Courtesy of Hy

La mythologie revisitée d’Hugo Comte

Le photographe français se lance dans un projet personnel où, en démystifiant l’art, il interroge le pouvoir des images.

par Patrick Thévenin
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07 Février 2022, 3:36pm

Courtesy of Hy

Des dizaines de corps blancs, noirs, métissés, le visage apaisé et allongés nus sur une montagne d’oreillers et de draps immaculés qui font discrètement référence à une performance de Kanye West, une Jeanne d’Arc du futur noire et conquérante vêtue d’une côté de maille, des vestales drapées d’amples tuniques semblant sortir d’un bas-relief de l’Acropole, un Saint avec une coupe afro nous accueillant bras écartés dans son royaume, des policiers qui contrôlent des punks avec des mohawk, des femmes armées de lances se livrant à une cérémonie qu’on imagine guerrière, un Christ blanc gigantesque descendu de la croix par une armada de nonnes noires… Voilà l’univers étrange et troublant dans lequel on se retrouve immergé - voire catapulté et bousculé - quand on passe la porte qui ouvre sur la galerie Hussenot dans le Marais, où le photographe français Hugo Comte présente son premier véritable solo show sobrement intitulé TESTAMENT et réalisé avec le styliste Ibrahim Kamara.  « C’est un mélange de références mythologiques, d’iconographie religieuse, de symboles médiévaux et de pop culture qui se percutent et se mixent, explique l’artiste, comme un nouveau patrimoine historique qu’on ne connaissait pas, qui a peut-être existé, mais qu’on ne nous a jamais enseigné ! C’est un ensemble de photos très personnelles où pour la première fois j’expose qui je suis, ma famille, mon histoire, mes racines entre une mère issue des Caraïbes, et donc du colonialisme, et un père pied-noir. C’est pour moi une manière d’interroger ce passé mais aussi d’exprimer qui je suis vraiment, de quelle couleur je me sens au fond de moi, c’est un peu le livre d’histoire que j’aurais aimé avoir en quelque sorte. »

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​Courtesy of Hugo Comte
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​Courtesy of Hugo Comte

De la mode à la mythologie

Architecte de formation, qui a peu à peu glissé vers la photographie puis la photo de mode travaillant avec les magazines et les marques, Hugo Comte a vu sa réputation et son nombre de followers sur son compte Instagram exploser lorsqu’il a shooté la pochette de Future Nostalgia, le dernier album de la pop star Dua Lipa, il y a deux ans. « J’avais une audience plutôt limitée à la high fashion mais à partir du moment où la pochette a été dévoilée mon nombre d’abonnés a explosé et le profil de mes followers a progressivement changé, des gens très jeunes, venus des quatre coins du monde avec un esprit très fan ont commencé à me suivre. C’est là que mon rapport à la mode a changé et que j’ai commencé à me poser la question de savoir comment mes photos étaient reçues et surtout quels messages je souhaitais faire passer. J’ai conçu cette exposition pour m'exprimer sur ma personnalité mais aussi les sujets, comme la race, la religion, le féminisme, etc., qui m’interpellent. Ce qui m’intéresse avec la religion, même si je ne suis pas croyant, c’est le pouvoir que ça a sur les gens en termes d’influence, de lifestyle, de manière de penser, d’éducation, je suis fasciné par le pouvoir de l’iconographie religieuse, par la manière dont ça dicte à certains leur manière d’agir chaque jour. Et quelque part c’est ce qu’on voit aujourd’hui, à l’heure d’Instagram, où une image a le pouvoir de changer la manière dont une fille va marcher dans la rue ou s’épiler les sourcils. »

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​Courtesy of Hugo Comte
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​Courtesy of Hugo Comte

Interroger le pouvoir des images

L’exposition TESTAMENT et ses quinze photos gigantesques aux couleurs saturées et pop, qui s’autorisent à créer de nouvelles icônes, dieux et figures religieuses, en détournant les références mythologiques, les mélangeant avec la pop culture, ouvre un débat sur notre manière de percevoir l’histoire : « Je ne me considère pas comme un photographe dans le sens où pour moi ce n’est pas le médium qui m’intéresse mais plutôt la vision que peuvent générer les images, ce lien entre l’attitude et l’atmosphère générée, je peux aussi bien l’exprimer par la musique que je fais, même si j’en parle moins, le cinéma ou la sculpture et c’est pour ça que TESTAMENT ne va pas seulement exister sous cette forme, mais voyager, s’installer dans d’autres espaces, toucher d’autres publics et surtout se transformer en utilisant d’autres formats comme la sculpture, la tapisserie ou les objets gonflables. C’est mon âme que je vais explorer et exposer à travers d’autres médiums que la photographie ! » 

TESTAMENT de Hugo Comte jusqu’au 26 février, Galerie Hussenot, 5 bis rue des Haudriettes 75003 Paris.

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​Courtesy of Hugo Comte
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