Courtesy of Joel Meye

Joel Meyerowitz le dit avec des fleurs

L’immense artiste américain - roi de la couleur et de la photographie de rue - nous gratifie d’une nouvelle version de son indispensable « Wild Flowers », un ouvrage émouvant comme un bouquet de fleurs.

par Patrick Thévenin
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06 Avril 2021, 2:08pm

Courtesy of Joel Meye

Avec l’arrivée du printemps, le retour du soleil et l’éclosion des bourgeons, la fleur est devenue comme le remède à la morosité ambiante, le symbole que la vie est plus forte que l’adversité. Pas étonnant dans ces conditions que le concept floral soit aujourd’hui un peu partout, décliné en couleurs vives ou en motif parmi les trends topics des collections mode, transformé en bouquet de renoncules et boutique de fleurs éphémères chez Jacquemus, compilé dans des ouvrages consacrés ou dupliqué à foison sur les feeds Instagram. Mais le plus bel exemple de cette explosion de fleurs tient surtout dans la réédition du livre « Wild Flowers », du célèbre et immense photographe américain Joel Meyerowitz. Un ouvrage devenu culte depuis sa sortie en 1983, dont les rares exemplaires s’arrachaient à prix d’or sur le marché d’occasion, et revenu enfin à la vie avec une nouvelle édition aux dimensions agrandies et renforcée de photographies inédites ou encore jamais vues datées du début des années 60 à aujourd’hui.

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​Courtesy of Joel Meyerowitz

Originaire du Bronx, Joel Meyerowitz - 83 ans aujourd’hui et considéré comme un des maîtres de la photo de rue - a décidé de devenir photographe sur un coup de tête à 24 ans en 1962 après avoir fait la rencontre de Robert Franck. Un choc décisif qu’il racontait au journal le Monde dans l'immense exposition que la Maison européenne de la photographie lui consacrait en 2013 : « L'agence de publicité où je travaillais m'avait envoyé superviser une séance de pose avec le photographe Robert Frank. Quand je l'ai vu bouger et photographier dans un même mouvement, j'ai été ébahi. A l'époque, je pensais que la photographie était une chose statique. Pas qu'elle pouvait être une expérience physique ! Je suis rentré au bureau… Tout avait changé. Sur le chemin, le monde m'apparaissait différent, plein de potentialités. » Ni une ni deux, bouleversé par ce qu’il vient de comprendre, Joel Meyerowitz, quitte son job de directeur artistique, emprunte son premier appareil, un Leica, charge une pellicule couleur et commence à arpenter les rues de New York pour saisir ces petits rien et ses grands tout, tous ces détails auquel le passant pressé échappe mais qui en disent long sur l’état du monde. Petit hic : débutant dans le monde de la photographie, il n’a pas encore réalisé que la couleur à l’époque est mal considérée, qu’elle est synonyme de photo amateur, commerciale et journalistique quand le noir au blanc est porté au pinacle de l’art. Bien décidé à lutter contre ses préjugés, Joel va ainsi se faire ainsi le missionnaire de la couleur (même s’il utilisera parfois le noir et blanc) s’affirmant, avec des artistes comme William Egglestone et Shephen Shore, parmi ceux qui lui ont donné ses lettres de noblesse. 

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​Courtesy of Joel Meyerowitz

En 60 ans de photos qui l’ont vu documenter New York mieux que personne, photographier l’Europe dans tous les sens à la fin des années 70’s, s’aventurer au bout du monde, être un des seuls photographes accrédités à Ground Control parmi les débris de l’attentat du 11 septembre, avoir abordé la photo de rue, comme le portrait ou les paysages, multiplié les expositions dans les meilleurs musées internationaux, sorti plus de 35 livres dont le sublime « Where I Find Myself », rétrospective de 55 ans de travail, Joel Meyerowitz nous offre une nouvelle version de « Wild Flowers ». Un cadeau vraiment à part dans l’intense et immense biographie de Joel Meyerowitz, son jardin secret en quelque sorte, un livre essentiel où le photographe a réuni toutes une série de photos dont le fil conducteur repose sur peu de chose : les fleurs !

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​Courtesy of Joel Meyerowitz

D’une femme d’un certain âge, surprise dans la rue alors qu’elle semble pressée, un énorme bouquet de fleurs jaunes sous les bras à une main brandie vers le ciel bleu et sur lequel est posé un pétale, d’une procession de jeunes filles endimanchées portant une rose rouge à des rideaux rococo avec des motifs floraux, d’un capot de voiture recouvert de fleurs de cerisiers emportés par le vent à une nappe cirée imprimée de grossiers motifs, des gerbes immenses d’un enterrement à une femme qui porte fièrement un chapeau fleuri, Joel Meyerowitz relie avec malice, humour, et un sens du détail qui n’appartient qu’à lui, ses clichés sublime et aux couleurs saturées qui font l’effet d’un bol d’espoir et d’air frais. Faisant du monde son jardin - et considérant que son travail de photographe est d’en capturer tous ces moments fugitifs pour mieux l’entretenir - Meyerowitz explore à travers les fleurs - leurs symboliques et leur statut éphémère – l’imperceptible beauté qui se niche dans la vie de tous les jours. Une belle manière en somme de le dire avec des fleurs !

Joel Meyerowitz : « Wild Flowers » (Editions Damiani) – 56 euros

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​Courtesy of Joel Meyerowitz
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​Courtesy of Joel Meyerowitz
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