Photographie : Guillaume Hery / Stylisme : Juan Corrales

hardcore, féminisme et eurodance : jardin nous a livré un mix (très) énervé

Des femmes, du rap et beaucoup d'espoir.

par Marion Raynaud Lacroix
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25 Octobre 2018, 5:33pm

Photographie : Guillaume Hery / Stylisme : Juan Corrales

Si son nom de scène - Jardin – prête plus à la rêverie champêtre qu’aux réflexions techno-politiques, Leny Bernay a pourtant le fort d'entrechoquer des univers que l'on voudrait croire opposés. Pour i-D, il a agrégé gabber, féminisme et eurodance dans un mix (très) énervé, fait de percées lyriques, de discours utopistes et de rap enragé - ce genre misogyne qu’il déteste adorer : « C’est un mix dans la suite de mon disque Epée, un positionnement par rapport au hip hop, aux propos qui peuvent en ressortir et que j’ai élargi, explique-t-il. Récemment, dans une interview, on m'a demandé ce que j'écoutais comme rap. J’y avais pas trop réfléchi avant et j'ai commencé à citer 1, 2, 3, 4 noms de meufs. Même si les codes restent les mêmes, je crois que la complexité qu'ils proposent fait que je me retrouve beaucoup plus dans ses modèles, que je suis plus touché. Les seuls mecs que j’avais envie de nommer me venaient plutôt comme des contre-exemples : j'ai eu envie de construire à partir de ce constat spontané ».

De l’hymne du MLF en écho à Alkpote jusqu’au hardcore de Sentimental Rave, Jardin slalome entre fureur, colère et gabber dans une descente vertigineuse – on y croise la voix de Shay et la version eurodance de « Désenchantée ». Car au-delà de la révolte qu’elle embrasse, cette traversée s’élève aussi contre les frontières qui hiérarchisent et rapproche, pour une fois, la nécessité du déchaînement underground à celui de la pop mainstream : « La pop, c'est un truc qu'on partage. "Tout est chaos", c'est quelque chose qu'on peut tous chanter, un lien à travers lequel n’importe qui peut circuler. Et en même temps, c'est d'une poésie simple et brute. » De petites bombes autotunées dont l’excès a finalement plus en commun avec le rap qu’on ne voudrait le penser. « Je crois que j'ai du second degré mais que je suis assez sérieux dans ma manière d'aborder les choses. Donc je n’ai pas envie de tourner un morceau en dérision. Si je le mets, c’est parce qu’il me touche vraiment à un endroit. Le texte de Shay sur la chanson avec Jul, je le trouve juste magnifique ! » Il fallait que Jardin le dise pour qu'on finisse par l'accepter : « Pim Pom » est sans doute la plus belle chanson d'amour de l'été.

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