Rencontrez l'étudiant en mode qui a présenté sa collection de fin d'études sur Grindr

Avec aucunes possibilités de faire un défilé, Rob Tennent a utilisé ses amis comme mannequins et a créé un « gay online store » sur l’appli de rencontres Grindr.

par Laura Pitcher
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18 Novembre 2020, 11:43am

Dans notre époque où les remises de diplômes et présentations de fin d’études sont annulées ou repoussées après la pandémie, les étudiants en mode partout dans le monde ont trouvé des manières créatives de remplacer les défilés traditionnels. Rob Tennent, un designer né au Cambodge qui étudie la mode en Nouvelle Zélande, à la Auckland University of Technology, a refusé de présenter sa collection de fin d’études sur Zoom. À la place, il a utilisé l’appli de rencontres Grindr pour créer son propre « gay online store », et ainsi présenter ses créations conçues avec grand soin. La collection est destinée à la communauté queer de Nouvelle-Zélande, et ainsi remet en cause la culture hyper masculine du pays avec des pièces offrant une variation de découpes d’un maillot de corps noir. 

Selon Rob, « Mon travail a toujours été très personnel, je ne peux pas écrire ou travailler sans que cela ne parte d’une expérience personnelle, donc quand j’ai commencé la collection, je me suis demandé ce que j’avais envie de porter, pour créer un uniforme ». Le maillot de corps noir est « une pièce essentielle » de son vestiaire. Ses designs sont inspirés de ce que porte les fermiers, des maillots de corps de lutteurs, et de sous-vêtements pour femmes comme les corsets. « J’ai toujours été une personne dont l’identité est difficile à définir. Je n’aime pas quand on imagine que je suis comme ci ou comme ça, je veux remettre en question ces idées ».

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Les pièces découpées dans un matériau super stretch permettent à Rob de jouer avec « l’aspect sexy de la mode » pour mettre en valeur ou justement cacher certaines parties du corps. « Intégrer un décolleté de corset avec un tissu spandex habituellement utilisé pour les vêtements gainants, c’est inventer un design qui ne prend pas en compte le genre » dit-il, en admettant qu’il a dessiné les vêtements avec un corps plus musclé que le sien en tête, même si il a rapidement commencé à porter les pièces également.

Quand Rob est arrivé en Nouvelle-Zélande à l’âge de douze ans, il a du faire face à un choc culturel. Il n’avait pas vraiment sa place dans l’école pour garçons où il étudiait, et il a toujours eu du mal à s’identifier à la culture néo-zélandaise masculine au premier degré et orientée vers le sport. Ça a rendu son coming out encore plus difficile. Pour Rob, « il y a un taux ridicule de suicide chez les jeunes hommes (le plus élevé des pays développés) en raison de cette culture toxique. Je me suis rendu compte que c’est très commun de ne pas en parler et de continuer comme ça. Même si on se trouve dans un pays plutôt progressiste, ces mentalités persistent en raison de l’état d’esprit disons agricole et fermier ».

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C’est pourtant à l’école que Rob a gouté pour la première fois à la mode. Il était tout particulièrement doué pour la couture et a commencé à développé des motifs, en s’intéressant au mannequinat et à la photographie également. Pour ce qui est de sa collection de fin d’études, il a eu l’idée de la présenter sur Grindr alors qu’il était sur l’appli un soir et qu’il est tombé sur le profil d’un garçon qui portait un maillot de corps vintage Helmut Lang. « Normalement, en tant que jeune diplômé, on peut montrer notre collection lors d’un défilé de fin d’études. Mais à cause des restrictions liées au coronavirus, ce n’était pas possible. Mais j’ai eu cette idée. Si je fais des vêtements pour des hommes queer, plutôt féminins, Gindr était l’appli parfaite pour entrer en contact direct avec mes consommateurs ».

Rob a choisi des amis queer pour faire les mannequins et il a choisi six profils différents pour montrer les vêtements de sa collection. Ils sont restés actifs pendant une journée avant d’être supprimés. Rob pense qu’il y a un réel potentiel dans l’utilisation des applis pour la vente, et selon ses professeurs, le médium choisi faisait sens avec la collection. Si sa présentation était indéniablement un succès, Rob s'inquiète de débuter dans une industrie créative qui rencontre l’une des périodes les plus difficiles économiquement

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« On vient seulement de quitter l’université depuis quatre ou cinq mois et je n’ai pas l’impression d’avoir profité de tout ce dont j’avais besoin car beaucoup de nos projets ont du être fait sur Zoom. C’est un privilège de faire un stage tout en vivant à la maison, et j’ai beaucoup de chance d’être dans ma position car j’ai pu travailler dans la mode pendant mes études, mais ce n’est pas le cas pour beaucoup d’autres étudiants ».

S’il est nerveux, Rob prévoit d’entreprendre les choses à l’avenir avec la même flexibilité qui a porté sa collection de fin d’études, en s’adaptant aux circonstances actuelles. Il dit qu’il cherche un travail auprès de marques néo-zélandaises actuellement tout en étant photographe free lance, mais il espère déménager à New York pour travailler comme content curator après la pandémie. Connu pour son travail profondément personnel, il n’y a aucun doute que ce designer émergent nous réserve encore quelques surprises. 

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