72 heures avec alice dellal

Le temps d’un aperitivo à Barcelone, i-D a discuté avec la photographe, mannequin et muse Chanel la plus punk du moment.

par i-D Staff
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20 Mai 2016, 3:15pm

"72 heures" est une nouvelle série d'interviews dans laquelle i-D et Ma Terrazza invitent leurs chouchous de la scène culturelle à venir discuter autour d'un aperitivo dans les meilleurs spots d'Europe. Pour ce deuxième épisode, i-D est allé à Barcelone pour rencontrer Alice Dellal pour parler de ses projets, de Karl Lagerfeld et de punk.

Bonjour Alice, tu peux nous dire sur quoi tu travailles en ce moment ?
Je suis en train d'archiver tous mes négatifs dans le but de faire un bouquin. En parallèle, je réalise des petits fanzines, tous publiés de manière indépendante chez Tarmac par mon mec et moi. Quand je shoote des photos pour moi, c'est toujours très spontané, j'aime être libre de faire ce que je veux. Mais je fais aussi beaucoup de boulot commissionnés -je bosse pour des groupes, je fais des couvertures d'albums, des photos de concert, ce genre de choses. C'est drôle parce que souvent les gens s'attendent plutôt àce que je fasse de la photo de mode.

Tu faisais partie du groupe Thrush Metal et vos clips étaient fous. Tu fais toujours de la musique ?
Oh, merci. Ils étaient mignons, c'est vrai ! Vers la fin, on a arrêté d'enregistrer tout ce qu'on faisait et c'est dommage parce qu'on commençait à avoir pas mal de matière et à maitriser nos instruments à fond. Tout était vraiment très DIY : au moment où on s'est lancés dans cette aventure, personne ne savait vraiment jouer de la musique. On a littéralement appris à jouer de la musique en même temps qu'on la faisait. Au moment où on a enregistré notre EP - je le jure sur ma vie - ça faisait à peine trois mois qu'on s'était mis à la musique. C'est pour ça que c'était si authentique, si sincère.

Et vous avez prévu de faire votre comeback ?
Oui on y pense toujours. C'était la meilleure période de ma vie. Avant de me mettre àjouer de la musique, je me disais toujours : "c'est trop tard, tu ne joueras jamais d'un instrument de ta vie." J'avais cette idée selon laquelle une fois sortie de l'adolescence, il est trop de tard pour apprendre de nouvelles choses. Mais ça n'a aucun sens, pas vrai ?

Parlons un peu mannequinat. Ta carrière dans la mode a vraiment explosé dans les années 2000 - c'était comment à l'époque ?
Ça aussi, c'était une aventure étrange parce que, encore une fois, ce n'était pas du tout prévu. Je ne me suis jamais dit que j'allais devenir mannequin. Pour être honnête, si j'ai fait du mannequinat au début, c'était pour découvrir l'envers du décors et bien sûr, pour les voyages. Ça m'énerve que l'on prenne souvent les mannequins pour des débiles. Il y en a bien sûr, mais comme partout. L'autre jour, quelqu'un m'a sorti ça : "Maintenant qu'on écoute ce que les mannequins ont à dire, on peut désormais les considérer comme autre chose que de simples porte-manteaux ? "J'ai répondu un truc comme : "T'es sérieux ? Moi j'ai toujours eu quelque chose à dire !"

Ça fait quoi d'être la muse de Chanel ?
C'est super. En plus d'être mannequin et ambassadrice de la marque, je suis aussi une source d'inspiration. J'ai encore du mal à réaliser que Karl Lagerfeld m'a choisi pour ça.

Et ça fait quoi de travailler avec Karl ?
Il est fantastique. C'est une icône - j'ai horreur de ce mot, mais il n'y en a pas d'autre. Quand on a commencé à travailler ensemble, il pensait que je serais bien pour le book Little Black Jacket. Il était à la recherche de quelqu'un, je cite, "punk". Je ne me définis pas comme une punk, soit dit en passant ! Donc Chanel m'a appelé, j'ai commencé à bosser avec Karl et c'était le truc le plus cool du monde. Il a pris quelques photos et il a retenu la première. C'est pour ça que j'aime bosser avec lui - il est tellement rapide et instinctif. Il sait ce qu'il veut et il sait quand il y est parvenu. Lors de cette première journée, il m'a demandé si j'étais sous contrat ailleurs et je travaille pour lui depuis. On s'est tout de suite super bien entendus. Il est très intelligent et il parle des millions de langues ; dans une phrase il est capable d'utiliser 4 langues différentes. Travailler pour Chanel, c'est formidable, c'est le top du top, tu vois. C'est drôle mais au début, c'est quelque chose que je ne réalisais pas complètement. Je travaille dans la mode, je suis mannequin, j'ai grandi dans la mode mais c'est assez embarrassant parce que je ne suis pas une experte en mode - je ne connais pas les créateurs, les tendances, tout ça. Ce qui m'échappe dans la mode, c'est le fait que l'on se concentre sur des saisons. Pour moi, ça n'a pas de sens.J'ai plus tendance à penser : "Enfile quelque chose dans lequel tu te sens confortable et si ça te plait, très bien, porte-le."

Qu'est-ce que tu penses de la scène et de la culture punk en 2016 ?
Je pourrais vous en parler pendant des heures. Pour moi le punk, est un mouvement énergique et colérique, qui se veut en marge et qui refoule le mainstream. À la base, être punk, c'était faire preuve d'individualisme et de rébellion mais aujourd'hui, j'ai l'impression que ne pas être punk est devenu encore plus punk qu'être punk. J'adore la musique punk, j'ai grandi en écoutant du punk. C'est un genre qui m'a toujours attirée. Je me rappelle être en train de marcher dans la rue quand j'étais gosse et de tomber sur un couple de punk qui portait des crêtes et des piques partout. Je crois que je devais avoir 5 ans et je les regardais avec émerveillement. Je me disais : "Ils sont trop cools mais qu'est-ce que c'est ?" Aujourd'hui, c'est différent. Je trouve ça assez triste mais on voit de plus en plus de gens comme Chris Brown porter des vestes en cuir customisées avec des patches "Municipal Waste" ou "Cro-Mags" et tu te dis qu'ils ne doivent même pas connaître ces groupes. C'est dans ces moments-là que je me dis que le punk est…

Non, je veux pas l'entendre…
Ah ! Non, mais je ne dis pas que le punk est mort. Quand je vois des trucs comme ça, là, oui, le punk est mort. Mais qui sommes-nous pour dire qu'il est mort ? Il existe encore des groupes punk absolument géniaux et authentiques. J'ai lu un truc mortel l'autre jour : c'est un mec qui dit à un autre mec "C'est quoi le punk ?" ; et l'autre mec donne un coup de pied dans une poubelle et dit "Ça, c'est punk" ; donc le premier mec tape dans une autre poubelle et demande "Donc ça, c'est punk ?" ; et le type lui répond "Non, ça, c'est suivre la tendance."

Photographiée au W Hotel Barcelona

Credits


Shot at out Bravo24, W Barcelona www.w-barcelona.com/bravo
For information on the hotel and rooms please visit http://www.w-barcelona.com/
Make up & Hair
Estrella Elorduy for Dior, label.m, The Pink Peony, Balbcare

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