Qui sont les nouveaux talents de l’upcycling ?

5 labels parisiens d’upcycling donnent une seconde vie aux vêtements avec pour seul devise : "old is gold".

par Julie Le Minor
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03 Août 2022, 9:50am

Un denim vintage, un sweat tout droit sorti des 90s, un rideau en toile de jouy et même une voile de bateau, en upcycling, rien n’est impossible. Pierre angulaire de la mode durable, l’upcycling - ou le surcycling - consiste à transformer un tissu ou un vêtement en fin de vie afin d’en créer de nouveaux, Aujourd’hui, une nouvelle génération de designers, bien décidée à en découdre avec le gaspillage de la mode et de la fast-fashion, bouscule les codes d’une industrie où le neuf est encore roi.

ALL-IN, réécrire la mode

Derrière ce studio de design multidisciplinaire basé à Paris se cache le duo formé par  Bror August et Benjamin Barron. À la fois marque de mode et magazine dédié à la création, ALL-IN propose de créer de nouveaux récits autour des vêtements en leur redonnant un sens plutôt que de s’en séparer. À travers cette réécriture infinie de style, ils proposent de poser un regard différent sur la mode en réévaluant ses valeurs, ses humeurs passagères et ses diktats arbitraires. De ces pièces hybrides conçues à partir de matériaux upcyclés - comme la Collection ALL-IN No2 entièrement réalisées à partir de tissus achetés sur les marchés aux puces de Rome et d’Oslo - ALL-IN invente son propre répertoire et ouvre la voie à une nouvelle manière de voir et de consommer la mode.

Ornement, l’horizon créatif sans limite

Transformer une voile de bateau en tenue minimaliste ultra-lookée, Ornement l’a fait. Label créatif pluridisciplinaire aux influences aussi pointues que variées, le conceptuel Ornement a fait de l’upcycling un moyen de défendre une idée : une mode moins polluante, plus audacieuse, en “ornant ce qui existe déjà”. S’inspirant tout à la fois du luxe, de la culture street, de l’art, de la mode, du design ou de l’architecture - des univers aux frontières désormais poreuses - le label tisse son identité au fil de ses projets arty et multiplie les collaborations de renom avec Nike, Converse ou encore Louboutin. Derrière ce duo en vogue se cachent les créatifs protéiformes Baptiste Renault et Hugo Elkaïm, également à l’origine de l’ancienne galerie Libre Service, rue des Martyrs, véritable point d’ancrage de la jeune garde artistique parisienne. Bon vent !

Kezako, l’art de l’aléatoire

Une mode sans règle, sans ordre, presque anarchique, c’est le mot d’ordre du label d’upcycling Kezako fondé en 2019 par deux amies. Leurs créations colorées et powerfull empruntent autant au vocabulaire de la mode que de l’art et chaque pièce unique se découvre finalement comme une œuvre à part entière, un instantané de style. Puisant leurs inspirations dans les œuvres du peintre français Robert Combas, initiateur du mouvement de la figuration libre, comme dans les films français des années 1990, le duo défend une vision punk de la mode et laisse une grande place à la spontanéité et à l’aléatoire dans son processus créatif.

Vaillant Studio, sensualité détournée

La dentelle de Calais n’a jamais été aussi sexy. La créatrice parisienne Alice Vaillant a souhaité réveiller cette belle endormie et la remettre au goût du jour. Retour à la case départ, Calais, berceau historique depuis 200 ans de ce savoir-faire français, où la jeune femme travaille avec des fournisseurs dont elle recycle les dead stocks. Il en résulte un nouveau vestiaire puissant, poétique et sensuel inspiré de l’univers du ballet, la créatrice ayant évolué pendant près de dix ans à l’Opéra de Paris. De la lingerie vintage, des découpes audacieuses, du sexy détourné, Alice Vaillant poursuit ses expérimentations décalées. Elle présentera son premier défilé physique en septembre 2022 ainsi qu’un pop’up store au Printemps.

Meïloumi, l’humour en toile de fond

Depuis 2020, la jeune marque Meïloumi manie l’art de l’upcycling et réalise des produits 100% recyclés, 100% reconstruits. Sa créatrice, qui préfère rester anonyme, se présente comme “dadaïste, à la croisée d’un Martin Parr, d’un Michel Polnareff et d’une barette sur Google”. Pas besoin d’en dire plus. Composant avec les rejets de l’industrie de la mode,  Meïloumi et son équipe construisent des silhouettes hybrides où la marque du temps se lit dans un patchwork de matières, un collage de sensibilités et de tissus. Inspiré par l'œuvre de Martin Margiela, autant que par l’Arte Povera, le label de mode défie le modèle industriel en redéfinissant ce qui est “utilisable”, non sans ironie et sans humour, à la recherche de la nouveauté et de la singularité.

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