quand les artistes s'emparent de l'esthétique loufoque de wes anderson

Alors qu'une exposition célèbre le réalisateur le plus cool du moment, i-D revient sur les jeunes artistes (et fans invétérés) qui puisent leur inspiration dans l'univers filmique de Wes Anderson.

par Colin Crummy
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09 Août 2016, 4:35pm

Christine Aria Hostetler Baggage Brothers, © 2016 Spoke Art Gallery

Croyez le ou pas. C'est le père de Wes Anderson qui - grâce à une alerte Google - a notifié son fils du lancement d'une certaine expo à San Francisco, dont les œuvres rendent très clairement hommage à Rushmoreou la Famille Tenebaums. Si Anderson Senior n'a probablement pas tellement adhérer au nom de l'expo, sobrement intitulée Bad Dads, en référence à la figure paternelle souvent malmenée dans les films de son fils, Wes Anderson, lui, devrait approuver sans grande difficulté la vision excentrique, plastique et surréaliste défendue par des artistes fans de son univers.

Il peut être fier. L'exposition annuelle, dont la première s'est déroulée en 2010, le soir d'Halloween, était déjà une preuve tangible de l'influence phénoménale de Wes Anderson sur la jeune garde artistique. La pluralité des mediums, des techniques et des points de vue justifiait quant à elle le génie du réalisateur à proposer des univers divers, comme preuves évidentes de son imagination débordante. Tellement débordante, d'ailleurs, qu'elle a nourri le travail de plus de 100 artistes, plasticiens, sculpteurs, designers, illustrateurs réunis autour d'une même exposition. Un seul dénominateur commun à ces multiples esthètes : tous partagent le même amour pour les films de Wes Anderson et s'en inspirent. Ouvertement.

Évidemment, le succès de l'expo ne s'est pas fait attendre, ce qui n'étonne pas, vu que la moitié de la planète partage ce même amour pour le réalisateur américain. Du coup, Ken Harman, son curateur officiel, n'a pas hésité à quitter son autre job pour se consacrer exclusivement à la pérennisation de cette exposition et a créé une galerie pour l'occasion : c'est ainsi qu'est né Spoke Art, dans le San Francisco Downtown. Depuis, Bad Dadsen a fait parler plus d'un. L'année dernière, l'expo s'invitait à Chelsea, New York et la queue pour y pénétrer (l'expo n'était censée durer que 2 jours) n'a cessé de croitre. Certains visiteurs, (vraiment) désireux de se faire une place à l'intérieur, s'étaient même déguisés en personnages de Wes Anderson pour l'occasion. Tant de créativité a poussé le curateur à prolonger l'exposition.

Le meilleur de Bad Dads est aujourd'hui réuni dans un livre qui souligne la densité et la pluralité des interprétations qu'offre la simple vision d'un film de Wes Anderson. Dans la préface de l'ouvrage, The Wes Anderson Collection: Bad Dads, le curateur Harman explique pourquoi, à ses yeux, le travail filmique du réalisateur inspire autant les plasticiens : "Les artistes visuels puisent leur inspiration dans son univers pour différentes raisons : le décor, les costumes, les couleurs et la direction artistique menée sur chaque film engagent l'imagination et la création de chaque artiste et chaque palette. Ce sont des outils puissants qu'ils déploient et réinventent à travers leurs oeuvres." Le spectateur distingue pourtant une même aspiration, chez ces artistes, à épouser une vision loufoque et décalée du monde.

Sans surprise, la figure du Bad Dad revient fréquemment - la plupart de ces emprunts se réfèrent au père qu'interprète le génial Bill Murray chez Wes Anderson - mais on retrouve également des références directes aux décors et personnages du réalisateur, de la sculpture miniature du navire Belafonte de Steve Zissou dans La Vie aquatique au poster très réaliste de Grand Budapest Hotel, comme elles peuvent carrément représenter Wes Anderson, désormais personnage réel et fictionnel de la toile. Comme le note très justement Matt Zoller Seitz, critique pour le magazine New York, dans l'introduction du livre : "Les œuvres d'art présentes dans cet ouvrage expriment et mettent en lumière ce sens inné, chez Wes Anderson, à révéler l'enfant qui est en nous, même adultes, à travers une obsession pour les sentiments que sont la nostalgie et la candeur. Elles invitent également à penser chaque personnage de Wes Anderson comme des symboles, des icônes, des modèles que chacun reste libre d'interpréter et d'imaginer (…)."

Si Anderson Père a boudé le nom de l'expo, Wes Anderson, lui, a salué l'idée. Il s'y est d'ailleurs rendu et a profité de l'occasion pour piquer deux, trois œuvres originales afin de les faire figurer dans ses futurs projets filmiques. Il a également commissionné une œuvre au peintre d'aquarelles Rich Pellegrino. Bref, toute cette bonne humeur, ces échanges et ces connections entre les gens nous feraient presque oublier qu'on est dans la réalité, et non pas dans un film de Wes Anderson. 

Max Dalton, © 2016 Spoke Art Gallery

Julian Callos, The Royal Tenenbaums, © 2016 Spoke Art Gallery

The Wes Anderson Collection: Bad Dads by Spoke Art Gallery

Bruce White, Steve Zissou, © 2016 Spoke Art Gallery

James R. Eads, You Really Are Kind of "Fantastic", © 2016 Spoke Art Gallery

Kemi Mai, Suzy, © 2016 Spoke Art Gallery

Fernando Reza, Take This, It's a Map, and You Might Need a Magnifying Glass to Read It but It Tells You Exactly Where and How to Find "Boy with Apple", © 2016 Spoke Art Gallery

The Wes Anderson Collection: Bad Dads by Spoke Art Gallery, out now on Abrams £18.99

Credits


Text Colin Crummy
Images © 2016 Spoke Art Gallery

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