d'heygere, la nouvelle marque d'accessoires à connaitre absolument

Accessoiriser l’accessoire, détourner bijoux, sacs et ceintures de leur fonction, subvertir le quotidien avec poésie : la créatrice Stéphanie D’heygere lance sa première collection d’accessoires. i-D l’a rencontrée.

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févr. 19 2018, 10:29am

Choker qui flotte, créole fleur ou cigarette, collier gant, manche de chemise-sac banane, poche de jean-pochette en cuir, tee-shirt squelette chaîne, boîtier de lunette-sac : avec Stéphanie D'heygere, les accessoires prennent une autre allure. La créatrice belge, diplômée de l’Académie royale des beaux-arts d'Anvers, surprend avec une première collection d’accessoires, une série de 20 pièces mi-bijoux, mi-maroquinerie, pour la plupart unisexes. « J’ai mis plus d’un an et demi à établir les bases de ma marque et j’ai repoussé deux fois le lancement : je voulais que ce soit le plus parfait possible ! », indique-t-elle. Derrière chaque pièce, il y a un concept, une idée, une réflexion sur les usages de l’accessoire. La créatrice transforme ces « objets » du quotidien, les détourne de leur fonction initiale, mêle l’esthétique et le pratique – chez elle, la subversion est toujours poétique. « Affoler le réel », disait André Breton, chef de file du mouvement surréaliste. Avec Stéphanie D’heygere, les accessoires s’accessoirisent, en déplaçant le regard, en s’amusant des habitudes. C’est par hasard au cours d’un stage chez Lanvin que la créatrice découvre le monde de l’accessoire ; séduite, elle poursuivra son apprentissage chez Margiela où elle décrochera son premier poste. Une expérience unique – du dessin au développement produit. À côté de sa marque, la créatrice donne des cours à la HEAD et collabore avec Y/Project. Les bijoux XXL, les créoles spirales, les ceintures qui se détriplent du dernier défilé ? C’est elle. Sa première collection personnelle sera en vente au mois de juin aux Galeries Lafayette. Sa campagne de pub, shootée par Arnaud Lajeunie, avec Ursina Gysi au styling, est un parfait teasing.

Comment es-tu arrivée dans la mode ?

J’ai toujours beaucoup dessiné ; enfant, j’allais à l’Académie de dessin et ado, j’achetais plein de magazines. Mais à l’époque je ne pensais pas vraiment travailler plus tard dans la mode… Quand on passe le bac, on n’a pas beaucoup de temps pour décider de ce qu’on veut faire ; alors sans vraiment réfléchir, je me suis inscrite en fac de droit. Pour faire comme mes amis et aussi pour faire plaisir à mes parents. J’ai tenu un an ! Je n’aimais pas du tout et je me suis dit : « si mes études doivent définir mon futur, ça ne va pas être possible de continuer dans cette voie ». Mais je ne connaissais personne qui avait étudié la mode pour me conseiller. J’ai fini par intégrer l’Académie royale des beaux-arts d'Anvers et ce qui m’a tout de suite plu c’est la diversité des activités dans la mode : on dessine, on fait des recherches de formes, on organise des shootings, des présentations etc. J’aime aussi l’idée que tous les 6 mois dans la mode, il faut se renouveler. On ne fait jamais la même chose, ça me plaît.

L’Académie royale des beaux-arts d'Anvers n’a pas de formation en accessoires. Comment as-tu découvert cet univers ?

J’ai beaucoup appris aux cours de mes différents stages. En sortant de l’école, j’ai intégré le studio de Jeremy Scott. Je voulais quitter la Belgique et j’ai trouvé un stage à L.A. Je suis tombée amoureuse de la ville ! L’équipe était minuscule mais c’était fantastique. Ensuite, j’ai travaillé chez Lanvin et par hasard j’ai commencé à toucher aux accessoires, aux lunettes de soleil, précisément et ça a été une révélation. Les patronages ça n’a jamais été mon fort ; là, j’ai découvert un autre métier. Puis, j’ai refait un stage dans l’accessoire chez Margiela. Une vraie chance. J’ai ensuite continué à travailler pour la Maison en freelance et quand ma boss est partie, je suis devenue responsable des ceintures et des lunettes. Je m’occupais du design et du développement produit des pièces, c’est une expérience unique pour ensuite créer sa propre marque… J’ai l’habitude d’aller en usine checker la fabrication des pièces. Puis, j’ai quitté Margiela et j’ai commencé à travailler pour d’autres marques comme Y/Project avec qui je continue d’ailleurs de collaborer. Travailler en freelance à côté de ma marque, ça stimule mon quotidien et ça me permet de ne pas penser qu’à ma collection !

Images campagne D'heygere A/H 18/19 (the flower shop collection)

Quelle est la valeur ajoutée de ta marque ?

L’accessoire accessoirise ta tenue ; ici, mon idée c’est de permettre l’accessoirisation de l’accessoire. Ainsi, par exemple, dans mes boucles d’oreille créole il y a un système qui permet d’y glisser des choses. Tu vas à un mariage, tu mets une rose, tu vas dans un bar, tu mets une cigarette. La cliente positionne ce qu’elle veut dedans. On laisse la possibilité aux gens d’être créatifs… C’est l’idée un peu utopique de se dire que tu peux avoir plusieurs boucles d’oreille en une seule. Les gants ont des boutons pression qui permettent de les assembler et de former un collier ou un bracelet. Une pièce a toujours plusieurs usages… Tout a été dessiné avec une idée sous-jacente, un concept qui peut être lié à un problème ou à un besoin de la vie de tous les jours que j’observe. Les gants, on les perd toujours, ici on peut les accrocher, ça nous rend la vie un peu plus facile ! La nécessité se mêle à l’esthétique. Et puis j’avais envie de créer des pièces très faciles à porter, de vrais objets utiles.

Quelles sont tes inspirations ?

J’adore Marcel Duchamp par exemple. Dans l’art, j’aime quand il y a une idée derrière l’œuvre, comme dans les sculptures de Erwin Wurn. Percevoir la beauté dans des choses qu’on voit tous les jours et qu’à priori on ne trouve pas belles…. J’adore les fleurs fraîches, c’est dommage de ne les avoir que dans son salon, j’ai envie de les garder autour de moi ! La fleur va faner, mais il y a une beauté dans l’idée. J’aime détourner l’usage des objets de façon ludique, comme lorsque je transforme les coutures d’un tee-shirt en chaînes… Chez Margiela tout était très spontané, on voyait quelque chose et on chopait l’idée derrière, ça m’a marquée. Et puis, quand on lance sa marque, je pense que le but c’est de proposer quelque chose de nouveau même si on n’est jamais à l’abri de reprendre quelque chose qui a été déjà été fait ! J’essaie de suivre tout ce qui se passe et je fais beaucoup de recherches…

Selon, toi, comment le marché des accessoires a-t-il évolué ces dernières années ?

Ce que j’aime c’est que même de jeunes marques prêtent attention aux accessoires. Je pense qu’au début c’était plutôt lié aux très grandes marques. Avec une marque comme Y/Project, la silhouette est toute de suite accessoirisée et ça c’est super. En maroquinerie, les gens achètent un sac pour la marque plus que pour un design. Comme je débute je ne peux pas me permettre de simplement faire un beau sac avec mon nom, personne ne l’achèterait. C’est important de proposer une vraie pensée. Une réflexion. J’essaie de créer une marque d’accessoires complète. J’espère pouvoir proposer le plus de type d’accessoires possibles, comme des chaussures, des lunettes. Dans l’avenir, j’ai cette ambition. Pas vraiment de créer des vêtements ! Cependant c’est agréable d’utiliser des vêtements pour faire des accessoires ; par exemple, j’ai réalisé un sac banane qui est en fait une manche de chemise, ou une pochette qui est en fait une poche de pantalon !

Images campagne D'heygere A/H 18/19 (the flower shop collection)