les skateurs de l'ex-urss s'emparent de la géorgie

Le documentaire "When Earth Seems to Be Light" suit une bande de skateurs géorgiens sur les ruines de l'Union Soviétique.

par Anastasiia Fedorova
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07 Mars 2016, 8:24am

Rares sont les contre-cultures à s'être universalisées comme le skate. Malgré l'altitude, le régime politique ou le temps - les skateurs, leur planche et leur esprit rebelle s'imposent un peu partout sur le globe. Le nouveau documentaire, When Earth Seems to Be Light sublime la scène skate émergente géorgienne. Co-réalisé par Salome Machaidze, Tamuna Karumidze et David Meskhi, il suit les frasques d'un gang de jeunes skateurs dans les rues de Tbilisi, en ex-URSS. Le soleil tape aussi fort qu'en Californie mais la situation politique est nettement moins prospère et le gouvernement très conservateur. 

Le film a déjà remporté le prix du meilleur premier documentaire au festival IDFA d'Amsterdam et fera le tour des festivals d'Europe à Sofia, Bruxelles, Stockholm et Istanbul. Inutile de vous dire que le skate n'a jamais été aussi décloisonné ou politique. 

Comment vous est venue l'idée de filmer les skateurs en Géorgie ?
Salome : Pour commencer, on les a rencontrés par le biais de David, qui les photographiait. Ça faisait déjà plusieurs années qu'il s'intéressait à eux. Il nous a montré les photos qu'il avait faites dans un hippodrome désaffecté de Géorgie. On a punaisé tous ces clichés sur le mur. Et là, on s'est dit qu'il fallait en faire un film. 

Comment c'était de collaborer avec un gang de skateurs ?
Salome :  Quand je suis arrivée en Géorgie pour les convaincre de participer au projet, ils étaient à mille lieux de l'idée que je m'en étais faite. Je pensais qu'ils auraient un vrai côté punk, quand j'avais leur âge les skateurs avaient une attitude désinvolte et révolutionnaire. Mais leur génération est différente. Elle est plus ouverte, mature, clairvoyante. 

David : Dans le documentaire, on s'aperçoit qu'ils se soutiennent et s'épaulent. C'est cet esprit communautaire qu'on a tenté de filmer tout au long du tournage. 

Leur avez-vous donné des directives ? Ou avez-vous seulement observé leurs faits et gestes ? 
Tamuna : On se rendait là où ils étaient et on restait là, à les observer. On ne leur a rien demandé, sinon de faire comme si nous n'existions pas. 

Lucas Ionesco fait plusieurs apparitions dans votre documentaire. Comment s'est-il retrouvé à trainer avec vous, en Géorgie ?
Tamuna : On le connaissait avant de tourner le film, c'est un garçon hyper intéressant. On voulait qu'il participe au projet mais pendant qu'on tournait, il finissait encore son tournage avec Larry Clark pour The Smell of Us. Et un jour, sans qu'on sache vraiment pourquoi, il est parti et nous a rejoint. C'était un peu son échappatoire. Comme dans le film : il apparaît et skate avec les géorgiens, tout s'est fait de façon très naturelle pour eux et lui. 

Les liens que tissent les skateurs géorgiens et Lukas sont assez forts. Lukas parle de son sentiment de liberté quand il skate. Et j'entends souvent les occidentaux parler de ce sentiment de liberté qu'ils ressentent lorsqu'ils sont en ex-URSS...
Tamuna: C'est un sujet compliqué à aborder parce que tous les kids d'ici pensent que la vraie liberté se trouve justement de l'autre côté, à Paris, en Europe. Tout le monde veut partir pour Paris. Et Lukas disait qu'il était venu là-bas car c'était mieux qu'à Paris. Parce que tout le monde est libre. 

Salome: Pour lui, c'était un sentiment nouveau un peu étrange. Parce que la Géorgie est un pays très corrompu. Pour lui, c'est le manque de structures qui lui inspire la liberté. 

Tamuna: L'absence de structure donne un plus grand espace à la liberté. Du moins, en surface.

David: Mais il ne faut pas oublier que le quotidien des géorgiens est différent de celui d'un voyageur. 

Les skateurs sont partout aujourd'hui. Quelle est la particularité de la scène skate géorgienne ?
Salome: La culture skate reste underground. Comme lorsqu'il est apparu dans les années 1960 aux États-Unis. 
Tamuna: En Occident, tous les gamins ou presque peuvent avoir un skate. C'est un truc de masse, devenu mainstream. En Géorgie, c'est encore une vraie contre-culture minoritaire. Ils sont une vingtaine. 

Vous pensez que votre documentaire peut inciter des jeunes à se tourner vers le skate en Géorgie ? Que la scène va se développer ? 
David : Tous les skateurs de Tbilisi sont dans le film. Mais on espère que ce film poussera les jeunes à s'imposer dans le paysage géorgien. 
Salome : Après le tournage, il m'a semblé que les skateurs s'étaient endurcis, qu'ils étaient encore plus indépendants et fiers de faire partie d'une même contre-culture. Avec ce film, ils ont compris que le skate n'était pas juste une histoire de cheveux longs, qu'ils avaient leur mot à dire, leur message à transmettre, qu'ils pouvaient influencer d'autres kids à monter sur les planches. Il faut que la Géorgie sache que sa jeunesse se bouge. 

Credits


Texte : Anastasiia Fedorova 
Photographie : courtesy David Meskhi

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