune. Mais de tout ça, Diamantino s’en fout. Candide resté en enfance, il passe son temps à se nourrir de gaufres au Nutella dans la désolation de sa trop grande chambre. Un jour, il croise une barque de réfugiés qui n’ont nulle part où aller. Touché au cœur, Diamantino décide de prendre sous son aile un « fugee » et de lutter, comme il peut, contre l’injustice du sort qui lui est réservé. Mais évidemment, les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu. « C'est un film qui aborde des sujets très contemporains : on peut y voir des parallèles avec la montée de l'extrême droite en Europe, le Brexit, le Front national. Nous voulions le faire résonner avec la situation que connaît la France ou celle que connaissent les Etats-Unis depuis l'arrivée de Trump... Mais l'idée, c'était d'en parler d'une autre manière, étrange, différente » explique Gabriel Abrantes, l'un des réalisateurs du film.

« C'est un film sur la célébrité, poursuit Daniel Schmidt, co-réalisateur. On voulait parler de quelqu'un d'extrêmement privilégié qui essaie de prendre position sur le plan politique - et en rire. Et forcément, quand on pense à la plus grande star qui puisse exister au Portugal, c'est un footballeur. » Couronné du Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, Diamantino trace sa route à rebours des catégories esthétiques et des identités de genre. Tantôt dystopique, documentaire ou délirant, le film slalome entre imagerie de conte et fable homoérotique sans perdre de vue son impératif : servir, par l'absurde, une réflexion politique ancrée dans le présent. Et de poser, en creux, une question de plus en plus pressante - comment la pensée peut-elle résister lorsque l'information se change en spectacle et que les seules idoles qui subsistent sont celles que nous fabrique la télé ?

« Je me souviens d'un cours où l'un de mes profs expliquait ce que les films de zombies avaient de politique dans le contexte de la Guerre Froide et du communisme - cette effrayante menace rouge qu'il fallait absolument éradiquer, raconte Gabriel Arantes. Cette lecture du genre comme métaphore politique m'a beaucoup marqué. Parfois, je trouve certains documentaires bien moins réalistes que les films les plus fantastiques. Nous vivons une ère de spectacle politique complètement absurde : il suffit de regarder la vidéo de Trump et Kanye West pour le comprendre ! » Si l'image du footballeur exalte plus volontiers la virilité que les âmes sensibles, Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt ont choisi de lui faire endosser un tout autre discours : « Ça peut sembler contradictoire mais les joueurs de foot sont souvent des icônes gays ! J'aime l'idée de rendre queer quelque chose ou quelqu'un qui ne l'est pas - un footballeur par exemple - et jouer sur l'homoérotisme de cette image. » Malgré ses muscles, Diamantino n'est qu'un gamin enfermé dans un corps d'adulte, un prisonnier des injonctions à la virilité qui ne connaît pas (encore) de désir autre que celui de courir à travers des nuages roses.

C'est sans doute ce qui fait de ce premier film une oeuvre profondément queer - un adjectif souvent employé à tort et à travers, qui (re)prend ici son sens initial. Insoumission politique, transgression des normes patriarcales, hybridité formelle, fluidité de genre... À l'instar de son personnage principal, le film court à une vitesse incroyable, trop vite, trop fort, pour risquer d'être catégorisé. « Certains y voient un film pop, d'autres un film d'horreur... On retrouve un couple de lesbiennes, un footballeur qui voit son corps se modifier, qui s'ouvre à sa sexualité. Nous sommes très heureux de voir à quel point les qualificatifs sont variés pour évoquer notre film, conclut Daniel. C'est ce qui nous plait dans l'idée du queer : la variété de sujets, l'absence de message univoque. »

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