le réalisateur du docu sur marsha p. johnson accusé de vol par une activiste trans

La cinéaste Reina Gossett accuse le réalisateur David France d’avoir utilisé plusieurs décennies de ses recherches portant sur l'histoire LGBTQ+ pour son documentaire « The Death and Life of Marsha P. Jonhson », diffusé sur Netflix.

par Charlotte Gush
|
11 Octobre 2017, 8:30am

Mya Taylor dans Happy Birthday, Marsha !

La sortie du documentaire de David France, The Death and Life of Marsha P. Jonhson sur Netflix, a été suivie de grands applaudissements : ce récit d'un morceau majeur de l'histoire LGBTQ+ - du temps où Marsha et d'autres se battaient contre la police descendue au Stonewall Inn- était depuis longtemps attendu. Et comment ne pas s'émouvoir de découvrir la vie, l'histoire et l'héritage d'une activiste révolutionnaire historique, enfin présentée au grand public ?

La célébration aura été de courte durée. L'artiste et cinéaste trans Reina Gossett accuse David France de s'être largement inspiré d'une de ses vidéos co-réalisée avec Sasha Wortzel, elle aussi artiste/réalisatrice/activiste, d'avoir réutilisé ses mots et ses recherches sur les STAR (Street Transvestite Action Revolutionaries), ses décennies d'archivage et d'avoir forcé Vimeo à supprimer un de ses films sur l'amie de Marsha Sylvia Rivera.

Dans un post Instagram très direct, tagué des hashtags #deepshare et #realtruth, Reina écrivait : « Cette semaine, pendant que j'emprunte de l'argent pour payer mon loyer, David France sort son documentaire à gros budget sur Netflix, consacré à Masrha P. Johnson. Je suis encore un peu perdue, j'essaye de comprendre comment ce film a pu voir le jour et comment il a engrangé autant d'argent sur le dos de nos vies et nos idées. »

« Pour ce projet, David s'est inspiré d'un film que j'ai réalisé avec @sashawortzel afin d'obtenir une bourse. Nous l'avions envoyé au Kalamazoo/Arcus Foundation Social Justice Center, et David était alors sur place, continue-t-elle. Il a dit aux gens qui bossaient là-bas – je ne mens pas – que c'était à lui de faire ce film. Il a réussi à avoir une bourse de Sundance/Arcus en utilisant mes mots et mes recherches sur STAR, et a réussi à obtenir de Vimeo qu'ils retirent ma vidéo très controversée d'un discours de Sylvia. Il m'a volé des décennies de travail, de recherche d'archives qui m'ont énormément couté. Un jour, son staff a appelé Sasha au boulot pour lui prendre ses contacts, avant d'embaucher Kimberly Reed, la 'conseillère' de notre propre film afin d'en faire sa productrice. Et je ne vous raconte pas tout. »

Elle termine en expliquant pourquoi ces accusations font tristement écho au sujet du film : « Ce genre d'extraction et d'excavation illégitime de l'histoire et des vies noires, des vies pauvres, des vies trans n'est pas nouveau. C'est un processus totalement connecté aux violences qu'a eu à subir Marsha pendant toute sa vie. » Puis Reina conclut en avouant toute « la rage et la peine qu'elle ressent. »

L'auteure Janet Mock a tenté de faire réagir David France sur Twitter, en postant un long message décrivant tout l'apport du travail de Reina Gossett à la culture et la connaissance publique des icônes LGBTQ+. « Le travail d'une femme noire et trans sur une femme noire et trans a été utilisé pour faire un film réalisé par un homme blanc et cisgenre, aidé par les millions de Netflix, » écrit-elle. David France a répondu à ces allégations, niant toutes les accusations et affirmant qu'il avait « commencé à faire des recherches sur la vie de Marsha en 1992, » ajoutant qu'elle était « une très bonne amie à lui. Sa mort l'a profondément marqué. » Le réalisateur explique qu'il a été inspiré par des films plus anciens sur Marsha, mais pas celui de Reina et de Sasha, même s'il conclut en disant que les récits sur les activistes de STAR « ont été racontés bien avant, et doivent être racontés encore et encore, à travers des voix nombreuses et différentes, principalement celles des femmes trans de couleur […] C'est pourquoi nous soutenons totalement le magnifique film de Reina et Sasha. »

Comme i-D l'indiquait en novembre 2015, Reina et Sasha ont travaillé à un film sur la vie de Marsha P. Johnson. Intitulé Happy Birthday, Marsha !, le film suit l'activiste dans les heures précédant le raid du Stonewall Inn, tandis que ses amis sont réunis pour fêter son anniversaire. Comme l'écrivaient les réalisatrices sur leur page de collecte de fonds Indie Gogo, « C'est trop rare de voir des personnes marginalisées raconter elles-mêmes leur histoire à l'écran, mais ce projet est différent. Happy Birthday, Marsha ! est écrit, produit et réalisé par une femme trans de couleur. » Dans le rôle de Marsha, on retrouve la star de Tangerine Mya Taylor, tandis qu'Eve Lindley incarne Sylvia Rivera. Ce casting très divers compte également Cherno Biko, Rios O'Leary-Tagiuri, Silas Howard (le réalisateur de la série Transparent) et Grace Dunham. Vous pouvez faire une donation pour soutenir le projet sur le site du film, et en regarder la bande-annonce juste en dessous.

En ce moment, Reina Gossett et Sasha Wortzel présentent une installation cinématographique dans le cadre de l'exposition de groupe Trigger : Gender as a Tool and a Weapon au New Museum de New York. Le film, Lost in the Music, met également en scène Mya Taylor et raconte la vie de Marsha P. Johnson.

Tagged:
Culture
cinema
LGBT+
David France
marsha p johnson
reina gossett
sasha wortzel