Tous les ghosteurs ne sont pas aussi mignons que Casper.

le ghosting ne tue pas (il vous rend plus fort)

Doit-on accepter le ghosting comme un inévitable aspect de nos relations ou faire en sorte de le combattre ?

par Nick Levine
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21 Janvier 2019, 8:28am

Tous les ghosteurs ne sont pas aussi mignons que Casper.

Certains rites de passages sont inévitables pour tout être humain. La naissance, les impôts, la mort… et le ghosting. Selon une étude menée par le blog Plenty of Fish en 2016, 78% des millenials célibataires se sont déjà demandés pourquoi la personne avec qui le courant semblait pourtant si bien passer ne leur répondait plus que par un silence obstiné ; un sentiment de frustration suivi d'une terrible prise de conscience : cette personne ne vous répondra plus jamais.

L’été dernier, j’ai eu quatre ou cinq dates – bon, ok, quatre dates et une partie de jambes en l’air – avec un type qui me plaisait et avec lequel j’aimais bien passer du temps. Lentement, il s’est mis à me ghoster. Après quelques messages WhatsApp pas franchement enflammés à l’occasion d'une gay pride à laquelle nous étions tous les deux censés nous rendre avec nos amis respectifs, silence radio. Déçu, je n'arrivais pas à savoir quoi faire : devais-je initier un échange de texto embarrassant - pour lui comme pour moi - afin qu’il m’explique pourquoi il avait perdu tout intérêt, ou capter le « message » et laisser tomber ? Ma propre ambivalence m'a amené à me demander s’il ne valait pas mieux se faire ouvertement rejeter – une question que je suis loin d'être le seul à me poser.

« Le ghosting reçoit plus de mauvaise publicité qu’il ne le mérite, me dit Toby, un célibataire londonien homosexuel. Je déteste le conflit sous toutes ses formes et les conversations gênantes m’angoissent. Quand quelqu’un cesse de répondre à vos messages ou à vos appels, il s'agit tout simplement d'une façon passive et silencieuse de vous dire tout ce qui aurait pu être dit en personne, ou par message. Les gens deviennent anxieux à l’idée d’être ghostés et harcèlent le "ghosteur" pour une réponse – qui, au final, ne fera de bien à personne. La situation est évidemment différente quand il s’agit d’une relation sérieuse, mais quand on n'a eu que quelques rendez-vous avec quelqu'un, je ne pense pas que l'on soit obligé de quoi que ce soit.»


Jo Hemmings
, psychologue comportementale et première « coach en dating » du Royaume-Uni, considère que parler autant du ghosting favorise sa légitimation. « Il existe un concept qu'on appelle la dissonance cognitive, m’explique-t-elle. Plus on utilise l'étiquette de "ghosting", plus on en fait une façon acceptable de se comporter envers quelqu’un, parce qu’on l’évoque constamment dans nos conversations quotidiennes. On dit "je me suis faite ghoster" ou "il m’a ghostée". Si cette étiquette n'existait pas, on continuerait sans doute de considérer le ghosting comme choquant. Mais aujourd'hui, on le voit simplement comme quelque chose qui arrive dans les relations amoureuses. L’acceptation de cette attitude augmente justement parce que tout le monde comprend ce que vous voulez dire quand vous dites : "Je me suis fait ghoster." »

En dépit de son acceptabilité grandissante, il est clair que de nombreuses personnes sont moins disposées que Toby et moi à accepter le ghosting. « C’est tout simplement le pire des trucs, affirme Sophie, célibataire hétérosexuelle originaire d’Hertfordshire. Je mets un point d’honneur à envoyer un simple "merci, mais non merci" par message si je ne suis pas intéressée. Les gens y sont réceptifs et j’accepte quand on me le dit. Peut-on avoir une opinion de soi élevée au point de croire qu’une personne va être dévastée juste parce qu’on la rejette ? À moins que la relation ne remonte à longtemps, que vous ayez tissé un vrai lien, ce ne sera pas le cas. À chaque fois que quelqu’un m’a répondu "merci, mais non merci", j’ai apprécié sa franchise, je m’en suis remise et suis passée à autre chose. »

Le coach comportemental Tomas Svitorka refuse lui aussi de laisser les ghosteurs s’en tirer à si bon compte. « Je pense que le ghosting est la preuve d'un manque de caractère et de mauvaises manières, me dit-il. Je pense que c’est une bonne chose que tu aies fini par t'en rendre compte. Tu t'es probablement épargné beaucoup de temps perdu et de problèmes avec cette personne sur le long terme. »

Mais est-il réellement sain d’accepter d’être ghosté au lieu de tenter d’obtenir des réponses ? Après tout, se faire ghoster revient à être privé de tout contrôle sur la situation, ainsi que d’une chance de tourner la page. « Le temps, c’est de l’argent, dit Tomas Svitorka. Il est normal de savoir de quoi il en retourne exactement afin de pouvoir avancer et se consacrer à quelqu’un d’autre. » Jo Hemmings rappelle qu’il y a tout de même une limite au nombre de messages demandant "pourquoi ?" ou "que s’est-il passé" que nous devrions envoyer : « Le danger, c'est de se transformer en stalker en continuant à poursuivre la personne qui vous a ghosté – on se retrouve ici à la limite du comportement inquiétant. Pour éviter ça, il faut en quelque sorte accepter les règles du jeu induites par le ghosting. En définitive, tout ce que vous pouvez faire, c’est encaisser sans broncher. »

Le type qui m’a ghosté petit à petit l’été dernier a fini par me recontacter un mois plus tard pour s’excuser. Il avait commencé à se dire qu’il m’appréciait davantage comme ami, m’a-t-il expliqué, mais n’avait pas vraiment su comment l’exprimer, sans doute parce que j’étais la première personne avec qui il était réellement sorti après avoir mis fin à une longue relation. J’ai trouvé plutôt sympa qu’il se donne la peine de m’écrire par sentiment de culpabilité, et je lui ai répondu qu’il n’y avait pas mort d’homme. J’ai passé assez de temps sur le marché des célibataires pour savoir que le ghosting fait désormais partie intégrante des relations amoureuses – en 2019, nous pouvons tous voir les deux encoches bleues WhatsApp, preuve irréfutable que notre message a été lu, puis ignoré. Mais à l’avenir, je sais que je n’ai pas envie d’être le type qui va ghoster quelqu'un juste parce que l'alchimie n'a pas été au rendez-vous lors de son rencard.

Jo Hemmings prédit que « le ghosting ne disparaîtra jamais vraiment », mais que nous devons apprendre à l’éviter. « Plus vous ghostez, plus cela vous vient facilement. Est-ce que vous souhaitez vraiment que votre vie amoureuse se résume à ça ? Ce n’est ni correct ni juste vis-à-vis de la personne à qui on le fait, et votre tour viendra, vous réaliserez que cette attitude n'a rien de bienveillant. Les ghosteurs devraient se rendre compte que cette décision impromptue de leur part peut avoir un impact considérable sur la personne ignorée. Il s'agit de la décence la plus élémentaire que d’envoyer un simple texto disant : "Ce n’est pas toi, c’est moi : j’ai vraiment apprécié le temps qu’on a passé ensemble, mais je ne souhaite pas continuer." Vous verrez que cet instant de bravoure vous épargnera des mois de culpabilité. »

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Cet article a été initialement publié sur i-D UK.

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