Les i-D News musique de la semaine

Hervé en live depuis le Stade de France, la puissance visuelle de Squidji et le nouvel album cérébral de Para One. i-D fait le bilan de ce qu'il faut écouter en ce moment.

par Maxime Delcourt
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12 Mai 2021, 1:17pm

Hervé, en live depuis le Stade de France

Hervé ne s'arrête jamais. En moins d'un an, le Parisien a publié son premier album (Hyper), sorti une réédition, donné un livestream en direct de l'Olympia, proposé quelques lives confinés et remporté la Victoire de la Musique de l’artiste « Révélation Masculine » de l’année. Sur sa lancée, l'ex-membre de Postaal vient de dévoiler une session live au Stade de France. Soit une énième version de « Si bien du mal » qui prend tout son sens quand on sait que ce passionné de sport, lors de notre dernière rencontre, osait le parallèle entre l'entrainement d'un athlète et les répétitions d'un artiste : « Je fais beaucoup de sport, donc j’aime appliquer cette discipline dans ma façon d'approcher la musique. Je fais peu de soirée, j'essaye de rester en forme, de peaufiner mon chant et mes compositions afin d'être le plus performant possible. » Spoiler : c’est réussi ! 

Sarz & Lojay, l’avenir du hip-hop africain 

D'un côté, Sarz, l'un des plus grands producteurs africains du moment, courtisés par les pop stars du monde entier (Drake, Burna Boy, Skepta, Wizkid…). De l'autre, la future star de l'afrobeat, Lojay, prêt à retourner les foules avec son flow énergique. Ensemble, les deux artistes viennent de publier un premier EP porté par « Tonongo », un single qui invite aux rapprochements des corps et dont Lojay nous explique la genèse :  « J'étais dans une phase difficile d'un point de vue créatif avant que la pandémie ne surgisse et me plonge dans la dépression. J'ai su que je devais me libérer de certaines choses. Je savais que je devais travailler avec un producteur, ce qui m'a amené à contacter Sarz. Je ne pensais pas qu'il serait intéressé par le fait de bosser avec moi, mais il a répondu à mon appel et m'a demandé de lui envoyer davantage de musique. Il a écouté les morceaux et, dès notre première rencontre, on a décidé de bosser sur un EP dont est extrait « Tonongo ». Lorsque j'ai entendu le beat pour la première fois, il m'a immédiatement fait penser à l'ambiance lugubre des clubs de strip-tease. J'ai donc décidé d'exprimer mon excitation envers une danseuse avec qui j'ai eu une aventure par le passé. On trouvait ça intéressant de confronter ce propos à une mélodie inspirée de l’afrobeat. Tout simplement parce que l'afrobeat est une représentation de la culture africaine. Plus important encore, c'est une belle musique. »

Tout plaquer pour vivre dans un « Mirage » avec Owlle

La Parisienne aime la pop XXL, celle de Katy Perry ou Sia, et cela s'entend à l'écoute de son nouveau single : « Mirage ». Un titre à la production clinquante, où chaque mot donne l’impression d’être interprété à gorge déployée, sans aucune retenue, comme s’il s’agissait de se libérer de souffrances trop longtemps contenues. Ces dernières années, Owlle a pourtant été très active sur le plan créatif (elle a notamment composé la BO de la série Skam), mais il faut le préciser : c’est avec une esthétique totalement renouvelée qu’elle annonce son nouvel album, à paraître plus tard dans l’année. En attendant, on se fait à l’évidence : jamais narrer ses peines sur un rocher vêtue d’une robe noire n’avait paru aussi cool. 

Squidji nous emmène dans les coulisses de son dernier clip, « Stripper »

« “STRIPPER”, c'est le troisième extrait de mon premier album, après “INSTA” et “OXYGÈNE”. L'idée, c'était d'aller du single le plus accessible au plus compliqué. Le plus risqué aussi, dans le sens où je n'avais jamais rappé sur une telle production, clairement dansante. C'est Léo Joubert qui a réalisé le clip. C'est mon gars sûr depuis plus de quatre ans, il comprend totalement ma vision, donc je lui fais entièrement confiance. Comme modèle, on avait l'intro de Belly, le film de Hype Williams où on voit Nas entrait dans un club au ralenti, avec des néons bleus hyper puissants. Ça nous paraissait être parfait pour illustrer ce dont parle “STRIPPER” : l'histoire d'un mec qui tombe amoureux d'une strip-teaseuse. On a tourné la vidéo en une journée à peine, avec un budget d’environ 20 000 euros je crois, et je dois dire que je suis bien content du résultat. Je porte une attention particulière aux visuels, même ma musique est finalement très imagée, donc c’est important pour moi d’avoir de beaux clips, avec de vrais partis pris esthétiques. »

3 raisons pour lesquelles on aime SPECTRE : Machines of Loving Grace, le nouvel album de Para One

  • Parce que c'est le grand retour du producteur parisien neuf ans après son dernier album (Passion), et une dizaine de mois après avoir produit les albums d’artistes tel que Bonnie Banane et Meryem Aboulouafa. 
  • Parce que ces onze nouveaux morceaux contiennent assez d'idées, de propositions inédites et d'instruments atypiques (des tambours traditionnels japonais, un gamelan, des percussions indonésiennes, etc.) pour faire de Machines Of Loving Grace un album sur lequel on revient sans arrêt, attiré par toutes ses subtilités.
  • Parce que ce nouveau projet a été envisagé comme un album, un long-métrage et un live. C’est ambitieux, mais c’est surtout très beau.

De l'ombre à la lumière : l'étonnant parcours de Sacha Rudy

Sacha Rudy est ce que l'on pourrait appeler un touche-à-tout : le piano, le chant, la production, le Français sait tout faire. Surtout, il semble systématiquement à l'aise, peu importe le style : la pop (Daniel Caesar, Eddy De Pretto), les musiques de films, le hip-hop (Laylow) ou même le R&B (Crystal Murray, dont il a produit le premier EP). À présent, c'est en son nom qu'il souhaite se présenter, en pensant très fort aux artistes inscrits au sein de son panthéon personnel (James Blake, John Lennon, Kanye West). En résulte un premier EP (Somewhere) composé entre Los Angeles et Paris, riche de plusieurs teintes (tantôt soul, tantôt R&B ou électroniques) et porté par « Eyes Wide Shut », une complainte romantique construite autour d'un piano apte à rendre plus douces et plus sensuelles nos futures nuits blanches. 

Une version améliorée de la tristesse selon Usky

La formule est connue : une voix autotunée, une relation amoureuse qui se termine, des paroles désabusées et une atmosphère planante, comme s'il s'agissait pour Usky d’embrumer son spleen dans les vapeurs du THC. Tous ces éléments, on les connaît. D'autres artistes ont déjà fait le choix de les exploiter. Ils trouvent toutefois une saveur particulière chez le rappeur parisien, visiblement très à l'aise dans ces draps de « Satin », premier single d’un album à paraître et dont le clip, réalisé par Guillaume Doubet, confirme l'impression originelle : avec son langage cru, sa voix lancinante et son air triste, Usky est taillé pour faire fondre les cœurs à travers des morceaux qui racontent ces soirées où la mélancolie se noie à mesure que les verres se remplissent. Mention spéciale à la coupe de cheveux style Boys Band 90s du chanteur. 

Le concert mode de Chanel

Le 4 mai dernier, Chanel organisait son défilé à Baux-de-Provence et invitait pour l'occasion quelques artistes à venir performer sur scène. Une opportunité à saisir, car rare ces derniers mois… Réunies autour du piano de Sébastien Tellier, véritable chef-d‘orchestre de ce mini-concert, Vanessa Paradis, Angèle, Juliette Armanet et Charlotte Casiraghi en ont donc profité pour se faire plaisir avec des reprises individuelles de Britney Spears (« …Baby One More Time »), de Christophe (« La Dolce Vita ») ou de Air (« Playground Love »), avant de se réunir pour un ultime tour de chant consacré à « Look »… de Sébastien Tellier. Forcément.

Nas x Calvin Klein

Le 6 avril dernier, le designer Heron Preston annonçait sa collaboration avec la marque Calvin Klein. L'idée ? Développer une collection unisexe, à partir de matières durables sans pour autant perdre en classe, ni en street crédibilité. Pour cela, l'Américain a notamment pu compter sur Nas, qui s'est empressé de partager les photos et vidéos réalisées pour l'occasion. Avec, comme explication, ce propos tenu sur Instagram : « Le tournage était probablement le jour le plus froid de l'année. Le bon vieux temps de New York, bébé. Heron fait de grandes chose. Calvin Klein est une marque vers laquelle je retourne, merci pour l'amour. » En somme, un bon discours promotionnel qui ne doit pas faire oublier l'essentiel : la classe absolue du rappeur new yorkais, même quand il épluche une orange dans une salle aux couleurs blafardes.

Le phénomène TikTok : Evann McIntosh

À ceux qui, 17 ans ans après la fin de Friends, continuent de débattre pour savoir qui est de la team Courteney Cox ou Jennifer Aniston, Evann McIntosh a choisi son camp dès son premier single : « Jenn!fer An!ston », un R&B lascif qui lui permet de conquérir TikTok, d'affirmer son style et d'enchainer rapidement avec « Nobody Else », où iel s'épanche sur sa relation amoureuse et, plus précisément encore, sur le thème de la monogamie. En clair, les millennials ont trouvé leur nouvelle Billie Eilish, et Evann McIntosh, avec ses cheveux violets et son discours ouvertement queer, n’en demandait pas tant.

Sony Music lance son podcast : Dans le ventre

Questlove et Lil Wayne aux États-Unis, L’Impératrice et Catastrophe en France : ces derniers mois, nombreux sont les musiciens à prendre le micro et à animer leurs propres podcasts. On peut y voir une manière de parler directement aux fans, d’occuper le devant de la scène à défaut de pouvoir se produire en live, mais aussi d'exposer une autre facette de leur personnalité. Ainsi, Sony Music a décidé de lancer Dans le ventre, un podcast en dix épisodes dans lequel la journaliste Zazie Tavitian explore la partie la plus intime des artistes : leur estomac. Ont notamment été conviés Ben Mazué, Pénélope Bagieu, Alice et moi ou encore Kodès afin de répondre à ces différentes questions : « Comment les artistes mangent-ils avant d’entrer sur scène ? Qu’ont-ils dans le ventre ? Grignotent-ils pour faire venir l’inspiration ? Sont-ils obligés de mettre leurs tripes sur la table pour créer ? » Ou comment la nourriture devient une nouvelle manière de parler de soi, de son intimité et de son ambition musicale.

S’enfermer dans une boite en verre avec Poupie

Avant de proposer ses propres compositions, Poupie a participé à The Voice et X Factor. Si cette information pourrait faire fuir ceux qui vouent un culte à l'underground, il serait dommage de passer à côté de « Comme les autres », une pop-song ultra efficace, avec un sens du refrain qui claque et des paroles qui prônent la différence, encouragent l'affirmation de soi. Autant d'éléments qui donnent envie de s'enfermer avec Poupie dans ce carré en verre construit pour les besoins du clip, et de danser longuement sur ce rythme qui doit autant à la trap et au reggaeton qu'à la pop mainstream.

La playlist de Boston Bun

Little Dead Girl - « Separate Girl » : « Mon artiste préférée actuellement. C’est exactement le genre de track que j’adore : house avec plein d’harmonies, mélodique tout en ayant une production hyper brute. Sublime. »

Poté - « Young Lies » (Feat. Damon Albarn) : « Poté est un producteur londonien fraichement débarqué en France. Son premier album est un classique. Je le conseille vivement. »

Skrillex - « Butterflies » (Feat. Starrah & Four Tet) : « Il faut vraiment écouter ça, je suis obsédé par ce morceau. Je vais l’écouter tout l’été, c’est sûr. »

Fred Again - « Marea (We’ve Lost Dancing) » (Feat. Blessed Madonna) : « C’est un track que j’ai co-produit avec Fred et je l’écoute très souvent. J’ai vu des vidéos de Blessed Madonna qui le joue à Liverpool. Après un an sans club, c’était hyper émouvant. »

Carle Chaste - « Paranoia » : « Un de mes tracks préférés de l’année. Il y a à peu près tout ce que j’aime dans ce morceau, je suis hyper fier de l’avoir signé sur mon label. »

Tom Everett - « Patti » : « De la French Touch faite par un anglais, ça marche aussi super bien. »

Paul Woolford - « Heat » : « Paul Woolford est l’élu, c’est indiscutable ! Ce morceau est trop puissant. C’est un voyage à Miami dans les années 1980 sous la pluie. Tellement touchant. »

Cinthie - « Just Us » : « Je crois que c’est le premier track que je vais jouer quand les clubs vont rouvrir histoire de passer tout de suite aux choses sérieuses. »

The Chemical Brothers - « The Darkness That You Fear » : « Je suis un grand fan des Chemical bros, donc je ne suis pas très objectif. Reste que ce track m’a vraiment impressionné. L’émotion et le sound design du titre sont complètement dingues. »

Boogie Vice - « Get Down » : « Le groove de ce track est abusé. Ça sonne comme un classique oublié. Très hâte de jouer ça aussi. »

Point cover : Pisces Problems de Tyson

Tyson, c'est l'histoire d'une enfant de la balle, née de deux parents musiciens (Neneh Cherry et Cameron McVey, producteur de Massive Attack) et sœur de deux chanteuses (Mabel et Naima). C'est aussi l'histoire d'une femme de 32 ans qui s'est longtemps tenue éloignée de la musique, préférant à cela étudier l'anthropologie et la politique à l’université de Goldsmiths. Aujourd'hui, cela n'empêche pas l'Anglaise d'assumer pleinement ses influences. On la sent musicalement proche de Lianne La Havas ou Tirzah. On la sait connectée avec Four Tet (qui a mixé son EP, Pisces Problems). On la suppose surtout très fan du R&B des années 1990, ne serait-ce qu'en regardant la pochette de son EP, qui semble tout droit sortie d'un carton rempli à ras bord des CD deux titres d’Aaliyah ou des TLC.

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