Courtesy of Théo Gosselin

Science céleste : le retour de l’astrologie

Alors que l’intérêt pour ce savoir cosmogonique explose à travers le monde, i-D a interrogé trois astrologues sur l’année 2021, les raisons de ce renouveau et le rôle que cette connaissance ancestrale peut jouer sur la société contemporaine et l’humain.

par Alice Pfeiffer
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20 Janvier 2021, 5:06pm

Courtesy of Théo Gosselin

La firme de recherche Pew Research Center est formelle : notre société - et tout particulièrement ses Millenials - fait preuve d’un intérêt grimpant en flèche pour l’astrologie. Ce savoir sur l’influence des astres sur notre vie et notre destin remonte à des milliers d’années, parfois mis en exergue, il est régulièrement redécouvert au fil de l’histoire : on peut notamment penser à sa consécration dans les années 60 et 70 (rappelons-nous le succès planétaire de «The Age of Aquarius» de la comédie musicale «Hair»), par le mouvement hippy et sa vague New Age.

Aujourd’hui, par le biais des réseaux sociaux, l’imagerie et la pensée cosmogonique se déploie sous des incarnations contemporaines – notamment des memes, des applications et comptes Instagram dédiés, dont Co-Star, Astrology Zone et Astrotruc.

Et si la période de crise et d’enfermement a peu en commun avec le Flower Power d’antan, de multiples raisons expliquent ce renouveau. Alors que l’intérêt pour les religions est en baisse en Occident, que les familles sont plus fragmentées qu’autrefois, mais aussi que le stress est omniprésent et palpable, peut-on s’étonner d’une quête d’une nouvelle spiritualité comme fil conducteur pour notre quotidien Covidien? L’astrologie offre une pensée hors des structures hiérarchiques dominantes ; profondément égalitaire, elle permet un lâcher-prise, un sens d’appartenance par le sensible, et articule un dialogue sur les émotions enfouies, les peurs, les dilemmes intimes et sociétaux – tout en s’appuyant sur une logique mathématique aux yeux des adeptes inébranlables.

Pour l’astrologue Julie Patriat, astrologue karmique (branche fondée sur les principes du karma et de la réincarnation) et cellulaire (penchées sur les informations circulant dans notre corps), cette nouvelle vague prouve que nous avons « besoin de nous raccrocher à quelque chose de concret dans l’invisible et l’intangible ; on se souvient que l’on fait partie d’un tout, qu’on appartient au cosmos. » Sa pratique s’intéresse au « chemin de conscience » entrepris par l’individu à travers – et dès le début— de sa vie, et travaille sur les blocages et les blessures en réalisant un thème astral.

Le Covid aurait également contribué à ce regain d’intérêt, selon l’astrologue Didier Blau, qui explique la tendance comme un antidote aux angoisses actuelles, offrant « des repères universels, venant très littéralement de l’univers » - ce que l’humain tend à faire « lorsque des questions existentielles pressent et que l’on a besoin d’être rassuré. » Pour lui, l’astrologie n’est pas une croyance mais au contraire une connaissance empirique et une science rigoureuse, qui analyse les cycles auxquels chacun est soumis pour permettre une mise en place d’un progrès personnel, des changements de vie, une acceptation de soi. Sa pratique peut être assimilé à celle d’un guide spirituel permettant, en ses mots, de « devenir qui nous sommes ».

À chaque astrologue, sa mission spécifique et son positionnement personnel face à ce savoir.  Denis Tran, spécialiste d’astrologie chinoise (dite BaZi) envisage son métier comme « une sorte de GPS et d’aiguilleur pour l’être humain, qui permet de comprendre les mécanismes sous-jacents de la vie de chacun. » Non pas « pour rassurer les gens et leur prédire quand ils vont gagner au loto », il offre une assistance et un outil de développement personnel. Et ce, en se basant sur 4 piliers fondateurs (soit l’année, le mois, le jour et l’heure de naissance) et 5 énergies fondatrices et symboliques : la terre, l’eau, le métal, le bois et le feu, présentes dans le thème de chacun selon les principes de la culture chinoise.

Julie Patriat

Quelle différence peut on anticiper entre l’an dernier et cette année ?

« L’an dernier Jupiter et Saturne rentraient en Capricorne, ce qui nous a fait connaître un sentiment d’austérité, d’enfermement, de lourdeur, d’apesanteur. Là, ces deux planètes transpersonnelles vont rentrer en Verseau. Ce signe est associé à tout ce qui est novateur, hors du commun, c’est un signe d’air qui ne va pas nous enfermer, et qui symbolise la liberté et la rébellion. On peut donc s’attendre à une énergie nouvelle, marquée par la respiration, la liberté, la nouveauté, l’ouverture, la connexion, le mouvement. »

Concrètement, que peut-on attendre à un niveau sociétal ?

« Ce besoin de liberté et de refus des carcans pourraient tout à fait s’exprimer par un soulèvement populaire. Ce mouvement est également le reflet de la conjonction entre Mars et Uranus en taureau dès le 20 janvier. Mars est associé à l’action et à la guerre, Uranus à la foudre et au retournement – on peut s’attendre à une révolte, un choc boursier, une transformation autour des valeurs et de l’argent. Nous rentrons dans une ère du changement de mentalités, de points de vues, également dotée d’une énergie folle. »

On parle souvent du rétrograde de Mercure – qu’en est-il ?

« Mercure sera en rétrograde du 31 janvier au 22 février, ce qui veut dire que tout va être au ralenti, qu’on sera freiné dans ses mouvements et qu’il y aura des retards au niveau des déplacements, des moyens de communication, des transports. Mais il recule en Verseau, ce qui va signifier un besoin de changement et de prise de conscience. »

Denis Tran

Quelle est la plus grande différence entre l’astrologie occidentale et chinoise ?

« Les gens méconnaissent l’astrologie chinoise, qui fait appel à d’autres connaissances culturelles. La notion asiatique de vie est très différente de celle de l’occident. Nous croyons à la réincarnation, la continuité de l’esprit après la mort, et ce sur des cycles récurrents et réguliers. Si l’occident envisage l’existence sur 100 ans, nous l’envisageons sur 1000 ans.»

Quelles sont les énergies fondatrices de cette année ?

« Cette année, le métal et le bois seront abondants. Le métal indique dans un premier temps des problématiques liées aux poumons, aux gros intestins : on risque d’avoir une sorte de chape de plomb à cause du Covid. Cependant le métal symbolise aussi une armure pour nous protéger de maux extérieurs. De plus, il peut indiquer un carcan rigide de la part du gouvernement, mais on peut également voir naitre des éléments d’opposition par la présence du bois. »

Et quel impact aura le bois sur cette année ?

« Cette année exige de la souplesse, ce qui est une qualité propre au bois. Le bois est révélateur d’une richesse nationale, d’un pouvoir d’achat, d’un regain économique européen. Nous allons nous rendre compte que le pays ne va pas si mal que ça, que la richesse est présente parce qu’il y a eu beaucoup de rigueur, beaucoup de métal par le passé. Nous nous apprêtons à remonter la pente. »

Quel rôle jouera-t-il auprès de la création, l’imagination, les valeurs ?

« Le bois symbolise aussi l’imagination, la culture, les artistes, la créativité, l’ingéniosité. Face aux contraintes actuelles, ces secteurs vont s’en sortir et le gouvernement va les aider. Le bois est aussi révélateur d’une nouvelle tendance écologique; on peut donc prédire que les verts domineront la scène politique. Il y aura beaucoup d’espoir, et de retours aux sources et à la nature. »

Didier Blau

Comment expliquez-vous les maux traversés en 2020 ?

« L’an dernier, Saturne était en conjonction avec Pluton pendant le Covid, c’était la première fois en quarante ans. Saturne, c’est le temps, la mort, le retrait, la solitude, et Pluton est le signe des forces inconnues. Pluton est une planète naine, plus une planète, associée à la bombe atomique, au fascisme, au nazisme ; elle dépasse l’humain, et cette conjonction avec Pluton est marqueuse des choses extrêmes. »

Et que comprendre de l’année à venir en termes astrologiques ?

« En février, dû au mouvement de Saturne et Uranus, on peut s’attendre à un sentiment de paranoïa extrême venant notamment des Etats Unis. Le temps et les individus se heurtent. Uranus était découvert en 1781 et la révolution française eu lieu en 1789. Il demeure le symbole de toute la révolution, qui vient alors balayer d’un coup Pluton. Il pourrait y avoir un phénomène de soulèvement, de révolte, opposé à la privation de liberté. Uranus est dans le signe du verseau, un signe de liberté, et on peut imaginer un besoin d’émancipation qui viendra briser ses chaînes. »

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