Gigi Hadid : « On me dit que je suis trop blanche pour défendre les causes liées à mon héritage arabe. »

La mannequin discute avec i-D de sa grossesse, de l’éducation de baby Khai et de ce que signifie vivre entre deux cultures.

par Osman Ahmed
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18 Juin 2021, 10:46am

Gigi Hadid's story originally appeared in i-D's The New Worldwi-De Issue, no. 363, Summer 2021. Order your copy here.

Quand un numéro de New York m’appelle, je réponds en pensant que c’est sûrement l’un des rédacteur-en-chef de ce magazine. Cette fois-ci, c’était Gigi Hadid. « On peut faire ça maintenant ? » Gigi est ce genre de fille. Bien sûr, elle est l’une des femmes les plus connues au monde, mais elle est douce et aimée comme les gâteaux au buttercream, l’aspect artificiel en moins. Elle ose dire ce qu’elle pense, elle est curieuse, ambitieuse, comme n’importe quelle autre personne de 26 ans. En septembre dernier, la mannequin est devenu super maman en accouchant de Khai, sa fille avec Zayn Malik. On a discuté quelques semaines après que le monde ait suivi l’interview de Meghan et Harry avec Oprah, durant laquelle ils discutaient des défis liés à l’éducation d’un enfant mixte. On avait naturellement envie de parler de ça, tout comme on avait envie de parler des pâtes dans la cuisine de Gigi. Voici ce qu’il s’est passé…

On a fait une interview l’année dernière et c’était votre première cover pour i-D, et j’ai l’impression que l’année passée a été une grande année pour vous…
Je suis presque sûre que j’étais déjà enceinte quand on a photographié la dernière cover du magazine. Je le savais déjà et c’est pourquoi ma mère est venue avec moi pour le mois de Fashion Week, pour m’aider si j’étais malade le matin, ou pour m’accompagner aux défilés. Ce shooting photo, c’est la dernière chose que j’ai faite avant de rentrer à la maison.

Comment avez-vous vécu la découverte de votre grossesse alors que le monde était en train d’exploser ?
C’était très étrange. Évidemment c’était étrange pendant le mois de Fashion Week alors que j’étais si malade au travail mais on peut jamais prendre un jour de repos pendant la Fashion Week ! Je devais juste faire comme si de rien n’était. Par exemple, on était à une fête et quelqu’un me proposait un verre et je devais dire que je ne buvais pas ce mois-là ou quelque chose comme ça. Et au moment où tout le monde était en train de devenir pompette, je m’éclipsais.

Ce qui est pour le mieux ! Votre travail nécessite que vous soyez vue en public, et que vous voyagiez aussi. Comment votre quotidien a-t-il changé entre la pandémie et la maternité ?
C’est à double tranchant parce que je sais que évidemment le Covid a été une grande tragédie pour beaucoup de gens et beaucoup de familles, beaucoup de vies perdues, beaucoup de jobs perdus. Mais à ce moment-là, j’ai eu la chance de pouvoir vivre ma maternité, la naissance de mon bébé, et la rencontre avec mon bébé pendant le confinement, et peut-être que je me serais serais confinée de toute manière même sans pandémie. Cela m’a vraiment donné du temps pour expérimenter la maternité de la manière dont je le souhaitais, sans infirmière, sans baby-sitter, et ce pour le plus longtemps possible avant de retourner travailler.

En ce moment, tout le monde est en période d’adaptation, tout le monde change ses habitudes pour le meilleur. Est-ce que c’est le cas aussi des mannequins ?
Ça m’a fait réfléchir sur ce que je voulais à l’avenir, ce que je cherchais dans ma carrière et ma vie. J’ai la chance d’avoir réalisé tous mes rêves dans le monde de la mode, et de pouvoir me dire : « et maintenant ? ». Je n’ai pas besoin d’une autre couverture ou d’une autre campagne. Je préférais laisser la place à quelqu’un d’autre, quelqu’un pour qui ça aura une vraie influence sur leur vie et leur carrière. Je vais laisser la place à la nouvelle génération et concentrer mon énergie et mon temps sur quelque chose d’autre. Quelque chose qui évidemment fait partie de ce monde mais qui me nourrit différemment.

Je sais que pendant le confinement vous avez beaucoup expérimenté avec la photo. Quelles autres directions imaginez-vous pour la prochaine étape ?
J’aime tout ce qui est créatif et tout ce qui est dans les coulisses, ça m’amuse beaucoup. Je travaille sur des idées de design, peut-être ma propre marque et j’essaie de délimiter une niche où je pense que j’ai quelque chose à apporter en y attachant mon nom. Je pense que c’est libérateur de travailler sur quelque chose pour soi-même. Je réfléchis à l’environnement dans lequel je vais me placer. Maintenant que je suis mère, j’aime beaucoup l’idée d’aller au même bureau ou au même studio plusieurs jours par semaine, avec la même équipe, les mêmes personnes, peut-être une petite salle de jeux pour que je puisse apporter ma fille au travail. Quelque chose qui est plus installé que d’être dans un pays différent, sur un plateau différent, avec un photographe différent chaque jour.

Je suis curieux de savoir quel est votre conception de la parenté. C’est tellement instinctif, mais je trouve qu’élever un enfant mixte nécessite peut-être un peu plus de réflexion.
On y réfléchit beaucoup et on en parle beaucoup en tant que partenaires, c’est quelque chose qui est très important pour nous, mais c’est aussi quelque chose que que nous avons vécu nous-mêmes. Car chacun de nos quatre parents ont leur propres héritages. Nous sommes cette première génération d’enfants mixtes, qui vit la mixité en plus de l’expérience d’être un émigré de première génération. On se rend compte que nous sommes le pont. Ce n’est pas quelque chose dont mes parents ont fait l’expérience et avec lequel ils peuvent m’aider. C’est quelque chose à laquelle j’ai pensé toute ma vie. Dans certaines situations, je pense, ou plutôt on me dit que je suis trop blanche pour défendre les causes liées à mon héritage arabe. J’ai passé ma vie à essayer de comprendre où était réellement ma place. Si ce que je suis, ou ce que j’ai, est assez pour faire ce que je considère comme juste ? Mais est-ce que cela devient profiter des avantages et des privilèges liés au fait que je suis aussi en partie blanche ? Ai-je le droit de parler pour une partie de moi, ou est-ce que cette partie trop petite pour que je puisse m’exprimer ? Vous voyez ce que je veux dire ?

Oui !
Je pense que Khai va grandir et inventer la manière dont elle pourra ou voudra être le pont entre toutes ses ethnicités. Mais je pense aussi que ce serait bien de pouvoir avoir ses conversations et de voir d’où elle vient sans que nous nous projetions trop sur elle. Ce qu’il va venir d’elle-même, c’est cela qui m’excite, avoir ses conversations avec elle et répondre à ses questions, j’ai hâte.

Gigi c’est votre anniversaire demain, qu’avez-vous prévu ?
Bon, pour commencer je suis obsédée par Cake Boss. Je l’ai regardé depuis que j’ai 10 ans et il a fait mon gâteau d’anniversaire l’année dernière. J’en ai pleuré. J’ai vraiment, littéralement, pleuré. Cette année, pour poursuivre le thème de mon gâteau de l’année dernière qui était en forme de bagel géant, il me fait un gâteau en forme de morceau de fromage géant.

En parlant de nourriture je sais que vous êtes fan de pâtes, et je regardais votre appartement qui a été rénové l’année dernière. Est-ce que vous pouvez m’expliquer c’est quoi le délire avec les pâtes bleues ?
Les pâtes que j’ai dans mon tiroir à pâtes (c’est de la décoration) sont faites avec un type de colle qui les préserve plus longtemps. J’ai collaboré sur ses pâtes avec une fille, @saltyseattle sur Instagram. Elle fait ce kit que vous pouvez acheter pour faire vos propres pâtes, et elle colore les pâtes naturellement. Je crois que pour avoir du bleu, elle utilise de la spiruline. Chaque couleur est faite avec un colorant naturel, la betterave pour le rouge, le curcuma pour le jaune. Elle a aussi un livre où elle vous apprends à faire chaque couleur. Je la suis depuis des années et c’était toujours un de mes rêves d’avoir son travail préservé ainsi. Je les regarde tous les jours et je les aime. Ça me rend heureuse.

Et c’est ça le plus important. C’est l’année pour être heureux.

Absolument.

Cet article a été initialement publié dans i-D n°263, The New Worldwide Issue, été 2021. Commandez votre exemplaire ici.

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Crédits


Photography Daniel Jackson
Styling Alastair McKimm

Hair Bob Recine.
Make-up Diane Kendal at Julian Watson Agency for Zara Beauty.
Nail technician Honey at Exposure NY using Londontown Lakur in “Crowning Crumpet”.
Photography assistance Jeffrey Pearson.
Digital technician Karen Goss.
Styling assistance Madison Matusich and Milton Dixon III.
Hair assistance Kabuto at The Wall Group.
Make-up assistance Jamal Scott.
Producer Rebekah Mikale.
Casting director Samuel Ellis Scheinman for DMCASTING.
Model Gigi Hadid at IMG.

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