ce soir c'est la panique à l'amour !

Le squat/galerie d'art le plus punk de France ouvre ses portes (et ses murs) à tous ceux qui s'estiment légitimes à être exposés. Le punk est décidément hyper sympa en 2016.

par Malou Briand Rautenberg
|
07 Avril 2016, 11:00am

Amour. Cinq lettres et un (très) grand mot derrière lequel on découvre la galerie d'art la plus alternative du Paris extra-muros. Prise d'assaut et squattée depuis 2014, cette ancienne usine hollandaise désaffectée s'est reconvertie, sous l'impulsion d'Alexandre Gain (le squatteur à l'initiative du Wonder, à Saint-Ouen et du feu-Point G, hauts lieux de la bringue en toute illégalité), en véritable espace dédié à la jeune création. L'amour de l'art s'est substitué à l'art de la teuf et l'Amour compte désormais offrir aux artistes des ateliers, la possibilité d'être exposés - gratuitement et sans charge. "S'il y a des ventes, on ne prendra aucune commission. Tout revient toujours à l'artiste", m'assure Alex.

Ce soir, la galerie accueillera la seconde édition de "Panique", une exposition ouverte et collective, lancée en janvier dernier sur Facebook. Le concept ? Ultra-simple - la description de l'événement, sur Facebook, parle d'elle-même : "Qui que vous soyez, vous êtes invités à exposer à l'Amour. Même si vous êtes pas artiste ou très très nul en dessin. Même si vous avez 4 ans. Même si vous n'êtes même pas un être humain." Pour Panique#1 ce sont plus de 120 artistes, étudiants, peintres du dimanche et collectionneurs d'objets bizarres qui se sont exposés. Une réussite qu'Alex doit aux institutions, frileuses d'ouvrir leurs portes à ceux qu'elles sous-estiment : "Les galeries d'art classiques ont tendance à ne montrer que des artistes qu'elles choisissent. Nous, on refuse l'idée même de curation ou de direction artistique : à nos yeux, tout mérite d'être exposé."

Une démarche inclusive et bienveillante qui n'empêche pas l'Amour d'assumer son côté punk : "On est contre l'idée même de censure : si quelqu'un se ramène avec un truc trash, pas politiquement correct et bah tant pis, on l'expose quand même et on en est fiers." Punk, on vous a dit. Tellement que le noyau dur de l'Amour (ils sont 9 bénévoles à le faire tenir debout) refuse tout soutien institutionnel : "Notre démarche est militante et si on s'entend bien avec les voisins ou la mairie, on rejette les subventions, quelqu'elles soient.

Politique et en marge des institutions, l'art se déploie en périphérie et redéfinit ses territoires : à l'image de l'Amour, qui rejette toute échelle hiérarchique, de nombreuses associations à but non lucratif participent à la désinstitutionnalisation de l'art en ce moment : Diamètre, Le Chassis, Marcel... Toutes créées par de futurs curateurs et étudiants, ces petites entités ont choisi de supprimer les intermédiaires entre artistes et mécènes : ensemble, elles montent des expos, organisent des événements et occupent les espaces qu'elles réinvestissent en lieux alternatifs, fondés sur les notions de partage et d'échange de compétences : horizontalité totale, chacun part du principe que le dialogue génère de plus belles énergies que n'importe quelle hiérarchisation. La jeune création est désormais soutenue par sa génération et l'art ose déborder un peu du cadre institutionnel - bonne nouvelle, ça lui va très bien. 

Panique#2, c'est ce soir à l'Amour, au 24 rue Molière à Bagnolet. 

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg

Tagged:
Culture
Paris
exposition
L'Amour
squat
panique