Les i-D News Music de la semaine

Lomepal en plein trip rock, la sortie du deuxième album de JeanJass, la house revisitée par Drake et les ambitions vidéoludiques d'Agar Agar : i-D fait le bilan de ce qu'il faut écouter en ce moment.

par Maxime Delcourt
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30 Juin 2022, 4:00pm

Faites-vous à l'idée : Lomepal est bel et bien de retour 

Il faut croire que le Français a décidé de faire sien l'été 2022. En marge de ses concerts donnés au sein de théâtres antiques, Lomepal avait déjà publié « Tee » il y a quelques semaines. Aujourd'hui, c'est « Auburn » qui poursuit le teasing de son troisième album, toujours incarné par cette interprétation qui refuse de choisir entre rap et chant, et ponctué par ces réflexions qui font le charme de son écriture :  « Ce nouveau monde est trop dangereux pour l'humain imparfait que j'suis ». Côté musical, l’énergie est clairement rock, ce qui n’est pas si étonnant de la part d’un homme qui donne des interviews avec une casquette The Strokes sur la tête.

Luther, le nouvel ovni du rap français  

Disiz semble tout ignorer de l’âge et de ses petits arrangements avec le confort. En marge de son dernier album, L’amour, incarné par ce tube au fort potentiel séducteur enregistré aux côtés de Damso (« Rencontre »), le Français a lancé son label, Sublime. Depuis, il y a eu une première révélation : Rounhaa, débarqué de Suisse. Puis, une deuxième, symbolisée par Luther qui, à seulement 18 ans, est déjà un habitué des jolis coups. À commencer par « ALAKAZAM », un single qui a non seulement dépassé le million de streams (pas rien !), mais qui a également posé les bases et l’ambition d’un univers, fait de DMV flow, de punchlines murmurées et de productions hybrides, entre trap et plug music.

Pour cela, Luther est déjà bien entouré : GARÇON, son premier projet, a été pensé aux côtés de LUCASV (Disiz), Paco Del Rosso (Damso), Amnezzia (Freeze Corleone) ou encore Taemintekken (Dinos, Bushi). Pas mal pour un jeune homme qui prétend que sa « détermination est morte hier »,qui dit passer son temps à s'abrutir « devant Rick et Morty » et qui, au fond, avance dans le rap jeu avec pas mal de doutes : « J'sais même pas si l'pe-ra c'est fait pour 'oim ».

Jorja Smith, nouvelle égérie de la campagne Jacquemus x Nike.

Comme si la fusion de Nike et du talent de Simon Porte Jacquemus ne suffisait pas. À cela, il faut à présent ajouter la présence, toujours très charismatique, de Jorja Smith. C'est en effet à la Britannique, proche de Drake et des subcultures anglaises, qu'a été demandé d'incarner cette nouvelle collection élégante, influencée par la culture hip-hop et le streetwear des années 2000. Précisément la période où l’auteure de Lost & Found ne cesse de puiser son inspiration.

Qui est Gordo, l’homme derrière le dernier album de Drake ?

À la manière de Beyoncé avec « Break My Soul », Drake a lui aussi choisi de puiser dans les musiques électroniques pour Honestly, Nevermind, son dernier album. Pour cela, le Canadien a fait comme à son habitude : il a convoqué des dizaines de producteurs, tous censés l'aider à vampiriser tout un courant esthétique. Parmi eux, il y a Carnage, certainement l'un des grands architectes de ce septième album. Par le passé, les fans de Migos (« Bricks ») ou Lil Uzi Vert (« WDYW ») avaient déjà pu tendre une oreille à son style, caractérisé par un mélange de trap et d'EDM. 

Depuis, il a changé de nom (Gordo), d'approche et d'ambition stylistique, ce qui s'entend illico à l'écoute des cinq morceaux produits par ses soins sur Honestly, Nevermind : il y a du Jersey club sur « Sticky », de la UK Garage sur « Massive » ou encore de la techno minimale sur « Calling My Name ». Mais l'influence de Gordo sur Honestly, Nevermind va bien au-delà de sa contribution musicale. On sait que c'est lui qui a présenté à Drake deux autres producteurs présents sur l'album - les Suédois Johannes Klahr et Richard Zastenker. On sait aussi que c'est probablement lui qui a encouragé l'auteur de « One Dance » à adopter ces sons électroniques sur ce disque. « Gordo got me on the wave », confie-t-il sur « Sticky ». De quoi permettre au beatmaker de changer de dimension ces prochains mois.

Dans les coulisses de « Trouble », le dernier clip d’Agar Agar

C’est l’histoire d’un clip réalisé via un moteur de jeux vidéo, Unity. Mélanie Courtinat et Jonathan Coryn, les réalisateurs, ont d’abord défini le paysage, peint l’herbe et les fleurs, creusé le sol pour faire des cours d’eau, avant d’ajouter le personnage. « C’est un peu comme filmer une maquette virtuelle », dit Mélanie Courtinat. Et d’ajouter : « J’ai écrit le clip en me basant sur le jeu que Jonathan développe, Player Non Player, qui va accompagner le prochain album d’Agar Agar. On construit comme ça, comme un univers étendu, transmédia, où l’on retrouve plein de références à des éléments de jeux dans le clip. Par exemple, la tour qui apparaît à l’horizon à la fin est un élément central dans Player Non Player, et on entend à ce moment-là un dialogue que le joueur pourra débloquer s'il interagit avec l’un des personnages de la bonne façon. »

 Laissés libres par Armand Bultheel et Clara Cappagli, le duo à la tête d’Agar Agar, Mélanie et Jonathan jouissent alors d’une fenêtre d’expression artistique qui leur permet de définir une véritable esthétique. Pour cela, les deux comparses s’enferment plusieurs semaines dans une maison, pensent chaque détail (exceptions faites du montage et de l’étalonnage) et s’inspirent de références incontournables : les paysages de Fumito Ueda, des jeux tels que Zelda : Breath Of The Wild, Death Stranding ou Final Fantasy (ce qui paraît évident à observer le look du personnage dans le clip), et même au Seigneur des anneaux, dont un plan est ici repris à l’identique. 

Avec, en sous-texte, cette thématique du deuil et de ses différentes étapes. « Ce qui en découle, c’est cette notion de pulsion de mort qu’on ne peut pas maîtriser, mêlée à cette envie (non-religieuse) de ne faire qu’un avec un univers qui nous dépasse, précise Jonathan Coryn, avant de conclure. C’est aussi une réflexion autour d’un mécanisme classique de gameplay dans le jeu vidéo : celui du respawn, la possibilité de réapparaître après un game over, généralement engendré par la mort de son personnage. Ça crée un cycle où la mort n’est pas une finalité dans le jeu vidéo, mais un passage. »

Passion vinyle : System Vol.2, la bande-son de la collection printemps-été 2022 de Sunnei 

Lors de son dernier défilé printemps-été, Sunnei avait fait sensation avec ce mélange de minimalisme et d'esthétique futuriste, symbolisée par les lunettes de soleil Prototipo 3. Aujourd'hui, ces lunettes se retrouvent sur la pochette du troisième vinyle de la marque milanaise : une compilation éditée en édition limitée, regroupant la bande-son du dernier défilé, ainsi que trois inédits. Ce qu'on y entend ? Un mix parfait de musiques électroniques qui oscillent en permanence entre épure, boucles envoûtantes et textures cinématographiques.

À Hyères, le Midi Festival présente l’avenir de la musique indie

Derrière quelques noms bien connus des lecteurs de Magic ou Les Inrocks (Jacques, Fishbach, Alex Cameron), le Midi Festival, c'est surtout la garantie de découvrir sur scène de jeunes artistes prometteurs, encore injustement tenus à l'écart du grand public. Cette année, on mise beaucoup sur le R&B métissé d’Alewya, la soul de Wesley Joseph, le post-punk désabusé de Gwendoline ou encore la pop électronique de Sad Night Dynamite, duo aperçu en très grande forme au Primavera Sound Festival début juin. Cette année encore, on mise également sur la présence du soleil, ne serait-ce que pour habiller de la plus belle des manières les lieux de cette 17ème édition, à commencer par le site archéologique d'Olbia, situé face aux plages de l'Almanarre. C’est superbe, c’est intimiste et ça se déroule du 22 au 24 juillet, à Hyères.

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Faire de la danse un appel à la paix aux côtés de Sabrina Bellaouel 

Proche de Jazzy Bazz, Bonnie Banane ou encore Lonely Band et The Hop, Sabrina Bellaouel a opté depuis 2020 pour une autre voie musicale, plus électronique, davantage connectée à ses origines maghrébines. Ainsi de son clip, « WDNTBE (We Don't Need To Be Enemies) », où la Parisienne se déhanche sur un beat puissant, qui dicte la cadence et offre un merveilleux écrin à ces sonorités orientales et à cette voix envoûtante. Son label, InFiné, parle d’une « sensation d’hypnose » : on pourrait tout aussi bien parler d’émerveillement.

SCH x Le Syndicat

D’un côté, le Syndicat, regroupement de barmen habitués aux honneurs, aux cocktails originaux et aux projets transversaux. De l’autre, SCH, l’un des rappeurs les plus plébiscités de la scène française, au point de faire partie du jury de Nouvelle école et d’avoir été récompensé du prix de « L’album le plus streamé » pour un artiste masculin lors des 37ème Victoires de la musique. Ensemble, le Syndicat et SCH ont lancé féfé x 19, une boisson nommée ainsi en référence au surnom du Marseillais, « le S », soit la 19ème lettre de l’alphabet. Ce qui en résulte ? Un cocktail en cannette « frais, léger, pétillant et très peu sucré », à base de cognac de notes de roses et de Galanga. La boisson de l'été ?

3 raisons pour lesquelles il faut écouter Doudoune en été, le nouvel album solo de JeanJass

  • Parce que ce disque, le deuxième sans Caballero, est tellement bien pensé qu'il est accompagné d'un court-métrage, entre moments intimes, passages touchants et déclarations d'amour au boom-bap. 
  • Parce qu'on y trouve des références à Roberto Baggio, Joey Tribbiani et Truman Show, ce qui résume assez bien les passions de toute une génération ayant grandi dans les années 2000.
  • Parce que le double J fait toujours partie de ces rappeurs capables de résumer leur style en une punchline, efficace et visuelle : «  Je parle en image tu vois des mots ».

Rejouer les classiques du cinéma avec Doums

Jamais parti, toujours de retour : Doum's n'est certainement le rappeur le plus populaire du collectif L'Entourage (laissons ça à Nekfeu !), ni le plus talentueux (un statut réservé à Alpha Wann) ou le plus productif, mais il est indéniablement un rappeur qui sait capter l'attention à chacune de ses sorties. Un an après l'EP Pilot3, son nouveau single (« Movie ») est bel et bien pensé pour marquer les esprits. À l’image de ce clip où le Parisien  rejoue des scènes de films mythiques : 12 hommes en colère, Apocalypse Now, Old Boy, Scarface, Blues Brothers, Shining, etc. En prime, Doums a pensé à un petit cadeau pour les nostalgiques de L’Entourage : la présence du fidèle Nekfeu dans la vidéo.

Coin lecture : Chill, à l'écoute de la détente, de l'évasion et de la mélancolie

Se poser devant Spotify, c'est se rendre compte que les playlists-maison flanquées du mot « Chill » ou « Feeling good » sont suivies par des millions d'auditeurs. Peut-être ces derniers sont-ils tous à la recherche de détente, d'évasion ou de mélancolie. Peut-être sont-ils également réceptifs à l'un des derniers phénomènes musicaux, paradoxalement impossible à totalement circonscrire tant il est associé à une myriade de styles (le lo-fi hip-hop, l'easy-listening, l'ambient, le cloud rap, la vaporwave, etc.). C’est dire si le projet de cet ouvrage collectif, publié par Audimat Editions, est aussi vaste qu’essentiel : cartographier ces différents genres musicaux, montrer leur rôle dans la notion de plaisir, de relaxation et d'apaisement, logiquement prédominante au sein d'une époque rongée par la crise et les troubles politiques.

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