Photography Neal Preston

Vingt ans plus tard et on rêve toujours des tenues de Almost Famous

La costumière Betsy Heimann revient sur la création de certaines des icônes mode au cinéma qui ont le plus duré, de Penny Lane dans Almost Famous à Mia Wallace dans Pulp Fiction.

par Nicole DeMarco
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21 Septembre 2020, 1:22pm

Photography Neal Preston

Peu de films nous ont autant réchauffé le coeur que le film de Cameron Crowe Almost Famous, une fable sur le passage à l’âge adulte qui nous transporte, autant avec sa bande originale qu’avec ses costumes, jusque l’année 1973. Le film, fondé sur la propre vie de Cameron Crowe lorsqu’il était en tournée avec Allman Brothers et The Eagles, raconte l’histoire de William (Patrick Fugit) un apprenti journaliste de quinze ans qui se retrouve sur la route avec un groupe de rock prêt à exploser, Stillwater, pour un article à paraitre dans le magazine Rolling Stone. Ils voyagent à travers le pays, de concert en concert, alors que William rassemble, ou plutôt tente de rassembler, tous les détails juteux pour son article. 

Encore plus rare sont les personnages qui ont continué de vivre des décennies après la sortie du film pour devenir des références de la pop culture à part entière. La Penny Lane de Almost Famous, interprétée par Kate Hudson, est indéniablement l’un de ces personnages. Elle mène une bande de filles fans de musique qui se surnomment les Bandaids (Anna Paquin, Fairuza Balk, Bijou Phillips) et voyagent autour du monde pour soutenir leurs musiciens favoris. « On n’est pas des groupies » dit-elle alors qu’elle apparait à l’écran pour la première fois, en regardant par dessus ses lunettes teintées de violet. Elle s’accroche au col de son manteau, et de l’autre main tient une boite à outils rouge et blanche. La garde robe éclectique de Penny Lane, son manteau oversize en peau retournée très 1970, des crops tops transparents et les meilleurs patte def de l’époque l’ont rendue inimitable, la fille la plus cool, l’esprit libre par excellence.

Si l’héritage de Almost Famous est indéniable, ses costumes le sont également et gardent la flame du film allumée encore aujourd’hui. En un coup d’oeil sur la page découverte de Depop et vous verrez des vestes à la Penny Lane, et quand aux photos des personnages des Bandaids, elles ont aussi explosé sur Instagram que sur Tumblr. Pour rendre hommage aux vingt ans du film, la costumière Betsy Heimann (qui a également travaillé sur Pulp Fiction et Jerry Maguire) nous raconte comment elle a créé le look de l’une des icônes mode qui est sortie de l’écran pour nous inspirer dans la vraie vie.

Almost-Famous-movie-poster

Quand vous commencez à travailler sur un film, quel est votre marche à suivre ?
Je commence par lire le scénario puis je discute avec le réalisateur. Je connaissais déjà Cameron depuis Jerry Maguire, et je savais que Almost Famous était un film très personnel pour lui. J’étais très fan de musique moi-même. Je commence toujours par la recherche, puis je m’inspire de la réalité. Je me souviens de Bianca Jagger sortant d’une limousine alors qu’elle portait ce costume blanc si iconique, mais dans une autre photo, elle portait ce qui ressemblait à des vêtements vintages. C’est comme ça que je me suis rendue compte qu’à l’époque déjà, c’était la mode du vintage. Sauf que dans les années 1970, le vintage venait des années 40 ou même 30. C’est comme ça que je trouve des indices, c’est comme ça que je commence.

Qui étaient les autres rock stars ou les autres icônes de la vraie vie dont vous vous êtes inspirées pour les costumes ?
Pour les hommes, je suis restée concentrée sur The Eagles et The Allman Brothers. Il y avait une série de pochettes d’albums qu’on a produites spécialement pour le film, et William a même un poster de Stillwater dans sa chambre. Mais pour les femmes, j’ai été très inspirée par une boutique new-yorkaise qui s’appelait Paraphernalia. C’était très conservateur à l’origine, mais au milieu des années 1960, ils se sont rendus compte qu’il y avait un marché indéniable avec les jeunes et ils ont engagés Betsey Johnson et Deanna Littell, qui ont importé Mary Quant d’Angleterre. Et ça a été une grande source d’inspiration pour moi et pour le personnage de Polexia qui était joué par Anna Paquin, elle avait une silhouette plutôt années 1930, très romantique, très vintage.

Et puis il y avait le hard rock aussi. On parle beaucoup de Black Sabbath dans le film et j’ai juste fait faire pleins de T-shirts de Black Sabbath. Ils étaient neufs mais on s’est débrouillé pour qu’ils apparaissent vieux. On a tout fabriqué pour ce film, et puis on a juste tout trainé derrière un camion pour que ça ait l’air vieux. Voilà par exemple Sapphire (Fairuza Balk) avec Black Sabbath. C’est la fille en cuir, en dentelles et tout en plumes, elle porte tous les bijoux qu’elle a collectionné au long de toutes ces tournées autour du monde.

Penny Lane était une inspiration en elle-même, la manière dont le personnage était écrit. Il n’y avait personne dans le monde réel, aucune personne avec qui j’aurai pu connecter et me dire « Elle EST Penny Lane ». C’était un personnage que Cameron avait créé, qui sortait de la page en entière, complète, sans avoir besoin de plus d’informations à part se souvenir de la période dans le temps où elle vivait.

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Drawing courtesy of Betsy Heimann.

Comment avez-vous conçu son vestiaire dans ce cas ?
Je pense que tout se jouait avec sa première apparition. La première apparition est très importante car c’est littéralement l’introduction du personnage pour les spectateurs. Et si vous rencontrez quelqu’un dans un caniveau, vous vous dites forcément, ce personnage est à sa place dans un caniveau. Mais elle était au haut de la rampe en train de dire « Nous ne sommes pas des groupies, nous sommes des Bandaids ». Elle semble si confiante, si sûre d’elle, mais beaucoup est dû au manteau, et Cameron mentionne le manteau dès le scénario. Il ne précisait pas quel genre de manteau. On a beaucoup parlé. Pas forcément de son aspect, mais de sa signification. Heureusement, j’ai compris que le manteau était son masque, sa protection. Tant qu’elle avait ce manteau sur les épaules, elle était Penny Lane. La voici. Elle veut que tout le public la voit, grandiose, avec son manteau magique. Elle peut l’ouvrir et faire son numéro de l’hôtesse de l’air, mais elle peut le fermer pour s’en enrober lorsqu’elle se sent down et triste. J’ai été inspiré par les dessins d’Erté, car je voulais que ce soit comme un cocon. Elle est comme un papillon qui émerge de son cocon. Ensuite, j’ai fabriqué ce manteau à partir d’un tapis de chez Urban Outfitters et d’un morceau de tapisserie que j’ai trouvé dans un endroit à downtown L.A. qui vendait des chutes de tissus. Je savais qu’il devrait être long, et je voulais qu’il soit charmeur. William tombe amoureux dès cette première scène. Il tombe amoureux du monde sur lequel il doit potentiellement faire un article. Et puis il y a cette fille. Tous les indices sont là. Vous savez ce que le personnage doit faire, et je voulais que les vêtements soutiennent ce moment de la première rencontre.

Et les accessoires de Penny Lane ? Les lunettes et la boite à outils ?
Oui, cette boite à outils. Ça c’est le génie de Cameron Crowe. Je crois, peut-être que je me trompe, mais je crois que la Penny Lane originale portait une boite à outils comme sac à main. Mais c’était l’inspiration car ensuite j’avais prévu que Polexia porte un vanity comme sac à main. Une chose en emmène une autre, et on était en train de créer tout un monde, et ce monde devait être complet.

Je faisais de la recherche de tissus vintages et on a épluché toute la côté californienne pendant la préparation du tournage. Avec mon chef costumier, Michael Dennison, on a pris un avion pour se rendre à San Francisco et Portland. Il y avait aussi le grand surplus de la Buffalo Clothing Company, là où tous les vêtements arrivent à Seattle, et on fouillait les tonneaux à la recherche de 501. Je ne voulais pas fabriquer les jeans pour le film, je voulais les vrais.

Kate-Hudson-in-Almost-Famous

Ce sont probablement les jeans Levi’s les plus recherchés.
Oui. Et on était à leur recherche en 2000, avec la couture rouge à l’intérieur et l’étiquette orange d’origine, et c’était une sorte de boot cut pour hommes. Parfois, je pensais que Penny faisait partie du groupe des garçons en quelque sorte, et parfois elle était plus fille au premier degré, des moments différents représentaient chacun de ces aspects. Dans le bus, ou dans l’avion, elle porte ses 501 et un sweat mais quand elle va dans un concert, elle s’apprête un peu plus.

J’ai fait tellement de vêtements pour chacun des personnages, un vestiaire à part entière. Pour Penny, j’ai fait beaucoup de petits crop tops, des pantalons patte def en velours, cette petite blouse blanche. Elle porte ça avec ses jeans le jour de son anniversaire dans le film. Ils ont prévu un gâteau et ils chantent tous pour elle, Russell (Billy Crudup) lui sourit depuis l’autre côté de la pièce. C’est super mignon, mais juste après elle découvre qu’il l’a échangé pour 50$ et un pack de bières. En tant que costumière, je lis cette scène, et ce n’est pas un hasard. J’ai fait cette blouse spécifiquement pour cette scène. Je voulais quelque chose de presque transparent, de vulnérable, elle ne porte plus son manteau pour la protéger dans cette scène. Elle est allégée, libre. Elle est heureuse et puis BAM. Et ensuite, elle répond simplement « Quel genre de bière ? ». Quand j’ai lu cette réplique, ça m’a brisé le coeur.

Penny Lane et le personnage de Mia Wallace de _Pulp Fiction_**, deux femmes que vous avez habillées, sont deux des personnages les plus énigmatiques de notre génération. Qu’est ce qui a fait d’elles deux de telles icônes ?**

Je dois dire que j’attribue cela à leurs créateurs respectifs, Cameron et Quentin (Tarantino). Quentin et moi avons travaillé ensemble sur Reservoir Dogs, et puis nous avons fait Pulp Fiction, et nous avons décidé que les personnages de Jules et Vincent étaient des « reservoir dogs » en ce qui concernait leurs costumes. Et puis j’ai pensé que Mia pouvait elle aussi être une « reservoir dog », mais ça ne fonctionnait pas réellement puisqu’elle était la femme du patron… On avait pas de budget sur Pulp Fiction et Uma (Thurman) est si grande. Je ne trouvais pas de pantalons pour elle, aucun pantalon assez long et que nous pouvions nous payer, j’ai juste trouvé des pantalons cheap qu’elle portait super bien et je les ai coupé… Mais c’est évidemment une question des acteurs qui interprètent ces personnages iconiques.

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Drawings courtesy of Betsy Heimann.

Le scénario lui-même et en effet l’interprétation des acteurs est inoubliable, et aujourd’hui, on voit ces tenues se réincarner.
À l’époque où se situe le film, c’était vraiment la mode des manteaux afghans, mais principalement pour les hommes. Mais c’est là d’où vient le col de Penny. Et les silhouettes de Reservoir Dogs est autant iconique que le sont les costumes d’hommes. John Travolta dans Get Shorty a aussi installé une mode chez les hommes, celle du Polo à trois boutons sous son costume.

Et dans ces films ont voit beaucoup de ces styles masculins être re approprié par des femmes, ce qui se passe beaucoup aussi aujourd’hui…
Oui. Au début, je pensais que c’était car les spectatrices s’identifiaient aux personnages et voulaient devenir ces personnages. Il y a certainement une partie de cela, et c’est vrai que d’une certaine manière, s’habiller comme le personnage permet de devenir le personnage. Mais il est aussi question de magie et parfois, c’est simplement une question de créativité. 

Cet article a été initialement publié par i-D UK.   

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