Illustration par Roberto Brundo

7 temps forts de la Fashion Week Haute Couture

Dépassée, la haute couture ? Pas si vite. Alors que l’industrie démultiplie les réflexions pour mieux dépoussiérer ses vieux systèmes, grandes maisons et jeunes créateurs offrent un coup de frais à l’exercice du sur-mesure. Notre récap, de Dior à Area.

par Claire Beghin
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01 Février 2021, 3:53pm

Illustration par Roberto Brundo

Dior

Maria Grazia Chiuri partage avec Christian Dior un amour pour le tarot, dont elle distille toujours quelques références dans ses collections. Si bien qu’elle l’a choisi comme point central du film imaginé en collaboration avec le réalisateur Matteo Garrone pour sa nouvelle collection haute couture. Pour l’occasion, l’artiste italien Pietro Ruffo a imaginé un jeu de cartes dont les arcanes précieuses répondent aux vêtements - des déclinaisons de robes, de tailleurs, de capes, de vestes Bar réinventées, dans des mélanges d’organza, de soie, de broderies végétales, de tweed et de velours. Mises en scène dans un château où chaque pièce est un décor enchanté hors de l’espace et du temps, chaque silhouette représente une arcane, invoquant « une nouvelle mythologie héraldique » où l’on s’affranchit de ce qu’on croyait connaitre de soi, du corps et du genre, pour mieux se laisser aller à une quête spirituelle. Avec un résultat aussi émouvant, on a hâte de voir ce que l’avenir nous réserve. 

Fendi

C’était l’un des défilés les plus attendus de la saison et un défi de taille pour Kim Jones, qui présentait ses premières créations haute couture sous la bannière Fendi, où il succède à Karl Lagerfeld en tant que directeur des collections femme. Inspirée du Bloomsbury Group, groupe d’intellectuels anglais du début du XXème siècle dont faisaient partie Vanessa Bell, John Maynard Keynes et Virginia Woolf, la collection évoque aussi une esthétique italienne somptueuse et flamboyante. Une histoire d’artisanat, d’amour et de création collective, distillée sur des robes perlées, des capes, des tissages métallisés, des fourrures enveloppantes ou des fourreaux satinés, portés par des tops et célébrités de toutes les générations, de Naomi Campbell à Bella Hadid en passant par Christy Turlington, Kate Moss et sa fille Lila Grace, Adwoa Aboah ou Cara Delevingne. Une nouvelle ère pour la maison Fendi, portée par l’un des créateurs les plus applaudis du moment et par l’esprit des grands penseurs de la liberté créative. Un combo gagnant. 

Chanel

32 silhouettes, à peine quelques spectatrices (ambassadrices fidèles, comme Vanessa Paradis et sa fille Lily-Rose Depp, Marion Cotillard ou Penelope Cruz), des arches fleuris, des guirlandes lumineuses et une poignée de chaises en bois : pour son défilé haute couture printemps-été 2021, Virginie Viard a délesté le Grand Palais de ses décors spectaculaires, pour une présentation intime et chaleureuse, à la manière d’une réunion de famille sans fioritures. C’est ce qu’a voulu traduire la créatrice dans ce film poétique signé Anton Corbijn, où le noir et blanc laisse place à la couleur quad un cortège de mannequins descend les escaliers, joyeuse procession vêtue de tailleurs pantalon fluides, de longs manteaux en tweed et de silhouettes bohèmes et aériennes brodées de fleurs sous toutes leurs formes. Comme un mariage champêtre et élégant rythmé par une reprise dreamy du Be my baby des Ronettes et clos par l’arrivée d’une mariée en long manteau brodé de papillons, suivie par son cheval blanc. Un joli conte de fées tout en fraicheur et onirisme. 

Valentino

Pierpaolo Piccioli ne s’en cache pas : il tient à remettre un peu de sens dans la notion de haute couture. Et par sens, on entend autre chose que de l’apparat - aussi précieux et travaillé soit-il. Il veut y injecter de l’humain, de l’esprit, de l’individualité. On le ressent dans son casting, divers et mixte, et dans les silhouettes qui mêlent le savoir-faire de la couture à une dégaine actuelle et pragmatique : cols roulés, chemises, trenchs, manteaux statement rose pétants, et une gamme de couleur qui va des beiges sobres au vert néon. Ajoutons à ça quelques silhouettes spectaculaires (ce manteau doré !) et des visages peints en or, pour un effet théâtrale et intriguant, et une vidéo making-of imaginée par l’artiste Robert Del Naja, membre du groupe Massive Attack, éditée par un système de réalité virtuelle, et on obtient une définition pertinente de ce que peut-être la haute couture à notre époque : une traduction des préoccupations du présent à travers la noblesse de savoirs-faire en mutation, et une expérimentation de ce que le futur pourrait réserver à la présentation de mode. 

Schiaparelli

La haute couture, c’est la mode au plus proche du corps et de ses lignes. Et la façon dont Daniel Roseberry la traduit est on ne peut plus excitante. Pour cette collection, il a moulé des corps ultra musclés dans des bustiers laqués ou dans des mini-robes de super-héroïne, imaginé des colliers tout en doigts et dents trempés dans l’or, une chevelure dorée en perles brodées sur une veste, des ongles infinis à la limite du 3ème degré, ou un étonnant plastron qui imite le sein, tété par un bébé plongé dans l’or pour une madone 2.0. Il y a tout ce qu’on aime dans la haute couture : la technique, la précision, les nuages de mousselines, les multiplications de cristaux et l’attitude surenchérie, sans jamais tomber dans la mièvrerie ou dans le cliché de la féminité précieuse. Au contraire, ses mannequins débarquent face caméra comme des figures ultra puissantes et irrévérencieuses au possible, qui portent robes de cocktail et hoodies avec la même prestance. Et c’est précisément le discours de mode qu’on a envie d’entendre aujourd’hui. 

Area

Quand les créateurs new-yorkais s’essayent à la haute couture, le résultat ne peut qu’être aux antipodes d’une mode historiquement rythmée par une tradition française qui, ces dernières années, peinait encore à se réinventer. C’est chose faite avec cette collection Area. La dégaine est cool, presque street, décontractée, les robes et hoodies sont traités comme des cages de cristaux, les jupes asymétriques et les brassières scintillantes laissent apparaitre des corps sensuels et assurés et le casting inclut Precious Lee et Yasmin Wijnaldum. L’adjectif « clinquant » n’a jamais paru aussi cool. Exit la haute couture d’une autre époque et place, donc, à une nouvelle ère du bling trois étoiles, qu’on est ravie de voir portée par un duo de créateurs comme Beckett Fogg et Piotrek Panszczyk, et qui pourrait bien prendre racine dans les rues branchées de New York. 

Charles de Vilmorin

Pour sa première collection en tant que membre invité de la chambre syndicale de la haute couture, Charles de Vilmorin, jeune protégé de Jean Paul Gaultier, a imaginé un petit théâtre du bizarre qui n’est pas sans rappeler les jeunes heures d’Yves Saint Laurent. Dans une vidéo signée Studio L’Etiquette et mise en musique par Maxence Janvrin, il projette sur une toile blanche des jets de peinture, à la bombe ou au pistolet, et dévoile des silhouettes entièrement peintes à la main de motifs de coeurs, de visages, d’yeux ou de fleurs, des traits bruts et instinctifs et des couleurs primaires, qui dessinent un univers étrange qui tient plus de l’art que du vêtement pur, dont les contours rappellent aussi John Galliano ou Christian Lacroix. Une entrée en matière forte et incarnée, qui plonge le créateur de 24 ans les deux pieds en avant dans la cour des (très) grands. 

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