1990, même les skateurs s'habillaient mal

L’imagerie de la scène skate des années 1990 fait un retour en fanfare dans la mode et les esprits. Mais voici une liste de quelques faux pas vestimentaires qu'il serait bon de ne pas réitérer.

par Oliver Lunn
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20 Juillet 2016, 8:25am

Imposible d'échapper au style skateur façon 1990. Les rois de la hype composent avec le dernier jean délavé Supreme et un coupe-vent Palace - faut s'y faire. Les mannequins les plus cools de la planète enfilent des t-shirts Thrasher entre deux shoots. Et récemment, Vogue (pour le meilleure ou pour le pire) consacrait une semaine entière au skateboard et, disons, ses nébuleuses. Mais au milieu de cette précipitation justifiée à la résurrection des tendances vestimentaires skate de cette décennie, il est important de se rappeler que toutes ne sont pas nécessairement à exhumer. Certaines sont clairement embarrassantes et méritent de finir scellées dans une poubelle estampillée "mode skate des années 1990 qui ne devra jamais revoir la lumière du jour". Donc, alors que la nostalgie des nineties continue avec force et fracas d'envahir rues et skateparks, voici le côté obscur de la mode skate de cette décennie rêvée.

Les bonnets à visière
L'enfant raté et mutant de votre bonnet basique et votre casquette du dimanche. On aime les bonnets, on aime les casquettes… Pourquoi pas ? Dans les années 1990, certains skateurs considéraient cette pièce comme le sommet inégalable du cool (avec les visières translucides et les casquettes portées penchées à 40° d'un côté de la tête). La légende Tom Penny faisait partie de ces skateurs-là. Ça peut passer sur lui, mais soyons honnêtes deux secondes : aujourd'hui, le bonnet à visière évoque davantage le cache-théière de votre grand-mère que le dernier indispensable streetwear. Les (étranges) casquettes sans visières actuelles sont certainement leur équivalent moderne. Ainsi va la vie des chapeaux.

Les jeans Jnco
Le jean Levi's 501 bleu clair, c'est une chose. Les jeans baggys Jnco - aperçus dans de (trop) nombreuses vidéos de skate du début des années 1990 - c'est une tout autre affaire. Une frontière se doit d'être tracée à cet endroit précis. Celle du moment où les limites de notre obsession pour les années 1990 s'imposent. Avec une largeur au pied de la taille d'un tronc de chêne, ces jeans bouffaient littéralement la chaussure et donnaient l'impression de porter un parachute à chaque jambe. Plus sympa : quand il pleuvait, le bas du pantalon, déjà déchiré, se mouillait et passait constamment sous le talon. Encore plus sympa : il fallait passer son temps à se remonter le futal pour éviter d'avoir les fesses à l'air - aucune ceinture ne pouvait supporter le poids de ces créatures oversized.

Les ceintures en toile
Bizarrement, malgré l'omniprésence des ceintures en toile dans les années 1990, les pantalons continuaient irrémédiablement de tomber. La ceinture "militaire" est également une tendance liée au skate dont la résurrection n'est pas impérieuse. Pour une seule et bonne raison : une fois que vois l'aviez passée dans la boucle en métal, et ajustée, il restait toujours une partie de la ceinture, à pendouiller. Bien entendu c'est devenu cool - d'avoir sa ceinture dépasser de 15 centimètres sa chemise en flanelle. Une sortie métaphorique pour faire rigoler les copains. Ajoutez à cela les mômes qui y griffaient au feutre le nom de leurs groupes favoris ("<3 KoЯn"), et vous tenez l'une des tendances les plus insoutenables de la décennie. 

Les grosses chaussures de skate informes aux fonctionnalités inutiles
Les Airwalk et les Vans old school étaient hors-jeu à la fin des années 1990. Adieu la simplicité, bonjour les chaussures informes inutilement accessoirisées. Conçues par (et pour ?) l'archétype du skateur athlétique - le genre qui fut invariablement "inspiré" par l'Air Jordan - ces chaussures pouvaient se vanter d'être "matelassées d'une matière bi-densité" (pardon ?), d'avoir un "rabat protecteur", des "semelles intermédiaires en polyuréthane absorbant les chocs" et un tas d'autres fonctionnalités inutiles. Dont, bien sûr, le petit crochet attaché au talon pour nous aider à enfiler nos basques. En réalité, les skateurs n'avaient pas besoin d'aide. Leurs chaussures étaient tellement larges qu'elles finissaient toujours par s'envoler au milieu d'un trick. Le pire avec ces chaussures, c'est qu'elles étaient tellement rembourrées qu'il en devenait impossible de sentir les courbes de la planche sous son pied. Bravo le rembourrage. 

Les gros sacs à dos informes aux fonctionnalités inutiles
Bien entendu, pour aller avec des chaussures informes, il fallait un sac à dos informe. Et comme les chaussures, ça ne pouvait que s'accompagner d'un tas de gadgets hors-propos. On pouvait y attacher notre planche, il y avait des poches cachées pour la weed et parfois une stéréo intégrée. À la fin des années 1990, Chad Muska s'affichait fièrement avec un sac de la sorte, allant jusqu'à rouler avec. Le problème étant que, quand tu n'es pas Chad Muska et que tu tente de rouler avec, dans la rue, ton équilibre est totalement foutu en l'air par le volume du bordel. C'est comme essayer de faire du skate avec un paquetage de campeur attaché au dos. Mais le plus important : porter un tel sac, c'est risquer de ressembler à s'y méprendre à une tortue sur un skateboard. 

Les pantalons cargo XXL avec des poches énormes
Portés par les All Saints, certes, mais également par une bonne partie des skateurs de l'époque. Récemment, la tentative de réintroduction du pantalon cargo est venu de Dickies et Polar. Attention cependant, dans leur forme originelle - poches de côtés énormes, entrejambe à n'en plus finir, cordons pour ajuster la longueur, beige - ils risquent de vous faire mal aux yeux. À l'époque, certains skateurs remontaient le pantalon sur l'une de leur jambe, comme une expression vestimentaire, et personne n'utilisait ces poches difficiles à atteindre. Normal. On avait déjà des poches, des vraies. 

Les portefeuilles à chaîne
Ajouter une chaîne à la pièce de vêtement décrite juste au-dessus, c'était un pas à ne pas franchir. Résultat : un look qui servira de base comique aux parodies des skateurs des années 1990, comme on a pu le voir dans Clueless. L'idée derrière cet objet, c'était de se dire qu'on pouvait se ramasser dans les escaliers sans jamais perdre son portefeuille. Et puis ça rendait les pickpockets assez malaisés. Mais c'est un fait : avoir une longue chaîne (ressemblant davantage à un accessoire pour chien) qui pend sur le côté de ta jambe et qui te claque la cuisse dès que tu sautille un peu, ce n'est pas la première chose à considérer pour une tenue nostalgie 1990. On est en 2016 ; si vous croisez dans la rue un type en chemise en flanelle ouverte, petites boucles d'oreilles, tonne de gel dans les cheveux et chaîne attachée au jean délavé : vous pouvez être certains qu'il s'est appliqué. Trop appliqué.  

@OliverLunn

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Texte : Oliver Lunn

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