Courtesy of Japazon Fonkwo

La culture de la ride fait bouger la jeunesse camerounaise

Le premier événement "Ride for the Culture" a réuni les fans de BMX autour d’une compétition dans les rues de Douala. L’occasion pour l’association 237 BMX de promouvoir une culture de la ride encore trop peu considérée au Cameroun.

par Claire Beghin
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15 Janvier 2021, 12:32pm

Courtesy of Japazon Fonkwo

Ils étaient environ 200, les 19 et 20 décembre derniers, à venir voir l’équipe de l’association 237 BMX réaliser des tricks sur des modules faits main, dans une rue bloquée du quartier de Bonapriso, à Douala. 200, ça peut paraitre peu, mais pour un pays où la culture de la ride ne connait ni soutien, ni infrastructures - pas même un shop de BMX, le nombre est chargé d’optimisme. L’événement, baptisé Ride for the Culture, était organisé par l’équipe de l’agence de communication parisienne Radical PR, qui entend mettre son expertise et son réseau au service d’initiatives à dimension sociale, pour soutenir la jeunesse du continent africain partout où elle en a besoin. 

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​Courtesy of Japazon Fonkwo​

« Au départ c’était difficile, parce qu’on n’a pas de matériel de BMX ni de shop au Cameroun » dit Kimberly, rider et promoteur basé à Yaoundé, fondateur de 237 BMX. « Les BMX qu’on trouve ici on les ramasse dans des brocantes, ça arrive par chance en fait (…) et les pneus et les poignets sont généralement déjà usés, donc il faut constamment les réparer. » Peu importe, il n’est plus à ça près. Il s’est formé tout seul au BMX il y a 13 ans dans son quartier de la Carrière, à Yaoundé, moyennant la location d’un vélo par tranches de 20 minutes auprès d’un rider local dont les tricks l’avaient interpellé. Il abandonne rapidement le foot et le roller pour se consacrer à la ride, qu’il apprend sur le tas. « J’ai commencé à regarder des vidéos de BMX, j’ai vu comment les gars faisaient des sauts, des tricks… Je me suis dit, s’ils font ça, bah je peux aussi le faire ! Et je me suis mis à taffer. J’ai taffé dur ! »

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​Courtesy of Japazon Fonkwo​

D’autant plus dur qu’au Cameroun, le peu d’échos que connait la culture BMX sont rarement positifs. « Ici en Afrique, [cette culture] est sous-développée. Pour la population camerounaise, le BMX est un sport à risque, elle ne voit pas l’intérêt. (…) Si tu fais du BMX ou du skateboard, ça veut dire que tu n’as pas de vie ni d’avenir. Et vu qu’il n’y a pas d’infrastructures ici, et aucun support, ça ne rapporte rien. Du coup il n’y a pas d’intérêt à encourager les jeunes à rider. » Jusqu’à ce que Kimberly décide de créer une association pour permettre aux riders de Douala et  de Yaoundé de se rencontrer, de s’entrainer et d’organiser des compétitions. Il se forme seul à la construction de modules et organise ses premières compétitions dans un parking. « Mais rien n’est stable, on doit déplacer les modules tout le temps, les ranger, tout remettre en place… » 

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​Courtesy of Japazon Fonkwo​

Pour Ride for the Culture, ils ont transporté tout ce matériel à Douala, où ils n’ont reçu l’autorisation de bloquer la rue que la veille de l’événement. Le temps de tester les modules, de fêter l’inauguration et de s’échauffer, et la compétition était lancée. « Tout le monde est reparti avec quelque chose. Les riders étaient super contents, ils étaient tous très chauds, tout le monde s’est amusé et pour nous c’était l’essentiel ! » dit Kimberly. L’événement a aussi attiré des habitants de Douala curieux d’en savoir plus. « Ils finissaient par rester car ils étaient impressionnés par le talent des riders. » dit Pisso Soppo, membre de l'équipe de Radical PR, qui a  grandi au Cameroun et assuré la coordination de l’événement sur place. 

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​Courtesy of Japazon Fonkwo​

Pour l’occasion, 237 BMX a reçu le soutien de la marque de skate Hélas, qui a fourni des vêtements et du matériel de ride. « Ils ont l’habitude d’envoyer des anciens stocks aux kids dans le besoin. Du coup lorsqu’on leur a soumis le projet, ils étaient rapidement très impliqués. » dit Danesh Domingo, co-fondateur de l’agence. La galerie Annie Kadji a aussi gracieusement prêté ses locaux, et la boutique Carré des artistes a fourni des bombes et de la peinture pour que l’artiste camerounaise Grâce Dorothé puisse graffer quelques modules. « Tout s’est fait assez naturellement, la plupart de nos interlocuteurs sur place étaient relativement jeunes et ont vite compris le but associé à cette initiative. Les discussions tournaient autour du besoin de changement de la jeunesse locale.  » ajoute Pisso Soppo. 

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​Courtesy of Japazon Fonkwo​

Besoin appuyé par Kimberly. Avec son association, il veut promouvoir la culture de la ride au Cameroun, mais surtout permettre aux jeunes de se créer des opportunités à travers leur passion. « Bientôt je ne pourrai plus rider, je n’aurai plus la même énergie. Ma fierté sera de voir que j’ai pu transmettre et former une nouvelle génération. » dit-il. Former, transmettre et responsabiliser. « Pour faire du BMX tu dois être discipliné, respectueux, le mode de vie aussi est important. Pour être de bons riders je leur conseille d’éviter de fumer, de boire, de sortir… J’essaye de montrer l’exemple et d’être un modèle pour eux. Je leur explique aussi qu’il n’y a pas que le BMX dans la vie, qu’il faut aller à l’école et avoir un boulot. »

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​Courtesy of Japazon Fonkwo​

La suite ? Réitérer l’expérience et développer des projets similaires, des workshops, des événements et des formations, ailleurs en Afrique « et partout où ça fait sens pour nous d’être présent » poursuivent en coeur Pisso Soppo et Danesh Domingo. « Nous désirons, plus que tout, mettre en lumière ceux qui le méritent et proposer des plateformes pour que les jeunes puissent s’exprimer et développer leurs talents. Dans un sens, l’idée c’est aussi de changer la manière dont l’industrie fonctionne, il est très important qu’elle rende aussi aux jeunes et notamment aux jeunes africains. (…) Qu’elle ne puise pas seulement ses inspirations dans la culture africaine, car c’est une tendance, mais qu’elle rende à cette communauté. »

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​Courtesy of Japazon Fonkwo​

Kimberly ne compte pas non plus s’arrêter en si bon chemin, et travaille déjà sur un projet de skatepark. « Même si je ne réussis pas dans le BMX, c’est ma bataille de voir d’autres jeunes y arriver. Et de faire en sorte que la culture BMX perdure en Afrique. Ouais, mon projet pour le futur, c’est vraiment de voir tout ça changer ! » 

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