Les i-D News music de la semaine

La sortie du nouveau clip de Guy2Bezbar et Niska, le nouvel album d’Abstract Mindstate produit par Kanye West et la réédition des albums d'Aaliyah. i-D fait le bilan de ce qu'il faut écouter en ce moment.

par Maxime Delcourt
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26 Août 2021, 11:23am

En attendant Donda, écoutons Dreams Still Inspire, l’album d’Abstract Mindstate entièrement produit par Kanye West.

En interview, Olskool Ice-Gre et ​​E.P Da Hellcat reconnaissent volontiers l'influence de l'alcool dans la création d'Abstract Mindstate. C’était en 1990, et les deux étudiants du Mississippi étaient alors ivres, dans ce genre d’état qui désinhibe les esprits, favorise les rencontres. Un voyage commun en train vers Chicago, leur ville d’origine, scellera leur union, ainsi que leur envie de fonder un duo. Depuis, le bilan comptable est assez maigre : deux albums sortis au début des années 2000, des collaborations prestigieuses (John Legend, Common) et quelques mixtapes assez anecdotiques histoire d’entretenir la flamme. Puis, plus rien. Jusqu’en 2018, année où Kanye West, qui avait déjà produit les précédents efforts d’Abstract Mindstate, reprend contact avec le duo et lui propose de bosser ensemble sur un nouvel album.

Ainsi né Dreams Still Inspire, enregistré entre Los Angeles et le Wyoming, avec simplement l’envie de se faire plaisir, de ne pas suivre aveuglément les tendances. Loin de ses expérimentations actuelles, Kanye, qui organise une nouvelle session d’écoute de son fameux Donda ce jeudi, en profite donc pour renouer avec le boom-bap, les samples de soul de ses deux premiers albums et les clins d’œil nostalgique au hip-hop (à Brand Nubian, à 2Pac, etc.). C’est beau, c’est élégant, c’est doux et ça semble être le son parfait pour deux artistes qui confessent volontiers faire « du rap contemporain pour adultes ». À l’image de « My Reality » et ses digressions sur les fardeaux et les avantages d’approcher la cinquantaine.

Oh joie : les albums d’Aaliyah viennent d’être réédités

Au cours de la deuxième moitié des années 1990, Destiny’s Child, TLC et Aaliyah ont annoncé une nouvelle ère pour la pop féminine. Plus personne n’osait alors le contester, elles étaient des superstars, installées dans tous les esprits et les foyers, pourvoyeuses d’un R&B charnel, dont les morceaux se suivaient sans se ressembler et méritaient largement que l’on examine leur cas comme l’on se penchait auparavant sur ceux d’Al Green, Aretha Franklin ou d’autres noms de la Great Black Music. Traduction : leurs tubes ne demandaient qu’à être écoutés, en permanence. Problème : les albums d’Aaliyah ont (trop) longtemps été absents des plateformes de streaming, voire difficilement trouvables chez les disquaires.

Voilà pourquoi les rééditions de One In A Million et de l’éponyme Aaliyah sont une excellente nouvelle. On les doit à un partenariat entre son label historique, Blackground Records, et EMPIRE, structure qui a participé de près ou de loin, indirectement ou non, à l’émergence de Kendrick Lamar ou Cardi B. L’occasion de rappeler cette double anecdote au sujet de « One In A Million », extrait de l’album du même nom, produit aux côtés de Timbaland et Missy Elliott : premièrement, les radios ont longtemps refusé de faire entrer le titre en playlist, prétextant que rien ne justifiait ces bruits de grillons parsemant l’instrumental de part en part ; deuxièmement, Timbaland voyait alors en Aaliyah une sonde, un moyen de tester ses idées les poussées. Celles qui, vingt-cinq plus tard, continuent d’influencer toutes les musiques rêvant de confronter dans un même élan savoir-faire tubesque et velléités futuristes, sensualité et puissance, R&B et textures électroniques.

À voir : « De bon matin », le nouveau clip de Niska et Guy2Bezbar

Il y a six ans, les deux rappeurs franciliens unissaient leur force le temps d'un « Ah non c'est terrible » tout en énergie et en testostérone. Inutile donc de préciser que l'on est en terrain connu (et conquis) avec ce « De bon matin », que l'on se plaît à imaginer comme le premier extrait du prochain album de Niska. Qui tient de toute façon là un nouveau single tout en puissance, un banger clairement pensé pour déboiter les hanches sur la piste de danse.

Le temps d’un week-end, le Peacock Society souhaite incarner un idéal de fête

Alors que We Love Green vient d'annuler son édition 2021, le Peacock Festival, prévu les 4 et 5 septembre, s'impose presque d'office comme le rendez-vous incontournable de la rentrée. Une preuve ? On en a même plusieurs : 60 000m2 de verdure, 10 000 spectateurs, une quarantaine d'artistes programmés et répartis sur cinq scènes de midi à minuit. Ça, c'est pour la forme.

Sur le fond, c'est tout aussi excitant : Nina Kraviz, Honey Dijon, The Blessed Madonna (ex-Black Madonna), Jayda G, Kiddy Smile ou encore Mézigue et Ricardo Villalobos, tous ont été conviés, aux côtés d'une scène rap tout aussi alléchante (Frenetik, Captaine Roshi, Le Juiice), dans l'idée d'assurer la meilleure publicité possible de l'après-pandémie. Soit un moment de partage orchestré par des artistes prêts à incarner l’essence de la fête, avec tout ce que cela comporte de moments délirants et totalement euphoriques. En prime, une partie encore méconnue de l’écurie Cracki Records (Saint DX, Folamour, L'Impératrice, Isaac Delusion, etc.) sera également présente afin de célébrer les dix ans du label parisien.

3 raisons pour lesquelles il faut écouter le nouvel album de 박혜진 Park Hye Jin, Before I Die

  • Parce que la Sud-Coréenne est une touche-à-tout, une infidèle à tout dogme, qui refuse de choisir entre les genres ; c'est du hip-hop, certes, mais qui ne semble rêver que de digressions house et de tubes pop.
  • Parce qu’on tient là une vraie artiste, capable de rapper en anglais et en coréen sans jamais paraître ridicule, et toujours en jouant les coudées franches avec ses contemporain.e.s.
  • Parce que l’un des moments forts de ce premier album, « Let’s Sing Let’s Dance », est un fabuleux remède contre la morosité ambiante. Chantons, dansons, et apprécions pleinement la musique d’une artiste qui rêve simplement « d’être heureuse ».

Sortie la semaine prochaine sur Ninja Tune.

Le coin lecture : Boombass, une histoire de la French Touch d’Hubert Blanc-Francard

Au sein de Cassius, Hubert Blanc-Francard a toujours semblé être le plus discret des deux. Phillipe Zdar semblait plus démonstratif, peut-être même plus charismatique, quand lui paraissait être plus en retrait, moins frontal dans son rapport aux journalistes. Dans son autobiographie, le Français compare d’ailleurs sa place au sein de son duo à celle de Guy-Man des Daft Punk, traditionnellement moins en vue que son compère Thomas Bangalter. Cette position ne doit pas faire oublier la carrière d’Hubert Blanc-Francard, les exploits et les classiques réalisés par ses soins depuis le début des années 1990. Il y a d’abord eu les premiers albums de MC Solaar, auxquels il a apporté ce son si caractéristique.

Puis, pour faire court, il y a eu Cassius, les tournées incessantes, les rencontres avec le gratin de l’industrie, les amitiés (avec M, Phoenix, l’écurie Ed Banger, etc.), l’effervescence de la French Touch, les collaborations artistiques avec des stars internationales (Pharrell, en premier lieu), les moments de doute et ceux plus euphoriques. Ce sont tous ces instants que Boombass compile dans son livre, introspectif sans être impudique, sincère sans jamais trop en faire. En bref, Boombass : une histoire de la French Touch est avant tout le livre d’un homme qui, au moment d’entrer dans la cinquantaine, a décidé de poser un regard sur sa vie, personnelle et professionnelle. Avec juste ce qu’il faut d’humour, de sarcasme et de délicatesse pour séduire.

PH Trigano nous emmène dans les coulisses de son premier album, Grand Romantisme

« Ces dernières années, j’ai beaucoup produit pour les autres (Ichon, Lala&ce, Loveni, Slimka, Crystal Murray etc), et j’ai senti qu’il était temps pour moi d’avoir un projet qui m’appartenait pleinement, sans compromis. Un peu comme un architecte qui fait des maisons au service des autres et qui, à un moment, veut se faire sa propre maison avec ses fantaisies et sa vision à lui. Ce n’est pas toujours très simple : les gens te prennent pour un geek et veulent que tu restes dans ton studio avec tes synthés et ton chat… C’est pour ça que je me dis que Kanye a dû galérer en étant dans l'ombre d'un des plus grands rappeurs de tous les temps. Mais la seule solution dans la vie que ce soit dans l'art, le sport, le business c'est la persévérance.

Et moi, je tenais vraiment à faire ce projet, qui a commencé après une rupture amoureuse. J’écrivais ces chansons comme des lettres que je ne pouvais pas envoyer, des espèces de bouteille à la mer à travers lesquelles je me débarrassais de tous ces sentiments. Puis, j'ai commencé à m'intéresser aux rapports amoureux en général. J'écoutais des podcasts là-dessus, je lisais sur ce sujet, et j’ai ressenti une modernisation de l’amour, dont je parle dans « Amour digital ». J'avais l'impression d'être dans HER ou dans Blade Runner 2049. Je vivais des rapports avec des personnes par téléphone interposé, et j’avais envie de capter cette situation, sans forcément avoir de réponses, simplement dans l’idée de poser un regard et de pouvoir partager avec les gens sur ce thème, très universel.

 C’est aussi pour cela qu’il y a peu d’invités sur ce premier projet solo : une rupture amoureuse, c’est un truc qui se gère seul. Il n’y a que toi qui vit le truc aussi intensément, donc si tu veux faire l’œuvre la plus sincère possible, il faut que tu vives ça avec toi-même. Même si, en fin de compte, j’ai pu compter sur Ichon, Swing et Melissa Bon sur trois morceaux. Ça a été fait sans préméditation, simplement selon l’inspiration. Mais le prochain projet devrait contenir plus d’invités. »

La sortie de Grand Romantisme est prévue le 10/09.

Frank Ocean x Homer

Difficile de savoir si le crooner américain le plus hype des années 2010 est actuellement en studio dans l'idée d'enregistrer son tant attendu troisième album. Une chose est sûre, Frank Ocean commence à pointer à nouveau le bout de son nez. Au cours de l'été, il a non seulement annoncé sa présence à Coachella en 2023, mais il a également profité du mois d'août pour dévoiler son propre label de luxe, Homer, accompagné par une collection de joaillerie et d’accessoires, fabriquée en Italie et entièrement pensée par ses soins. Soit des bijoux en or 18 carats, des foulards en soie imprimés, des objets aux couleurs pop et une multitude de créations pensées en hommage à ses passions d'enfance. Tout cela compilé dans un catalogue virtuel de 84 pages.

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Redécouvrir les nuits new-yorkaises aux côtés des punk-rockeurs Parquet Courts

Historiquement, les rockeurs pourraient être naïvement séparés en deux espèces bien distinctes. Les premiers sont au centre des attentions, ils ont pour eux le prestige et les couvertures de magazines, quand les seconds squattent plus volontiers les bars miteux et crachent leur rage dans des albums à entendre comme des instantanés. Les New-Yorkais de Parquet Courts appartiennent plus volontiers à la deuxième catégorie. Mieux, « Walking at a Downtown Pace », premier extrait de leur futur album (Sympathy For Life), produit aux côtés du pilier de The XX (Rodaidh McDonald), ils semblent confirmer que le rock new-yorkais n'est jamais aussi fascinant que lorsqu'il transpire les rues malfamées et les nuits qui s’éternisent dans l’alcool. Avec tout ce que cela comporte de rencontres improbables et de soirées de débauche.

99 & Wolfkid, le duo prêt à faire un all-in sur le rap français

Sorti en plein cœur de l’été, dans une indifférence médiatique qui frôle l’injustice, l’EP Grand Casino n’en reste pas moins un projet ambitieux, très moderne et extrêmement bien pensé par 99 et Wolfkid. Accompagnés par quelques fines gâchettes du rap francophone actuel (Lala &ce, La Fève, Slimka et Wit., notamment), les deux producteurs parviennent en six titres à poser un univers hyper marqué, qui doit beaucoup à leurs connexions américaines. Wolfkid raconte :

« L’année dernière, j’étais aux États-Unis. Je venais d’enregistrer un son avec Swizz Beatz et Wale, j’étais dans une bonne dynamique, puis le Covid est arrivé et m’a contraint à rentrer à Marseille, d’où je suis originaire. Rapidement, je suis monté à Paris dans l’idée d’entrer en studio. On m’a parlé de celui de 99, et ça été un coup de cœur, humain et artistique. Assez rapidement, on s’est lancé dans un projet commun avec des rappeurs en invités. À la base, je pensais plutôt à des américains, étant donné que je commençais à me développer là-bas, mais ça aurait été dommage de faire ce projet à distance.

Dès lors, on a convié les artistes avec qui on avait un certain feeling, tout en gardant ce côté anglo-saxon dans le titre de nos morceaux, histoire d’amener Lala &ce, Slimka et les autres dans notre monde. Au final, Grand casino est un condensé des quarante morceaux que l’on a dû enregistrer, sans véritable fil rouge même s’il y a un délire très cinématographique derrière. On aurait aimé pouvoir aller encore plus loin, mais on est en indé et on manquait de budget pour développer cet aspect-là. On est néanmoins ravis d’avoir créé ce projet, avec des vibes très variées. « Sun Goes Down », par exemple, est très différent de « Fall In Luv », avec un côté « summer » que l’on ne retrouve pas forcément ailleurs. »

À Bordeaux, le Festival Musical Écran fait la part belle aux documentaires musicaux

Huit jours de musique au cinéma. Voilà ce que propose le festival bordelais Musical Ecran, de retour du 5 au 12 septembre avec une sacrée programmation. Au menu : 32 films, dont 11 avant-premières françaises ou européennes, et tout un tas d'histoires passionnantes à découvrir. Il y a celle de Talk Talk (In A Silent Way), celle qui unit les punk-rockeurs anglais d'Idles à leurs fans (Don’t Go Gentle), du beatmaker franco-vietnamien Nodey (The Nodey Process), de Laurent Garnier (Laurent Garnier : Off The Record) ou encore, celles, plus grandes encore, dans le sens où elles dépassent largement le cadre musical, des femmes aux débuts de la musique électronique (Sisters With Transistors), des musiques contemporaines ghanéennes (Contradict) ou du label américain Stax (Soul Kids). L’occasion, en somme, de vérifier sur place qu’il y a parfois plus de cinéma, de narration et de récits immersifs dans des documentaires musicaux que dans certains films qui sortent en salles chaque année.

Le reste de la programmation est disponible sur le site de l’événement.

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