tentative de plaidoyer pour courtney love (par un fan pas du tout objectif)

Cible préférée des tabloïds, huée sur la toile pour ses prises de positions, on cantonne souvent la chanteuse à la décadence nineties et aux souvenirs cramés de Nirvana. Une tendance qui gomme les multiples facettes de Courtney Love. I-D rend ses...

|
16 Juillet 2015, 8:25pm

Foto: David LaChapelle

J'ai toujours eu de l'admiration pour Courtney Love. Pour une raison évidente : Courtney est tout sauf "normale". Personne, dans le monde du show-biz, ne serait capable de se foutre en bikini pour répondre à une interview télé, de se vider une bouteille de champ' sur la tronche ou de courir à travers Park Lane à poil, comme elle l'avait fait en 2002 lors de son entrevue mythique avec Q Magazine. Personne. Sauf elle. Et on aurait du mal à trouver dans l'histoire de l'interview en live une intervention aussi dérangeante que la sienne en 1995. Elle et Madonna sont invitées aux VMA. "On s'est croisées quelques fois" répond Madonna au présentateur qui lui demande si elle connaît la chanteuse de Hole. Ce à quoi Courtney rétorque, sans aucune gêne : "Ouais, j'aime pas trop ton répertoire." Subtile Courtney.

Inutile de le préciser, un bulldozer défonce tout sur son passage. La chanteuse s'est longtemps battue contre ses addictions en tout genre et sa fille, Frances Bean Cobain, est même allée jusqu'à porter plainte contre elle. Mais Courtney est plus au moins lucide et a toujours réussi à se relever. "Je me vois comme quelqu'un de sobre", expliquait-elle en 2012 lors d'une interview, admettant tout de même après coup que "sobre" serait toujours un terme très relatif à ses yeux. "Quand vous êtes accro à la coke ou à l'héroïne, prendre une ou deux pilules c'est pas la fin du monde. Comme ils disent aux alcooliques anonymes, c'est une question de progrès, pas de perfection.

Son public étant inextricablement lié à son mythique mec (Kurt Cobain) et à leurs addictions communes, on a tendance à oublier que Courtney a aussi fait quelques trucs vraiment bien. Figure de proue du grunge nineties, elle est responsable du passage à la postérité du style "Kinderwhore", doux mélange de maquillage sauce camion volé et de robes zippées baby-doll. Lorsque Marc Jacobs s'en est inspiré pour l'une de ses collections, Courtney n'a pas hésité à lui rentrer dans le lard : "T'as jamais vraiment compris le truc, Marc".

Certains de ses fans ne la considèrent pas comme une vraie Riot Grrrl (mouvance musicale féministe des années 1990, aux inspirations punk et rock alternatifs) à l'instar de Kathleen Hanna des Bikini Kill, mais sa prestance hors-norme sur scène a sans doute inspiré plus d'une femme à se mettre à la musique. "Je veux que toutes les filles au monde prennent une gratte et commencent à gueuler" : tels étaient ses mots de l'époque. Vingt ans plus tard, certains de ses titres sont encore gravés dans les esprits. Live Through this, l'album de Hole sorti en 1994 reste un classique grunge indéniable. L'album Celebrity Skin (1998) a brillamment mis en pièces les chimères hollywoodiennes. Bien qu'elle ait renié son unique album solo America's Sweetheart sorti en 2004, (suite à des désaccords avec la prod) l'inspiration ne manquait pas. Qui d'autre aurait pu faire un pied de nez au groupe le plus tendance du moment, les Strokes, en signant un morceau sur-ironique taclant indirectement Julian Casablancas, leur chanteur "Au fait Julian, Je suis quand même un tout petit peu plus expérimentée que toi, non ?" Jubilatoire.

Le truc avec Courtney, c'est qu'elle a toujours été terriblement divertissante. Quand Lana Del Rey a inclus une reprise de Heart-shaped Box de Nirvana dans son concert il y a quelques années, Courtney a laissé un tweet à la chanteuse et lui a demandé si Lana savait qu'on parlait de son vagin dans cette chanson - "donc la prochaine fois que tu la chantes, est-ce que tu pourrais penser à mon vagin s'il te plaît ?" Lana ne manque pas non plus d'humour, elle a invité Courtney à jouer en première partie de son concert. "La reine de la rage et la reine de l'angoisse" réunies, d'après Courtney.

Dans une interview de 2012, Courtney vantait les mérites de sa soi-disant "diète new-yorkaise" : "Tous les matins, Hershey - le majordome que j'ai piqué au Mercer Hotel avec la bénédiction d'André Balaz - me réveille avec un gant de toilette chaud qu'il me pose sur le visage, un massage des jambes et une assiette de pain grillé, révélait Love à Grubstreet. Ensuite, quelqu'un me trouve toujours une tourte au poulet et une salade de pomme de terre de chez D.D., vous savez, Dean & Deluca. Et si je ne peux pas me le permettre, bah, je ne mange pas." Il y a quelque temps, Courtney a réalisé l'impossible en rendant la cigarette électronique sexy et cool dans une pub hilarante pour NJOY.

La prochaine fois que vous entendrez parler des dernières frasques de Courtney dans les tabloïds, réfléchissez-y deux minutes. Si c'était un mec, on lui baiserait les pieds comme une rock star. Si elle était anglaise, on la trouverait juste excentrique. Si elle était française, mieux vaut s'arrêter là. Dans son genre, Courtney est unique : scandaleuse, piquante et imparfaite, c'est une survivante de la pop culture, une femme qui a refusé de se cantonner au rôle de veuve qu'on lui a trop souvent accolé. Une icône grunge, dérangeante et paradoxale. 

Credits


Texte Nick Levine
Photos David LaChapelle

Tagged:
grunge
courtney love
opinions
Musique