3 jeunes artistes à découvrir à Art Paris Art Fair

On a sélectionné pour vous trois artistes émergents à découvrir absolument dans cette 24e édition de la foire d’art contemporain parisienne.

par Margaux Brugvin
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07 Avril 2022, 4:25pm

Art Paris Art Fair, c’est l’événement artistique qui annonce le printemps pour les amateurs et amatrices d’art contemporain. La foire accueille 130 galeries du 7 au 10 avril dans le Grand Palais Éphémère, face à la tour Eiffel. Le salon est réputé très inégal, mais il se révèle plein de belles surprises cette année.

Le choix n’était pas facile, de nombreuses galeries ont intégré de nouveaux peintres figuratifs ces derniers mois pour répondre à la tendance forte du moment et cet article aurait pu être entièrement consacré à la jeune peinture française. C’est notamment un plaisir de découvrir Dhewadi Hadjab et Ymane Chabi-Gara chez kamel mennour, Marion Bataillard chez Paris-B, Inès Longevial chez Ketabi ou encore le stand de Praz-Delavallade, entièrement dédié à la jeune création féminine, où Christine Safa, Maud Maris et Pauline Bazignan rivalisent de couleurs profondes et lumineuses.

Il y a cependant trois œuvres qui nous ont particulièrement marquées dans cette édition d’Art Paris, que nous vous livrons en images et quelques clés de lecture.

Shagha Ariannia | Septième Gallery | stand I12

Le duo intrépide à la tête de Septième Gallery offre un solo show à l’iranienne Shagha Ariannia, qui vit et travaille à Los Angeles. Commercialement, c’est un choix risqué pour cette jeune galerie fondée il y a moins de 3 ans que de dédier la totalité de son stand à une seule artiste, d’autant plus qu’Ariannia n’a encore jamais été exposée en France. C’est l’occasion de mesurer le talent de cette peintre à travers une série d'œuvres consacrée à son compagnon. Elle le croque à traits vifs, dans une débauche de couleurs, sensuellement alangui dans un décor de boudoir.

Shaga Ariannia, Here lies Graham, in the purple room, 91x122 cm, acrylique sur toile © Courtesy SEPTIEME Gallery..png

Shagha Ariannia inverse les rôles traditionnels du peintre et du modèle, de l’artiste et de la muse, du sujet désirant et de l’objet désiré. En tant qu’artiste femme iranienne, elle objective avec délice le corps de cet homme blanc. Elle subvertit les codes de l’orientalisme, réinterprétant les poses des odalisques, ces femmes esclaves qui peuplent la peinture du XIXe siècle, offertes aux regards dans un décor de harem fantasmé. 

Elle reprend le motif du rideau, qui dans la peinture classique théâtralise le corps féminin nu en même temps qu’il le positionne dans un contexte intime, censé être protégé des regards. Elle investit cet élément pictural d’un sens nouveau, puisqu’en farsi le mot rideau désigne également l’hymen et la pratique religieuse et sociale de la réclusion féminine.

Une peinture intelligente, malicieuse et jubilatoire, qu’on espère très vite revoir en France !

Jeanne Vicérial | Galerie Templon | stand D12

i-D consacrait déjà un article à Jeanne Vicérial lors du premier confinement. Docteure en arts décoratifs, inventeuse d’un outil de tissage breveté, écologique et décroissant, la jeune femme développait déjà à l’époque une approche du vêtement totalement decorelée des enjeux de l’industrie de la mode.

Deux ans plus tard, on retrouve ses créations exposées à la galerie Templon, qu’elle a intégrée il y a quelques mois. Cet acteur majeur du marché de l’art français lui dédie en ce moment une exposition dans son espace bruxellois. À Art Paris, il présente une impressionnante robe-sculpture de l’artiste.

Jeanne Vicérial, Armor n°7, 2022, textile, fils, coton, tricotissage, travail à la main, dimensions variables. photo Margaux Brugvin.JPG

C’est une présence austère dans cet espace surchargé ; une œuvre qui impose le silence, qui ralentit le rythme effréné de la visite d’une foire. Cette sculpture textile évoque une guerrière spectrale - elle s’appelle d’ailleurs Armor - et toute une mythologie de couturiers et couturières, de Madame Grès à Hussein Chalayan, dont l’œuvre relève du design autant que de l’art. Jeanne Vicérial a définitivement franchi la frontière qui sépare ces deux domaines, et on se réjouit de suivre son futur en tant que plasticienne.

Kubra Khademi | galerie Éric Mouchet | stand B3

Kubra Khademi est une artiste afghane. Elle a dû s’exiler en urgence en France en 2015, après que l’une de ses performances ait tellement choqué l’opinion publique que sa vie était menacée.

Kubra Khademi, Decision of Destination, 2021, gouache © galerie Éric Mouchet sur papier .png

Elle crée de grandes gouaches faussement naïves, à travers lesquelles elle représente le corps des femmes avec une liberté troublante - y compris pour le regard occidental. Ses personnages accouchent, défèquent, combattent avec violence, s’accouplent avec passion, s’embrassent avec tendresse. Il y a deux grands formats splendides à voir sur le stand d’Eric Mouchet (et de plus petits formats en réserve). Kubra Khademi est en résidence à New York pour quelques mois encore, on est impatient de découvrir la suite de ses recherches dès son retour à Paris.

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