Marianne Faithfull in Kenneth Anger's most famous film Lucifer Rising.

sexe, satan et hollywood : fêtons ensemble les 90 ans de kenneth anger

Bienvenue dans l'univers cinématographique occulte et merveilleux de Kenneth Anger.

par Georgie Bretherton
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03 Février 2017, 1:50pm

Marianne Faithfull in Kenneth Anger's most famous film Lucifer Rising.

Aujourd'hui, Kenneth Anger fête ses 90 ans, ce qui nous a donné envie de revenir sur la carrière cinématographique du réalisateur de l'underground. Pour ceux qui ne le connaissent pas, une courte introduction s'impose : l'esthétique du cinéaste américain a réconcilié Hollywood avec la veine expérimentale, réuni la magie et pragmatisme dans ses courts-métrages de l'après-guerre à aujourd'hui.

Kenneth Anger est connu pour son univers surréaliste, son attrait pour la violence et les thèmes récurrents qui parcourent ses films et mettent le doigt sur les grands tabous du continent américain - l'homosexualité, la religion et le rapport à la pop culture. i-D vous fait redécouvrir quelques-uns de ses plus grands films.

Fireworks, 1947

Fireworks est le premier film qui fait connaître Anger du grand public. Dès les années 1940, le réalisateur choisit d'analyser et comprendre son homosexualité à travers plusieurs courts-métrages. Dans le sillon de Willard Maas, figure de proue du cinéma queer, Fireworks raconte l'histoire d'un jeune homme interprété par Anger lui-même, malmené par une bande de marins sadiques et belliqueux. À sa sortie initiale en 1947, le film a été interdit et son réalisateur arrêté pour atteinte aux bonnes moeurs. Il faudra attendre 1969 pour que ce court-métrage soit reconsidéré comme oeuvre d'art et non comme un film pornographique.

La Lune des Lapins, 1950

Il s'agit du premier film d'Anger produit en France. Rabbit's Moon reprend la figure allégorique et magique de Pierrot, (dont s'emparait Marcel Carné dans les Enfants du Paradis, quelques années avant lui), un clown qui voyage sur la Lune où vit un lapin. Le réalisateur avait confié s'être inspiré de la mythologie japonaise pour façonner les personnages de son court-métrage. Terminé et diffusé 20 ans plus tard, en 1970, La Lune des Lapins est un film dont la force est de s'emparer des mythes populaires pour mieux les tordre. C'est aussi la plus belle preuve de la capacité d'Anger à renouer avec ses projets passés en y insufflant, des années plus tard, de nouvelles idées en phase avec son temps.

Scorpio Rising, 1964

Il y a eu Lucifer Rising et Scorpio Rising. Dans ces deux films cultes, le réalisateur dévoile sa fascination pour la culture naissante des bikers et ses figures - de Marlon Brando à James Dean - dans les années 1960. Le film réunit en son sein les images issues de l'iconographie nazie et celles de la vie de Jesus Christ. Profane et expérimental, le court-métrage se déroule sur une bande-son pré-lynchéenne où l'on entend le Blue Velvet de bobby Vinton et l'innocent I Will Follow Him de Little Peggy March. Une juxtaposition des contraires qui n'est pas sans rappeler la décadence d'une époque, où jeune et vieux mondes s'affrontent.

Lucifer Rising, 1972-1981

Kenneth Anger n'a que faire du temps. Pour Lucifer Rising, il fait dialoguer les dieux égyptiens et l'occultisme inspiré du tarologue Alesiter Crowley, un de ses contemporains. Les personnages qui incarnent cet écrin sataniste et anti-conformiste n'ont rien de ceux que l'on côtoie au cinéma : métaphoriques, ils symbolisent, chacun à leur manière, les errances métaphysiques de leur auteur. Considéré comme le chef-d'oeuvre de sa carrière cinématographique, Lucifer Rising a réuni les plus grandes stars de l'époque : Marianne Faitfull y incarne Lilith, le guitariste de Led Zeppelin, Jimmy Page, devait en composer la bande-son, Mick Jagger devait jouer le rôle de Lucifer. Après quelques péripéties, la bande-son de Page est retirée, remplacée par une composition de Bobby Beausoleil, membre de la famille Manson qui purge encore aujourd'hui sa peine en prison. Magie noire, sacrifices humains et occultisme sont les totems de cet ovni cinématographique en guerre contre la société américaine.

Credits


Texte : Georgia Bretherton
Image via Flickr user Père Ubu

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