du kraut à l'italo-disco, la mverte n'épargne personne

Alexandre Berly a remonté le Styx un paquet de fois. Il nous montre le chemin dans un nouveau clip, « The Box », réalisé par Marcos Dos Santos et à découvrir en exclusivité sur i-D.

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févr. 26 2018, 12:13pm

Une ligne de basse impassiblement raide, un chant sépulcral et des synthés. Plein. C'est l'équation primaire autour de laquelle Alexandre Berly, aka La Mverte tisse une musique sombre et suave – puissamment grisante – depuis quelques années déjà. Ado, le musicien écumait les groupes punks éphémères qui pullulaient autour de lui. « Je suis passé de quelque chose qui se fait en groupe, avec ce qu'une telle configuration implique de génération d'idées ou de collectif, à une réflexion musicale plus individuelle, personnelle, » nous explique la Mverte. À ce moment-là de sa vie, le musicien, en passe de transmuer, digérait une éducation musicale aussi riche que duale allant du Motown aux grandes œuvres du post-punk et du jazz à une new wave pointue. Il lui aura fallu attendre l'arrivée des logiciels en peer2peer et des forums de discussion pour pouvoir bâtir des ponts entre ces genres, faire le lien. « J'ai consommé beaucoup de musique de manière illégale, confie-t-il en riant. J'ai lu pas mal de bouquins sur la musique aussi, qui m'ont beaucoup éclairé. Je pense notamment aux publications de la maison d'éditions Allia qui ont été de super guides. J'avais un côté très nerd à cette époque. J'ai appris beaucoup de choses seul dans ma chambre. » Doucement, Alexandre Berly glisse vers des sonorités plus froides et métallurgiques avant d'officier au sein du duo de DJ Antanos & Thanatos – on vous laisse deviner lequel des deux pseudos lui revenait. C'est sur les cendres de ce duo qu'est née la Mverte, après une soirée arrosée à Berlin en compagnie d'Hugo Capablanca, Philipp Gorbatchev et Matias Aguayo. En 2013, il rencontre Yan Wagner dont il deviendra l'un des compagnons de route.

Ce qu'il y a de remarquable chez La Mverte est la façon dont il manipule des sonorités chaudes, qui relèveraient presque de l'italo-disco, et les mêle à des ambiances macabres et froides avec une dextérité mercuriale. De son passé, il a gardé l'amour de l'instrument qu'il projette maintenant dans une ambiance électronique, un répertoire sur la tranche entre le kraut comme il s'en produisait à la fin des années 1970 et l'électro-clash des années 2000. « Quand je fais de la musique, j'utilise des machines en imaginant un groupe de rock dans ma tête. C'est un schéma de base que je rends flou au fur et à mesure que je compose. » Cette maïeutique, on la retrouve aisément dans son premier album, The Inner Out, sorti à l'automne dernier. Un opus magnifique qui a fini d'établir La Mverte, de fixer ses pérégrinations et de l'ancrer dans un genre bien à lui. « C'est très étrange de sortir un album, explique-t-il en faisant le bilan de ces derniers mois. L'année dernière a été très intense, j'ai beaucoup travaillé, peaufiné des morceaux à l'infini. Maintenant l'album est sorti et il restera toujours comme ça. C'est un sentiment bizarre. En tout, une chose est sûre, j'ai hâte de refaire des disques. » Et on peut vous dire sans réserve que nous aussi, on a hâte.

Aujourd’hui, la Mverte partage avec i-D son tout nouveau clip, « The Box ». La basse est lourde, presque groove, la voix elle, semble s'échapper du fin fond d'une caverne sur un beat puissamment sexy. Une montée de 4 minutes dont il est presque impossible de redescendre. Dans ce titre, La Mverte revisite le mythe de Pandore qu'il dilue dans des textures abrasives et ténébreuses, limite violentes. « Ce que j'aime précisément dans ce mythe est le fait que tous les mots sont contenus dans une seule et même boîte. Que se passe-t-il quand on l'ouvre ? C'est le genre d'histoires qui me fascinaient quand j'étais gamin. J'en ai gardé des images qui m'aident à composer aujourd'hui. J'essaye de ne pas relire ces mythes car c'est justement le souvenir que j'en ai qui m'intéresse. » Et pour ce qui est du clip ? « Nous sommes remontés en selle avec Marco Dos Santos, qui est aussi derrière le premier clip de l'album, The Inner Out. Nous avons essayé de prendre le même chemin, c'est-à-dire de porter un regard un peu décalé et pas forcément premier degré sur le morceau et sa mise en image. Autant, pour le premier, le ton était clairement а l'autodérision, autant pour celui-ci, nous avons voulu y apporter une touche de fantastique et plutôt romanesque, tout en restant DIY et Série B, bien entendu. » Viva La Mverte.