à milan, prada invente la « minijupe pour homme »

Le dernier défilé de Muccia Prada, c'est avant tout les shorts les plus courts de l'histoire de la mode et des imprimés psychédéliques qui sentent bon la révolution sexuelle.

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juin 20 2018, 1:35pm

Qui ?
Miuccia Prada a toujours été plus qu’une créatrice de mode. Elle est une intellectuelle, une anticonformiste, pourfendeuse des normes et conventions. Avant de reprendre l’affaire familiale, d’en révolutionner l’entreprise – et l’industrie de la mode au passage – Miuccia a complété son doctorat en sciences politiques. Et même si elle a quitté le cursus académique pour aller bosser dans la maison du cuir de ses parents à la fin des années 1970, sa passion pour la politique ne l’a jamais quittée. C’est même ce qui l’a poussée à constamment tisser des liens entre le vêtement, le genre et le pouvoir. Qu’elle introduise dans les années 1990 la notion du « ugly chic » en réponse à la vision très arrêté du luxe milanais de l’époque ou qu’elle fasse défiler côte à côte les femmes et les hommes, Miuccia Prada n’a cessé de faire bouger les lignes esthétiques et celles du système lui-même.

Après avoir déclaré : « Nous devons changer le monde – particulièrement pour les femmes, parce que trop d’obstacles nous sont encore opposés, » ; après sa collection printemps/été 2018 transgénérationnelle remplie d’artistes femmes ; après l’automne/hiver 2018 qui rappelait avec force « que les femmes devraient être débarrassées de toute sorte de harcèlement, peu importe leur tenue, » Prada a injecté la même révolution sexuelle subversive dans sa collection homme printemps/été 2019. « Vous savez, je suis un peu anticonformiste, expliquait-elle en coulisses, entourée d’une foule attentive de journalistes, iPhones et dictaphones à la main. Je n’utilise jamais ce mot… mais il est devenu sexy. » Avec « Sexy Boy » de Air en musique de fin, il était impossible d’échapper au sex-appeal du Prada nouveau.

Les énormes chapkas en nylon, les cols roulés, les blazers et les plus petits shorts de l’histoire de la mode... Avec cette collection, Muccia Prada a touché du doigt une réalité, la manière dont les gens s’habillent et jouent avec leur vision subjective de ce qui est sexy. « Parfois, on préfère séparer notre travail du monde extérieur, expliquait-elle. Mais parfois c’est bien d’aller voir comment les gens s’habillent réellement, et la liberté qu’ils devraient s’accorder. » Cette collection homme touchait justement à ça : la liberté. « La notion de sexy existera toujours, c’est une des raisons pour laquelle les gens s’habillent comme ils s’habillent, mais ce n’est pas la seule, » ajoutait la créatrice. Mais même quand Prada donne dans le sexy, elle le fait à sa manière, décalée, purement Prada : des hauts de survêt’ en nylon, des jeans bootcut délavés ou des blazers marrons recouverts imprimés kaléidoscopiques.

Où ça ?
Dans un palais en PVC. Le QG presse de Prada était recouvert de vinyle et les invités s’asseyaient sur des reproductions des tabourets gonflables iconiques du designer Danois Verner Panton. Prada nous ramenaient à la science-fiction et au futurisme qui faisait rêver dans les années 1960. Mais à la sauce résolument 2018.

Wow ?
Prada a décrit ces fameux shorts haut-de-cuisse comme des « minijupes pour hommes ». Nous n’avions pas de mètres avec nous pour les mesurer en coulisses mais on peut jurer qu’ils sont bien les shorts les plus courts qu’un défilé homme n’ait jamais vus. Avec les motifs à fleurs psychédéliques et les cols roulés et blazers de poètes maudits, ces minijupes donnaient à voir un rappel ludique de la révolution sexuelle des années 1960. Pour Mary Quant, c’était les filles dans la rue qui ont inventé la minijupe. Selon Prada, les mecs en 2018 en ont voulu leur version. Après le défilé, alors que certains des mannequins recouvraient leurs cuisses nues, la question s’est posée de la réification des corps des hommes et de la liberté de s’habiller comme on le souhaite dans un monde post-#metoo. Une question parmi tant d’autres que cette anticonformiste souhaite nous poser.

Passée la minijupe, Prada s’en est allée jouer avec les logos. Si beaucoup de ses contemporains aiment les voir en gros, elle préfère voir les choses en petit. « Les logos sont tellement tendance, j’aime bien en jouer, » expliquait-elle. Peu importe la nature de ce jeu, il nous laisse avec une sérieuse envie de dépenser de l’argent. Dans cette même veine de la micro-tendance, chaque look était complété par un petit sac. Parce qu’une minijupe n’en est pas vraiment une sans sac à main pour homme.

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.