petit guide pour survivre à paris photo (en 4 points)

Parce qu'il semble impossible de sortir des méandres de sa programmation et parce que son OFF est le plus large des OFF, Paris Photo peut souvent être source d'angoisse (Gémeaux, abstenez-vous). Nous vous avons préparé un petit guide de survie.

Vous vous êtes, vous aussi, réfugiés en position fœtale dans un coin de la pièce après vous être rendus sur le site officiel de Paris Photo ? Pas de panique, relevez-vous (n'oubliez pas votre dignité, oui là, juste à vos pieds) et ne vous flagellez pas trop : il n'y a rien de plus compliqué que de tracer un parcours parmi les innombrables évènements qui prennent place, chaque année, pendant la Foire Internationale de Photographie d'Art. En toute honnêteté, nous pensions nous aussi y laisser notre peau, notre santé mentale du moins (bon, on s'est franchement mis à bégayer sévère) mais après quelques heures de suée, nous sommes parvenus à vous bricoler un petit guide des évènements et expositions à ne surtout pas rater ces prochains jours. Un parcours complètement subjectif mais relativement complet. À vos agendas (et vos Xanax).

Parlons peu, parlons sexe.

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Série «Early Color». Photo Jo Ann Callis. Courtesy galerie Miranda

Dans le ventre du Grand Palais, l'humeur collective se veut habituellement mondaine et mesurée, on peut rire à gosier déployé au-dessus des bulles de champagne – ça oui – mais on se tient. C'est comme ça. Un heureux évènement risque néanmoins de perturber cette ligne de conduite tacite et galvaniser le voyeur enfoui en chacun de nous : la création d'un espace d'exposition entièrement consacré à l’érotisme dans la photographie et dont le nom, mystérieux et aguicheur, « Curiosa », suscite déjà le désir et l'envie. Ne lâchez pas votre air sérieux pour autant et tentez de rester calme face aux clichés fétichistes de Breyer P-ORRIDGE, ceux de Kenji Ishiguro ou devant les corps fagotés de Jo Ann Callis. Pour ceux qui ne sauraient étouffer leur ardeur, n'hésitez pas à feindre un happening improvisé, façon Mischa Badasyan – les autres n'y verront que du feu. Le parcours sexy de paris Photo ne s'arrête pas là mais on vous conseille ensuite de quitter les allées du Grand Palais – ça ne pourra que faire du bien à votre teint devenu blafard sous les néons – pour rejoindre le Off et vous diriger vers la Gare de l'Est. Entre les murs velours de l'Hôtel Grand Amour, vous pourrez admirer l'œuvre du jeune photographe Lin Zhipeng (aka No.223), disciple surdoué de Ren Hang et leader hyper prometteur de la photographie chinoise émergente, dont les clichés interrogent les comportements sexués et sexuels d'une génération élevée à la lumière bleue des écrans. Dans un registre davantage contenu mais tout aussi évocateur, nous vous conseillons enfin de passer à l'Agence David Giroire pour (re)découvrir l'œuvre clair-obscur de l'israélien Alon Shastel qui saisit la douceur lascive de l'adolescence comme nul autre photographe.

La jeunesse a souvent raison

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Courtesy Simon Lehner

Quel est le point commun entre la désillusion de la jeune génération russe, le mythe de Sisyphe, l’élevage industrialisé des poulets de race « Novogen White » dont les œufs servent à la production de produits pharmaceutiques, et le rendu 3D d’un exercice de mémoire ? Eh bien, ces quatre sujets sont ceux des Lauréats de la Carte Blanche Étudiants organisée depuis deux ans en trio par Paris Photo, Picto Foundation et SNCF Gares & Connexions, et qui chaque année récompense 4 étudiants en école d’art, dans un effort de visibilité, de découverte et d’échange. Sélectionnés parmi plus de 100 écoles européennes, les projets en question – de Kata Geibl (Budapest), Simon Lehner (Vienne), Daria Minina (Paris) et Daniel Szalai (Budapest) – sont présentés cette semaine, dans un espace dédié de Paris Photo. On y retrouve tout ce que la jeunesse – et la photo – peut avoir d’engagement, d’imaginaire débridé, de réalisme frappant, de tendresse et de candeur. À ne pas manquer non plus : le prix « Paris Photo-Aperture Foundation » du premier livre photographique avec 10 000 dollars à la clé pour l’un des vingt ouvrages présélectionnés, dévoilé le 9 novembre ; la série photo de la lauréate du prix Leica Newcomer, Mary Gelman, réalisée pendant deux ans au sein d’une institution caritative à l’est de Saint-Pétersbourg ; la galerie Les filles du calvaire, où sera notamment exposé le somptueux noir et blanc des clichés du jeune photographe Yusuf Sevinçli ; et l’exposition collective Reflected – Works from the Foam à l’atelier néerlandais qui mise sur l’avenir et met à l’honneur le travail de photographes prometteurs comme Anne de Vries, Peter Puklus, Ina Jang ou Juno Calypso.

Femmes femmes femmes

Martine Franck
Swimming Pool designed by Alain Capeilleres, La Brusc, France (c) Martine Franck / Magnum Photos

2018 aura été l’année de la parole des femmes, du pouvoir des mots et des obstacles qui s’opposent à leur libération. Pour soutenir l’effort en images, Paris Photo décline un parcours intitulé « Elles x Paris Photo », en forme d’hommage à celles dont les clichés, faute de visibilité, n’ont pas toujours eu l’écho qu’ils méritaient. Parmi elles, on retrouvera notamment Dorothea Lange et son exploration documentaire des marges américaines, des années 1930 jusqu’à la Grande Dépression. Le jeu de Paume reviendra aussi sur l’œuvre D’Ana Mendieta, artiste et performeuse trop vite disparue, qui interrogea – bien avant que le sujet ne prête au débat de société – les contours du genre et du corps. Il faudra aussi compter sur le travail de Natalia LL, artiste polonaise sulfureuse née en 1937 pour questionner les liens entre performance et photographie : cette cinéaste/photographe/peintre a –entre autres provocations – fait l’amour avec son amant face à une caméra. La Fondation Henri Cartier Bresson consacre également une rétrospective à Martine Franck, photographe emblématique de l'agence Magnum dont le travail inaugurera le nouvel espace de la fondation au 79 rue des Archives. Si ce parcours sort de l’ombre des pionnières de la photographie, il invite aussi à poser les yeux sur de nouvelles générations de femmes artistes, bien vivantes et décidées à révéler leurs vibrantes perspectives. Parmi elles, on retiendra Fatima Mazmouz, Franco-Marocaine dont les recompositions d’images interrogent le poids de l’histoire coloniale mais aussi Kourtney Roy, photographe canadienne à qui Pernod Ricard a laissé la liberté de traduire, à travers une esthétique pastel sophistiquée, son image alcoolisée. Enfin, il ne faudra pas manquer les images d’Amy Friend : en poinçonnant des photographies anciennes qu’elle place ensuite devant une source de lumière, cette artiste canadienne délivre des visions figées dans le temps, oscillant entre réconfort, chaleur et nostalgie.

Mangez des livres

Michel Journiac Le Playboy
Le Playboy. Photo extraite de «Phantasmes», série «24 heures dans la vie d’une femme ordinaire».

La Foire Internationale de la Photo est aussi l'occasion de s'acheter des bouquins d'art ou de soutenir la jeune création en se payant quelques fanzines précieux et rares. En début de semaine, la libraire du Bal Books, Emilie Lauriola nous livrait une sélection des plus beaux ouvrages à découvrir pendant Paris Photo. Pour les âmes collectionneuses, ceux qui ne sauraient se contenter de scroller et préfèrent encore tourner des pages, la foire Offprint prend ses quartiers ce mois-ci sous les cimaises des Beaux-Arts de Paris. Parce qu'on aime bien parler théorie, on ira opiner du chef à la conférence « Les stratégies esthétiques des fanzines DIY punks » prévue samedi 10 à la médiathèque musicale de Paris. Et parce qu'il ne faut jamais louper une seule occasion d'évoquer l'œuvre éternelle du petit père des travestis et de l'art queer, Michel Journiac, nous vous conseillons d'aller faire un petit tour à la galerie Christophe Gaillard qui vient de rééditer « Le Corps Travesti », un livre magnifique retraçant l'œuvre fulgurante de Journiac qui s'était attaché à rejouer les carcans et les empêchements auxquels les femmes de son époque devaient encore faire face.

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