10 choses que vous ne saviez (probablement) pas sur gummo, le premier film d'harmony korine

« Franchement, je voulais juste accrocher des tranches de bacon frit aux murs, parce qu'on ne voit pas ça souvent au cinéma. »

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août 10 2017, 11:59am

En 1997, pour le New York Times, Gummo est « le pire film de l'année ». Pour Werner Herzog c'est « un vrai film de science-fiction », et Harmony Korine, réalisateur du film en question, considère que son œuvre est « d'un genre nouveau ». Le cinéaste s'arrête à cette définition, refuse d'analyser Gummo. « Je préfère me défenestrer et me tirer une balle que de sur-analyser mon film , » assure-t-il dans les commentaires dvd du film. Et pourtant, au fil des années, il a pu nous égrainer quelques éléments intéressants sur son premier essai.

On va balayer d'un coup ce que vous savez déjà : le titre du film est un clin d'œil à Gummo Marx, Korine n'a que 23 ans quand il le réalise et son passage promo chez Letterman est presque aussi surréaliste que le film lui-même. Mais il y a bien d'autres choses à découvrir sur cette magnifique étrangeté. Des choses que vous ne savez (probablement) pas. Il est temps d'un faire un décompte, Gummo n'aura pas 20 ans tous les jours.


Korine a casté Tummler après l'avoir vu dans un talk-show appelé My Child Died From Sniffing Paint
Korine se matait un épisode de prévention contre la drogue du Sally Jesse Raphael Show au nom plutôt évocateur : My Child Died From Sniffing Paint. C'est à ce moment-là qu'il découvre Nick Sutton (Tummler), qui incarne un sniffeur de peinture ayant frôlé la mort. Selon Korine, la majorité du casting de Gummo a été réunie très vite et dans des circonstances toujours assez étranges. « Je me suis donné 45 minutes pour me trouver le casting complet, en me baladant dans des Burger King et des abattoirs. » Sans compter Chloë Sevigny, bien entendu, qui sortait avec Korine à l'époque.

Les personnages de Dot et Helen sont calqués sur Cherie et Marie Currie
Les deux sœurs au blond peroxydé qui se scotchent les seins avant de sauter sur leur lit en musique, jouées par Sevigny et Carisa Barah, ont été pensées par Korine à partir de Cherie Currie (chanteuse des Runaways) et sa sœur jumelle Marie. Et dieu qu'elles leur ressemblent. « C'était clairement du vol, assure Korine. Ce film est un gros mélange d'histoire et de pop. » Est-ce que comme nous vous êtes curieux de savoir ce que les sœurs Currie ont pensé du film ?

La moitié de Gummo a été filmée le dernier jour du tournage
« On a tourné pendant deux mois, mais le dernier jour on a bouclé la moitié du film, » explique Korine. La raison ? Elle est simple : il attendait la pluie pour filmer la scène du baiser entre le garçon-lapin et la fille, dans la piscine, sous la pluie donc, et sur « Crying » de Roy Orbison. Le même jour, il filme la scène du combat de catch contre une chaise et son propre cameo, complètement bourré, avec le nain. On va y revenir.

Pendant le tournage, Korine était obsédé par le bacon
« Pendant que je tournais Gummo , je me goinfrais continuellement de bacon, j'étais carrément obsédé raconte le réalisateur. Je pouvais rester à observer des tranches de bacon pendant un bon moment, jusqu'à ressentir une certaine connexion avec ces bouts de viande. » Une connexion si forte qu'il a fini par donner un rôle au bacon. « Dans certaines scènes, si vous regardez bien, il y a des tranches de bacon. Le bacon, c'était mon esthétique. » Et il ne ment pas. Quand Solomon est dans son bain, on peut apercevoir un morceau de bacon accroché au mur avec du scotch. Werner Herzog en a parlé à Korine pendant une interview : « Franchement, je voulais juste accrocher des tranches de bacon aux murs, parce qu'on ne voit pas ça souvent au cinéma. »

Après avoir tourné son cameo bourré, il jette sa sœur par la fenêtre
Pour la scène où Korine discute avec un nain et renverse de la bière partout, il était vraiment, mais vraiment dans un état second. « J'avais besoin d'être dans un certain état, un état difficile à contrôler, du coup on a gardé cette scène pour la fin. » Une scène tournée juste avant la fête de fin de tournage, dans un strip club local de Nashville. Un détail que Korine n'avait pas forcément pris en compte. « J'étais dans un autre monde, complètement excité. Il devait être quatre heures du matin quand je crois que ma sœur est venue vers moi pour me faire un câlin, me féliciter pour le bouclage. Et là, quelque chose s'est passé et je l'ai poussée par la fenêtre. Et puis il y avait ce mec, chauve, qui ressemblait à Mr Propre, qui a sorti un petit couteau et qui m'a planté. La soirée s'est arrêtée là. »

Sa plus grande influence venait d'un réalisateur anglais
On a imputé un tas d'influences à Korine pour Gummo. Certaines personnes y voient des échos des photos de Diane Arbus, d'autres repèrent l'influence de John Cassavetes, parrain du cinéma indé américain. Mais selon Korine lui-même, les gens ont tendance à passer à côté de l'influence de cinéaste anglais Alan Clarke. « Pour moi, Clarke est un réalisateur majeur… Il a fait ce film, Christine, que peu de gens ont vu, mais qui est l'un de mes films préférés. » Un film qui dépeint le quotidien d'une jeune ada accro à l'héroïne, tourné en longues prises fluides, la Steadicam au poing. Si les racines de Gummo vous intriguent, jetez un œil au film de Clarke. « Pour moi, ses films sont aussi importants que ceux de Cassavetes. »

Korine se baladait en tongs et slip de bain dans des maisons insalubres pour énerver son équipe de chochottes
Pour Gummo, l'équipe du film est allée tourner dans des endroits bien dégueulasses de Nashville. Le pire était les maisons insalubres, mangées et infestées par les insectes et la vermine. « Dans l'une des maisons, j'ai trouvé un morceau d'épaule dans une taie d'oreiller, raconte Korine à Herzog. Parfois, l'équipe refusait de tourner dans ces conditions. C'st limite si l'on ne devait pas leur acheter des combinaisons, comme celles qu'on porte dans les zones radioactives. Ça m'énervait, je trouvais qu'ils faisaient les chochottes. Franchement, c'était que des insectes et une odeur horrible, pas de quoi en faire tout un plat. » Certains tenaient la barre, et le caméraman de Korine, jean Yves Escoffier était comme le réalisateur : sans peur. Ensemble, ils se sont rebellé et se sont moqué des autres. « Pendant que les autres portaient leurs costumes anti-toxique, nous on se baladait en slip de bain et claquettes pour les énerver. »

Il a fait venir le skateur pro Mark Gonzales pour la scène du combat de catch contre une chaise
C'est bien le grand Mark Gonzales, aka The Gonz, qui se lance dans un combat de catch contre une chaise devant des rednecks torses nus encourageants. « C'est le meilleur catcheur de chaise que j'ai jamais vu, assure Korine. Il se bat très bien contre des chaises. » À l'époque, Korine fait venir Gonz en avion depuis Los Angeles pour tourner cette scène, le dernier jour du tournage. Les liens entre le réalisateur et le skate ne sont pas nouveaux. Avant Kids, déjà, Korine faisait du skate au Washington Square. Il est encore ami avec Gonzales, et il photographiait récemment le pro pour une publicité Supreme.

Pour le New York Times, Gummo était « le pire film de l'année »
Dans la critique originelle du NY Times, Janet Maslin définit sans détour Gummo comme étant le pire film de l'année. « Quand un jeune prodige s'en va explorer l'avant-garde du cinéma indépendant, nous, on reste de marbre, » écrivait-elle. Et apparemment, cette critique à elle seule a réussi à entraver la distribution du film. « Après ça, je crois que les copies du film ont été limitées à 15, » se souvient Korine. On reprochait à l'époque au réalisateur d'exploiter son casting de « freaks ». Un argument auquel il a souvent été confronté. Parlant de la jeune fille trisomique, il explique : « Sa beauté est évidente et transcendante pour moi. L'idée même d'exploitation ne veut rien dire pour moi, parce que je montre ce que j'ai envie de voir. Je n'exploite personne, je ne fais pas faire aux gens ce qu'ils n'ont pas envie de faire. »

Gummo a son propre caméo dans un film de Hype Williams avec Nas et DMX
Bon ok, on sort un peu de Gummo à proprement parler, mais on se devait de mentionner ça, rien que pour l'étrangeté de la séquence. Dans Belly, film de Hype Williams sorti un an après Gummo, Nas et DMX se retrouvent dans un manoir, posés sur un canapé, à mater la scène du « meurtre du lapin » de Gummo. Leur réaction ? « Merde… c'est complètement barré ce truc. » Je n'ai aucune idée de l'origine ou de l'intention de ce caméo inattendu. Comment un film arty a pu finir dans le coin d'une scène d'un film de gangster un poil kitsch ?? Peut-être une private joke… Peut-être que Korine et Hype Williams sont de bons potes, ou peut-être que DMX est un grand fan de Gummo, allez savoir. Mais quelqu'un, quelque part, doit avoir la réponse.

Credits


Texte Oliver Lunn