ne cherchez plus : les meilleurs clips (et titres) de juin sont tous ici

De la folie douce de Faire au timbre schyzophrène de Kekra en passant par le romantisme d'Amber Mark... Tour d'horizon des titres qui feront le début de l'été.

Sampa The Great – Final Form

D’abord repérée en 2017 avec sa deuxième mixtape, Birds and the BEE9, l’artiste – née en Zambie, élevée au Botswana puis grandie en Australie – s’est ensuite fait remarquer en soulevant la foule des premières parties de Kendrick Lamar, Lauryn Hill, Little Simz ou Thundercat. Compositrice, poète, rappeuse, Sampa the Great crée un son au croisement du jazz, du boom-bap, de la soul et de l'afro beat. Le résultat est chaque fois lumineux, en atteste « Final Form », morceau de rap électrique pour lequel l’artiste est retournée en Zambie tourner ce (fabuleux) clip. Son premier album est prévu pour la rentrée. Mais pour retrouver la puissance de Sampa the Great en live, rendez-vous ce week-end, le dimanche 7 juillet, au Quai Branly dans le cadre du festival (gratuit !) Hip Hop Collections.

Makala – Civilisation feat. Mr. Lacroix & Varnish La Piscine

La fréquence des sorties d’albums du rap est telle qu’on parle souvent trop vite et trop fort. Mais parfois, un projet arrive à nos oreilles et mérite à lui seul qu’on invente de nouveaux superlatifs. Radio Suicide de Makala fait partie de ceux-là. En 21 morceaux, le rappeur suisse et son producteur Varnish La Piscine (les deux pépites du crew SuperWak) ont créé un son unique. Chaque morceau est une réinvention – à la fois d’une maîtrise et d’une liberté hallucinantes – qu’il faut réécouter à foison pour saisir les 30 idées à la seconde qui s’y glissent. Ne cherchez pas de tubes radiophoniques, l’album porte bien son nom et ne cherche pas le succès commercial. Résultat ? L’album rap le plus ambitieux de l’année, et on voit mal qui pourra surpasser ce duo de grands fous.

Amber Mark – What If

Enfant, Amber Mark a parcouru le monde aux côtés de sa mère, suscitant l’incompréhension des adultes et la jalousie des autres enfants. De Berlin à Miami, du Brésil au Népal, elle a sans doute puisé dans ses voyages la liberté de lier pop, soul, r’n’b et bossa nova et le courage de composer un premier EP, 3 :33AM lorsque sa mère meurt en 2013. Depuis, l’Américaine de 25 ans continue d’écrire et de composer ses propres morceaux qu’elle chante de sa voix doucement grave. Cette année, après l’excellent « Mixer » en avril, elle sortait le 7 juin « What If », un morceau dans lequel la mélancolie du deuil s’efface devant le vertige de l’amour naissant. Les yeux dans le vide, entre les voiles de son lit à baldaquins, elle s’interroge : « how would I know if it’s love ? ». En attendant la réponse, sachez que l’artiste entame une tournée européenne, et qu'elle sera en France le 4 juillet, aux Étoiles à Paris.

FAIRE – Oh Martha

Ils nous avaient manqué. On ne commence pas un été – et on ne traverse pas une canicule en toute sérénité – sans un nouveau morceau de FAIRE. Tout est réuni : le clip psyché au possible (réalisé par Charlie Le Mindu, qui a fait toutes les perruques de Lady Gaga) et bien entendu tourné au Mexique (où on imagine qu’ils ont déposé une demande de naturalisation depuis le temps), un nom de fille dans le titre (« Mireille », « Christiane » et « Marie-Louise » laissent la place à « Martha ») et ce son Gaule Wave qui leur appartient. Les trois géniaux lurons y apparaissent les corps peinturlurés, comme pour nous rappeler que leur planète est mieux que la nôtre. On serait tenté d’y croire, et de les accompagner à leur prochain voyage. Ça tombe bien, le morceau annonce un nouvel Ep, La Vie, qui sortira le 4 octobre.

Kekra – Doré (Interlude)

Kekra fait ce qu’il veut. Il sortait ce mois-ci Vréalité, son neuvième projet. Et l’artiste de Courbevoie continue d’évoluer, sans ne jamais dévier de la ligne directrice, toujours la même de Freebase Vo.1 à Vréel 3 : produire un son qui ne ressemble qu’à lui. Pour Vréalité, Kekra a tout de même fait une entorse à sa règle ultime, « pas de featuring ». Il y a invité le poids lourd Niska pour le single éponyme, sorti il y a plusieurs semaines. Mais ce qui frappe le plus, c’est son travail sur sa voix, au timbre tellement schizophrène qu’on a parfois l’impression que les featurings se comptent sur deux mains. Pas facile de se convaincre que c’est la même personne qui pose sa voix sur le mélodieux « Lights Out », l’étonnant « Chut », le percutant « Violation » et l’irrésistible tube du disque, « Doré (Interlude) ». Oui, le tube de l'été est un interlude...

Kadhja Bonet – Second Wind

En 2016, Kadhja Bonet se présentait au monde avec un mini-album, The Visitor, délicieux mélange de folk, de jazz, de soul, avec une touche de psyché, le tout couronné par une voix qui semble descendre directement du ciel. L’an dernier, la californienne passait avec élégance et facilité déconcertante la marche du second album avec Childqueen, une exploration dans la lignée du précédent. On y retrouvait notamment les morceaux « Second Wind » et « Delphine », fusionnés ce mois-ci (avec un nouveau morceau, « Nostalgia ») dans la bande-son d’un court-métrage. On ne pensait impossible de voir la grâce de Kadhja Bonet grimper encore, mais la réalisation onirique de Cara Stricker vient sublimer les instruments, la voix, le texte.

Inès Cherifi – Aquagym Sentimentale

Il existe des rites de passage auxquels personne n’échappe. Le ghosting en fait indéniablement partie. Que se passe–t–il lorsqu’on tend un message vers l’autre, lorsqu’on livre toute notre âme dans un SMS jeté comme une bouteille à la mer et que de l'autre côté de la rive, personne ne répond ? L’attente se transforme en un supplice interminable tandis que l’esprit rêve d'une fin heureuse – et amoureuse. Ce suspens, l'artiste Ines Cherifi le raconte dans une ballade ambiant, "Aquagym Sentimentale", extraite de son premier EP Littoral et dont le clip a été réalisé par le duo de réalisateurs Été Meurtrier. N'oubliez jamais : ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort.

Kojey Radical - Can't Go Back

« Strong are those who have known defeat, known suffering, struggle and loss… and still find a way to dance in the darkness. » [« Forts sont ceux qui ont connu l’échec, la souffrance, les difficultés et le deuil… et qui continuent de danser dans l’obscurité »]. À travers le morceau « Can’t Go Back », le londonien Kojey Radical livre un message d’espoir inspiré de sa propre expérience : une dépression ponctuée de sévères passages à vide qu’il évoquait récemment à la radio avec beaucoup de sincérité. Depuis, le rappeur londonien s’en est sorti, notamment grâce à la danse, dont il évoque la force cathartique à travers ce clip où la joie de célébrer le présent l’emporte sur les difficultés passées.

RENDEZ VOUS - SUPERIOR STATE

L’hiver dernier, i-D passait l’aprem avec les mecs de Rendez Vous à l’ombre des buildings du 13 ème arrondissement de Paris. Niveau timing et décor, on ne pouvait pas faire mieux : le groupe français était sur le point de livrer un deuxième album, Superior State – la bande-son d’un système qui s’écroule. Dans ce monde en perdition dépeint par le quatuor français, les traders se jettent par les fenêtres et s’écrasent, cravate la première, sur les trottoirs. Un peu comme l’orchestre du Titanic, les mecs de Rendez Vous refusent de céder au naufrage et regardent le monde dégringoler, agrippés à leurs instruments – un spectacle inéluctable et réjouissant.

Rosalía - Aute Cuture

On ne présente plus Rosalía, c'est une star internationale, en atteste son premier concert en France au début du mois, au festival We Love Green. Rarement l'on aura vu une foule à ce point en choeur sur une langue qui n'est pas la sienne, et à ce point silencieuse pendant les moments d'émotions a capella que la jeune et charismatique chanteuse espagnole maîtrise à la perfection. On ne pensait pas pouvoir tomber encore plus sous le charme, et pourtant. Le 30 mai, elle sortait le clip de « Aute Cuture », savant mélange sonore, qu'on lui connaît, entre flamenco et pop du futur, et visuellement parfaitement over-the-top. Immense respect pour la personne en charge de la manucure sur ce tournage.

GoldLink – U Say feat. Tyler, The Creator & Jay Prince

Washington n’a pas une bonne réputation « touristique ». On dit qu’il ne s’y passe rien, que la ville n’est peuplée que de lobbyistes se frayant un chemin vers le Capitole. Depuis quelques années, le jeune rappeur GoldLink, qui en est originaire, est venu mettre à mal cette fausse image. Après un projet remarqué en 2017, At What Cost, il revenait ce mois-ci avec le très bon Diaspora, album résolument dansant, aux sonorités multiples mais aux couleurs très africaines. Un disque aux invités prestigieux (Pusha T, Wizkid, Bibi Bourelly, Maleek Berry) et qui flirte constamment sur la frontière entre le tube et l’expérimental, en restant toujours un bonheur à écouter, à l’image de « U Say », en featuring avec Tyler et Jay Prince.

Muddy Monk – Divine feat. Jimmy Whoo

Pour un peu de douceur dans ce monde de brutes, un peu de fraîcheur pendant cette canicule, il faut toujours savoir se tourner vers le suisse Muddy Monk. Quand en plus il est accompagné de Jimmy Whoo, producteur de Grande Ville, l’extase est ultime. Il semblerait que les deux artistes se regardent de loin et admirent leur travail depuis un moment. Le genre de collaboration qui tombe sous le sens et dont le résultat, le morceau « Divine », est on ne peut naturel et cristallin. La musique parfaite à écouter les pieds dans l’eau, cocktail à la main et nature à perte de vue. Pour info, Muddy Monk a lancé une tournée en avril. En juillet il sera au Festival Days Off à la Philharmonie de Paris, puis aux Francofolies de La Rochelle. Hâte.

Oboy – Je m'en tape feat. Aya Nakamura & Dopebwoy

Certaines collaborations sont plus inattendues que d'autres, mais non sans logique, et c'est ce qui fait leur attrait. Si cela fait longtemps que l'on suit l'évolution du rappeur Oboy, qui sortira son premier véritable album ce mois-ci, on ne s'attendait pas forcément à ce qu'il en sorte un single en featuring avec le reine Aya Nakamura et le roi de l'afro rap néerlandais Dopebwoy. Le résultat, « Je m’en tape », est un tube calibré pour l’été, basses lourdes, flow déposés crânement, Aya au meilleur de sa forme, bolides, thunes et danses endiablés dans le clip. Et on est plus généralement heureux de voir qu'en 2019, deux grands noms peuvent descendre de leur montagne de streams pour donner de la force à un jeune rookie dont le futur commence le 12 juillet avec la sortie d'ΩMEGA.

SHYGIRL – UCKERS

Toujours plus loin d'un nom de scène suggérant la timidité, la londonienne Shygirl vient de livrer « Uckers », un morceau à la fois sexy et anxiogène, horrifique et impatient. Produit par Sega Bodega, il continue de déployer le programme de la badass membre du collectif NUXXE dont plusieurs singles devraient être révélés dans les semaines à venir : « I don’t give a fuck about you / But I really keep on fucking / Till I fuck all of you ». Sur des cris de femmes effrayées empruntés au cinéma des années 1960, Shygirl plante son décor, à renfort de beats sexy et d’aspirations excitantes, dans lequel on comprend qu'elle préfère, définitivement, l’efficacité aux sentiments.

Nekfeu – Cheum

Avec PNL, l’album de Nekfeu était sûrement le plus attendu de l’année. Trois ans après son deuxième opus solo, Cyborg, le rappeur a tenté de reprendre la couronne qu’il avait lâchée en 2016, comme transi par son immense succès. Et il a mis les petits plats dans les grands, en accompagnant d’abord sa sortie d’un film à séance unique du même nom – Les Étoiles Vagabondes – et en offrant à ses fans, deux semaines après et sans prévenir, un album surprise, Expansion. Le rap français est submergé, et les frères de PNL ont même annoncé la sortie de 4 inédits pour rester à flot. On peut ceci dit regretter le manque de surprise et de prise de risque de ce double album. Nekfeu y est en pilote automatique, mais toujours diablement efficace, comme lorsqu’il visite ses souvenirs de collégien moche sur « Cheum ».

KOTA The Friend – For Colored Boys

Une seule écoute de la douce instru de « For Coloured Boys » et des paroles qui l’accompagnent suffit pour comprendre que Kota The Friend, natif de Brooklyn de 26 ans, ne fait pas de la musique pour rien. Ses mots pourraient vite passer pour la lecture d’un livre de développement personnel s’ils n’étaient pas si emprunts de poésie, de simplicité et d’honnêteté. Il y glisse des conseils pragmatiques – pour les « garçons de couleurs », donc – comme « met de l’argent de côté quand tu es payé » et des considérations plus abstraites et profondes comme « le sens de notre existence n’est pas physique » ou « accepte l’humiliation, elle rend humble ». On en ressort plus « woke », et à en croire certains commentaires Youtube, beaucoup en sont ressortis moins seuls. Le titre est extrait de son premier album, FOTO, sorti en mai dernier.

Wit. – Mama Mia feat. Laylow

En janvier dernier, Wit., rappeur originaire de Montpellier, sortait son cinquième projet, NEO. Indiscutablement le plus abouti. En dix titres, il déroulait son flow cristallin (cf. le superbe « CMT ») sur des instrus futuristes, et s’autorisait quelques subtils et irrésistibles bangers « Sèche tes larmes », « Inception » ou « Mama Mia », en featuring avec son ami Laylow qui partage le même label (la même famille), Digitalmundo. Ce dernier son vient de trouver une seconde vie avec un clip au niveau visuel de ce que nous propose habituellement le collectif TBMA : léché, inventif, fou. Les deux larrons y flinguent à tout va des mafieux dans une arrière salle de poker enfumée, avant de s’envoler dans une caisse volante qui rappelle les meilleures scènes du Cinquième Élément. Personne ne fait ça comme eux.

JORJE18 - RDV PARKING

Son blaze ressemble à un pseudonyme Caramail et ses titres à des SMS saisis en T9. Dans sa dernière compilation, le bordelais JORJE18 entend prendre congé de la Terre mais il lui reste une dernière chose à faire : livrer ses mémoires de jeunesse (sur K7 et Youtube). Dans le clip de son titre « RDV Parking ? », JORJE18 nous offre à voir des bribes de souvenirs par dizaines, immortalisées à la DV et rassemblées dans une vidéo montée comme un Zap de Spion. La musique ? Un tunnel d’autoroute espagnole séquencé par les néons qui l’éclairent et une basse qui s’y étend de tout son long, d’un bout à l’autre de la percée. Suivez la lumière.

Octavian – Feel It feat. Theophilius London

Ce mois-ci, entre les retours très attendus de Stormzy (deux très bons titres), de Skepta (un très bon album) et la nouvelle « mixtape » d’Octavian (qui sonne comme un album, disons-le), le rap made in Britain nous a gâtés. Après son précédent projet, SPACEMAN (2018), déjà très convaincant, hybride et hautement addictif, le rappeur (franco-britannique, rappelons-le pour être chauvins) vient confirmer son statut d’incontournable. Inventif, addictif, musicalement très varié, Endorphins tient bien son nom, et nous mène de la trap à la balade, du gangsta rap à la douceur avec une facilité déconcertante. On a jeté notre dévolu sur « Feel It », bonbon qui invite le roi incontesté des mid-2010’s, j’ai nommé Theophilius London.

BENGALÁ - BAILE FUNKY TRAPPY

Il y a quelques mois, on vous parlait de Bengala à l’occasion de la sortie d’un titre du duo Pira Pora, formation à laquelle la chanteuse prêtait sa (belle) voix. Le 31 mai dernier, c’est toute seule qu’elle sortait l’EP High Class World, 5 titres entrelaçant percussions, synthétiseurs, basses lourdes, cordes et voix - tour à tour puissantes et douces. En anglais, français ou portugais, loin des cases dans lesquelles la musique s’enferme parfois, elle continuait de défendre une « musique métissée » affranchie des genres et des conventions. Voici donc « Bailefunky Trappy », qui est, on vous le promet la seule entorse spatio temporelle à notre playlist (oui, le titre a été publié en mai mais franchement, on ne pouvait pas passer à côté).

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