les 21 clips qu'il fallait absolument voir en 2017

Barrés, engagés, drôles ou sexy : i-D a dressé sa liste (non-exhaustive et subjective) des clips qui ont fait 2017.

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15 décembre 2017, 10:13am

Moha La Squale - T'étais où ?

Si quelqu’un a compris le pouvoir du clip cette année, c’est bien Moha La Squale. Le 23 juillet sur Facebook, le jeune rappeur parisien encore inconnu sort une première vidéo, « Tout seul », et 22 autres suivront, tous les dimanches. En moins de temps qu’il ne faut pour dire son nom, l’Internet est conquis par sa présence à l’écran qui nous laisse présager un futur radieux à cet étudiant du Cour Florent. Dur de choisir parmi tous ces clips, ces décors d’un flow virtuose et cru qui le voit philosopher sur sa condition, sa jeunesse, ses réalités et ses espoirs. On aurait pu choisir le storytelling de « Bendero », la poésie sur canapé de « Midi Minuit » ou « Bienvenue à la Banane », hymne local déjà culte. Mais on a choisi « T’étais où », sortie le 12 novembre dernier, parce que c’est le début d’une consécration éclair. À la fin du clip, on le voit sabrer le champagne la clope au bec et signer un contrat dans les locaux de la Warner. Et on applaudit.

King Krule - Czech One

Durant quatre (très) longues années, King Krule s'est retiré dans l'ombre, nous faisant le don de quelques apparitions sporadiques, masqué derrière un nouveau pseudo ou planqué en arrière plan de quelques sorties musicales signées par d'autres artistes. Et tandis que le monde entamait sa marche funèbre vers un futur pas franchement joyeux, ses clair-obscurs, sa voix caverneuse et son lyrisme inimitable commençaient à sérieusement nous manquer. Czech One, sortie en août dernier, est apparu comme la lumière au bout du tunnel. Une ballade trip-hop hantée comme il sait si bien les composer qui nous permet à notre tour de nous retirer de ce monde de fou. Le clip a été réalisé par le grand Tyron Lebon et on y trouve tout l'univers fantasmagorique et touchant de King Krule.

Kekra - 9 Milli

Si on a trop longtemps survolé le vrai talent de Kekra, le considérant à tort comme un gimmick, c’est peut-être parce que son esthétique a parfois été trop forte pour laisser parler son rap. Quand on pense Kekra, on pense visuel : au masque derrière lequel il cache son identité, mais aussi aux clips qui prennent aux allures de tour du monde. Récemment, Kekra nous expliquait ce qui le faisait voyager jusqu’au Togo, aux Bahamas, ou au Japon pour ses vidéos : « Il y a des gens qui ne peuvent pas voyager, et moi je suis là pour ça. J’ai envie de pousser les gens à dépenser leurs sous dans un billet d’avion plutôt que dans un scooter. » Le choix du clip a été dur ici aussi, tant chacun réserve des plans exotiques au drone à tomber. Ça s’est joué entre une partie de golf en Thaïlande pour « Pas Payé », le clip d’ « Intermission » dans lequel le rappeur salue A$AP Rocky sur un yacht et fume un blunt avec les Migos et une virée solitaire, nocturne et hallucinée dans les rues de Tokyo. On a choisi Tokyo.

Vendredi Sur Mer - Les Filles Désir

Le 24 novembre dernier, Vendredi Sur Mer sortait Marée Basse, un album aussi mélancolique qu'une balade sur la jetée, aussi riche de douceur que de doutes. Pour "Les Filles Désir", elle livre un clip dont les couleurs intenses semblent faire écho aux tourments des amours débutantes. Entre couchers de soleil et banlieue pavillonnaire, une histoire défile sans s'arrêter, depuis la banquette arrière d'une Mercedes benz jusqu'au banc d'un arrêt de bus anonyme. Une traversée des sentiments dont ces deux filles ne sortiront pas indemnes (et nous avec).

Jay-Z - Moonlight

Ce n’est pas franchement de Jay-Z qu’on attendait l’un des clips les plus conceptuels de l’année. Même si son dernier album 4:44 réserve quelques grands moments, ce n’est plus de ce businessman accessoirement rappeur qu’on attend le risque artistique. Et pourtant, cette année, le rappeur a sorti deux vidéos assez folles : le magnifique clip animé de « The Story of O.J » qui dénonce les archétypes raciaux véhiculés par les vieux cartoons américains, et le clip de « Moonlight » dans lequel il ne rappe qu'une cinquantaine de secondes sur les 6 minutes qu’il dure. La vidéo prend la forme d’un remake afro-américain de Friends, mais cache bien plus de significations que la reconstitution de l’appart mythique peut en cacher. Il aborde la réappropriation culturelle et la visibilité des minorités dans les médias et les arts. C’est magnifiquement fait, le casting est parfait et c’est probablement le clip le plus politique de toute la carrière de Jay.

Bamao Yendé - Banda lo

Se retenir de danser sur les sons du prodige et fondateur de l'écurie Boukan, j'ai nommé Bamao Yendé, relève de l'impossible, voire de la torture. Savant mélange de rythmes afro, de baile funk et de house chaleureuse, son titre « Banda Lo » sorti en novembre nous a permis de faire durer un peu l'été. Le clip, signé Lexomeal, fait l'effet d'un anti-dépresseur, enchainant des montages low-fi et bizarres et cumulant des apparitions inattendues : de Bonnie Banane à Vegeta en passant par des sirènes en 3D. Comme d'habitude, on adore et on ne s'en lassera jamais. Longue vie à Bamao.

Tommy Genesis - Tommy

Quand sur YouTube un clip commence par la mention « Cette vidéo peut être inappropriée pour certains utilisateurs », ça titille déjà notre curiosité. Ne passons pas par quatre chemins : on tient là le clip le plus sexy de l’année. Si vous n’avez pas de baignoire pour conjurer le froid d’un bain chaud, « Tommy » est une solution à bas prix des plus efficaces. Le clip réalisé et monté par Tommy herself colle parfaitement aux paroles égotrip de la rappeuse canadienne : « Nobodfy fuck with Tommy / Nobody’s high like Tommy / Nobody rock like Tommy / All these bitches get off me ». Tommy Genesis sait ce qu’elle est, ce qu’elle veut, ce qu’elle fait et nous on sait qu’on pourrait difficilement faire sans son audace et son talent.

Myd - All Inclusive

Pour son clip All Inclusive, Myd nous a embarqué la photographe Alice Moitié en croisière sur un immense paquebot, un immeuble couché sur l'eau. On y suit donc un Myd qui se complait à être l'emmerdeur de service de la croisière : il coule des gamins, se ballade à poil sur le ponton, urine par dessus bord, se bastonne mais finit quand même par s'intégrer et construire quelques amitiés de vacances. Un mec irritant mais franchement hyper drôle.

FAKA - Uyang'khumbula

Il y a quelques semaines, Mykki Blanco embarquait i-D à la découverte de la scène queer sud-africaine pour la série documentaire Out Of This World. A Johannesbourg, il faisait la connaissance de FAKA, un duo de performers/activistes oeuvrant avec panache et en musique à la visibilité des personnes LGBTQ. Dans ce titre taillé pour faire trembler les dancefloors, ils nous embarquent pour un cours de voguing en plein air, dans un décor fait de cactus, de rochers et de routes sableuses. De quoi donner envie de danser partout, en pleine journée, en commençant par enfiler sa robe préférée.

PNL - Jusqu'au dernier gramme

Un bon clip, c’est un clip qui sait se départir des codes du genre. Dans cette catégorie-là, c’est sans aucun doute PNL qui joue la couronne avec le clip de près de 30 minutes de « Jusqu’au dernier gramme ». Un véritable court-métrage sorti du four du crew Kamérameha ; la conclusion d’une quadrilogie de clips qui, mis côte à côte, composent un récit d’un peu plus d’une heure. Une histoire de violence, de famille, de vengeance, de destins brisés ou conjurés. Pour ceux qui n’auraient pas vu « Naha », « Onizuka » et « Béné » : leur visionnage est indispensable à la compréhension de cette dernière partie sacrément ambitieuse. Les frères des Tarterêts dépassent les bornes du clip traditionnel, se concentrent sur l’histoire, les personnages, et déploient une trame à eux, sur eux et pour tout le monde – nous prouvant une fois de plus qu'ils ne font rien comme les autres.

N.E.R.D & Future - 1000

Quelques semaines seulement après les meurtres de militants anti-racistes qui ont déchiré Charlottesville, le duo N.E.RD a joint ses forces à celles du rappeur américain Future pour livrer un morceau puissant, accompagné d'un clip furieusement révolté. On y découvre des images tirées du web dans lesquelles des manifestants se battent, avant d'être eux-mêmes agressés par les forces de l'ordre. No One Ever Really Dies ? Au vu des violences qui traversent quotidiennement l'Amérique, l'acronyme sous lequel se rassemblent Pharell et Chad Hugo n'a jamais semblé aussi ironique.

Ichon – Maintenant

Au-delà de ses qualités incontestables, on retiendra du dernier opus d’Ichon Il suffit de le faire sa couverture, et le sourire affiché par le rappeur : mi-amical mi-carnassier. À propos de cette photo, il nous racontait récemment avoir voulu « apparaître comme ce mec parfait qui sourit. Un mec qui dit YES ! […] Je voulais être lisse, mais j’y suis pas arrivé. » Et en effet, s’il y a bien quelque chose qu’on ne peut pas reprocher à Ichon, c’est d’être lisse. Quelques jours après la sortie de sa mixtape sortait le clip du titre « Maintenant », qui donne une seconde vie à ce sourire intrigant. Ichon y apparaît en présentateur télé, réceptacle et catalyseur des joies et des tristesses de ses invités. Un clip à l’image du reste de l’œuvre du surdoué de Montreuil – un jeu subtil entre l’amour et la violence – et qui vient confirmer l’excellent jeu d’acteur d’Ichon qu’on avait vu pointer au loin il y a déjà quelque temps.

Vladimir Cauchemar - Aulos

Un air de flute rappelle rarement de bons souvenirs - plutôt des heures passées à apprendre comment délier son majeur de son annulaire sur fond de hurlements d’un prof de musique aigri. La bonne nouvelle, c’est que Vladimir Cauchemar va tout changer : c’est désormais un monsieur à lunettes qui s’imposera chaque fois que vous entendrez un nouveau sifflement. Parce qu’en plus d’avoir l’air sympa et d’éveiller aux potentialités du Parc de la Villette, le mystérieux Vladimir Cauchemar a inventé un nouveau genre, tout aussi barré qu’entêtant : la house médiévale.

Kamasi Washington - Truth

Le titre « Truth » du saxophoniste californien Kamasi Washington est un peu la bande-son d'une cosmogonie moderne. Ou d'une nécessaire renaissance du monde. Il apparait en prélude de son album Harmony of Difference sorti sur le génialissime label londonien Young Turks et dont le nom s'impose comme un mantra humaniste, celui d'un nouveau mouvement de jazz spirituel arrivé à point nommé pour contrer l'obscurantisme ambiant de ces dernières années. Pour soigner le monde, « Truth » ranime la magie et la cinématographie d'un jazz sixties sur 14 merveilleuses minutes et s'accompagne d'un court-métrage signé A.G Rojas. Un film dont la beauté ne serait se résumer à quelques adjectifs laudatifs – il en faudrait plusieurs douzaines. On vous laisse donc découvrir par vous-mêmes.

Calypso Valois - Apprivoisé

Calypso Valois nous l’a dit : un clip ce n’est pas qu’un clip mais une œuvre d’art à part entière. Et en regardant celui-ci, l’aveu paraît incontestable. Pour « Apprivoisé », la chanteuse a laissé Bertrand Mandico développer un univers sacrément déglingué, soulevé par une mise en scène dînatoire aussi glaciale, surréaliste et érotique que les costumes sont somptueux. On y retrouve l’acteur de Dix pour cent Nicolas Maury déguisé en cygne enjôleur voletant au-dessus de cet étrange banquet. Avec « Vis à Vie » et « Le Jour », la fille d’Eli et Jacno avait déjà prouvé son attachement au format clip, notamment en faisant appel à Christophe Honoré pour la réalisation du second. Avec « Apprivoisé », la barre est mise un coup encore un peu plus haut avec une esthétique de série Z irrésistible sublimée par la voix de Calypso. Une voix qu’il faut écouter, si ce n’est pas déjà fait, sur son premier album solo Cannibale.

Alex Cameron - Stranger's Kiss (feat. Angel Olsen)

Alex Cameron est le crooner de notre époque. Un crooner parfois un peu graveleux mais dont on sent battre entre les lignes un cœur gros comme ça. Après la réédition en 2016 de Jumping the Shark, album injustement snobé trois ans plus tôt, l'australien a été définitivement révélé au monde cette année, et il était temps. Ce Don Quichotte dégingandé d’une pop/folk décomplexée a donné un souffle d’air frais au paysage musical tout en allant pourtant piocher dans les années 1980 (qui ne l’a pas fait cette année ?) et tout ce qu’elles ont pu avoir de merveilleusement cheesy pour composer son second album Forced Witness. Au creux de cet album parfois déconcertant mais toujours jouissif, un hit incontournable de douceur et d’ironie mélodique : « Stranger’s Kiss », en featuring avec Angel Olsen et dont le clip est aussi beau qu’il est intrigant, supporté par la belle performance de Jemima Kirke (Girls) dans le rôle d’une fan (stalkeuse ?) dévouée.

Myth Syzer - Le Code (feat. Bonnie Banane, Ichon et Muddy Monk)

Réalisé par Julia et Vincent, le clip du producteur Myth Syzer est à la hauteur de la sensualité accablante du titre lui-même. Les scènes quotidiennes comme promener son chien, prendre une douche, laver sa voiture ou encore se faire un sandwich deviennent prétextes à l'érotisme le plus candide. Bonnie Banane, Ichon, Myth Syzer et Muddy Monk forment un quatuor R&B suave. Dans le clip chacun d'entre eux est entouré par un nuage rose et léger comme un filtre pour nous rappeler l'éternel mélancolie des romances passées.

Tyler the Creator - Who Dat Boy (feat. A$AP Rocky)

Depuis la sortie du clip de « Yonkers » en 2011, où Tyler, The Creator donnait un début d’indice sur l’ampleur de sa folie douce en bouffant un gros cafard, le rappeur fait partie de ces artistes pour qui le visuel est irrémédiablement lié au reste de l’œuvre. Il est devenu le roi du weird, avec des clips jouant constamment à la limite entre l’humour et le malaise. Qu’il se tartine en blanc pour le glaçant « Buffalo » ou qu’il avance masqué dans le très, très étrange « IFHY », Tyler a construit avec ses clips une esthétique bien à lui. Il l’a prouvé une fois de plus cette année avec le totalement déjanté (et parfois assez flippant) clip de « Who Dat Boy ». Après qu’un engin non-identifié lui explose à la gueule et lui déforme le visage, Tyler est contraint de demander de l’aide à à scientifique apparemment aussi fou que lui (A$AP Rocky) qui lui coud un nouveau visage, blanc. C’est barré. C’est Tyler.

Yves Tumor & Oxhy - Broke In

Pour illustrer « Broke In », le mystérieux Yves Tumor a choisi Sam Dye et Bliss Resting, deux jeunes berlinoises qui se sont prêtées au jeu de la réalisation pour la première fois. Et c'est réussi. On est à mi-chemin entre Blair Witch Project et un film noir sur le bio-hacking. Une course-poursuite angoissante dont Oxhy est la star, incarnant un savant fou qui voit les griffes d'une ville se refermer sur lui : « Ce clip, c'était vraiment pour montrer comment Londres m'écrase. C'est une ville tentaculaire où on l'on peut marcher sans trouver d'échappatoire, une ville qui rend fou » explique Oxhy. En bref, si vous voulez pendant un court instant avoir la sensation d'avoir été enterré vivant, regardez le clip de « Broke In ».

Johan Papaconstantino - J'sais pas

Nous non plus, on « n’sait pas ». On ne sait pas trop quelle musique fait Johan Papaconstantino, parce qu’il est clairement le seul à faire. Sa Terre nous est inconnue est c’est pour ça qu’elle est si tentante. Notre curiosité est piquée. Le musicien et peintre que l’on croisait l’an dernier dans les couloir du feu Wonder pioche dans des contrées connues, la musique grecque, arabe, des couperets funks imparables, mais en fait une sauce bien à lui, incomparable. C’est notre coup de cœur de cette fin d’année. Une fin d’année qu’il rythme d’ores et déjà de son premier EP Contre-Jour toujours efficacement intrigant (et dont on conseil particulièrement l'écoute de « Iris Oeil »). Vous n’avez rien entendu de tel cette année, et comment ne pas flancher quand la musique est sublimé par une esthétique aussi envoûtante que celle du clip de « J’sais pas. »

Kendrick Lamar - DNA

Le clip haletant et non-linéaire s'ouvre sur une étrange scène d'interrogatoire où l'acteur Don Cheadle et Kendrick Lamar s'affrontent par les mots, liés par un détecteur de mensonges. Ils semblent échanger leur corps, pour que finalement Kendrick finisse par asseoir son pouvoir jusqu'à posséder Don Cheadle. Tantôt le rappeur incarne « Kung-Fu Kenny » l'un de ses alter-egos, tantôt un membre de gang qui joue aux dés avec ses potes. Ils sont soudainement tous encerclés par les dérapages contrôlés d'une bande de filles euphoriques au volant d'une voiture folle. Le clip est construit comme un triptyque haletant autour de la masculinité noire et l'identité multiple de Kendrick Lamar.