hermès, alexander mcqueen et sonia rykiel questionnent la notion de saison

Lundi à Paris, d'Hermès à Alexander McQueen, les défilés ont fini d'entériner les tendances de la saison printemps/été 2017.

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05 octobre 2016, 10:30am

Pendant ces mois de la mode, on finit souvent par évoquer la bulle dans laquelle on s'isole, de ville en ville, de défilé en défilé, de présentation en présentation et d'événements en événement. Le sommeil est rare, le temps l'est encore plus, et si l'on ne s'impose pas de rester connecté à la réalité, on se perd assez vite. Une minute, au milieu du défilé Sacai de lundi, tu apprends que Kim Kardashian s'est fait braquer dans Paris - celle d'après, tu te mates une parodie du Saturday Night Live du débat Clinton/Trump. Puis tu te sens chic à Hermès, quelques minutes avant de te voir offrir des shots pendant à la présentation high-tech de Delfina Delettrez. Prochain arrêt : une ambiance totalement différente avec le défilé commémoratif pour Sonia Rykiel, décédée en août. Il y a des canons à confettis. Puis on vire sur Alexander McQueen, où les sujets de discussions d'avant défilé sont les anges, les voyants milanais et le shopping parisien ; puis Sarah Burton nous transporte - au moins mentalement - aux îles de Shetland. Et soudain, tu te retrouves au défilé Emporio Armani, à te demander si tu es à Paris ou Milan. 

Hermès printemps/été 2017

Comment ne pas perdre le sens de tout ça ? Lundi, à Paris - une journée qui ressemblait à celle décrite au-dessus - on a commencé à reconnaître des échos et le fil rouge de la saison. Ces robes légères, presque sport d'Hermès, on en a vu des versions à New York (Victoria Beckham), Londres (J.W.Anderson), Milan (Gucci) et évidemment Paris (Loewe, Céline, Valentino). On dit qu'il n'y a qu'à compter jusqu'à trois pour fonder une tendance. Comptez le nombre de robes qui correspondent à cette description sur les podiums printemps/été 2017, et vous tenez la tendance de la saison. Chez Alexander McQueen lundi, Sarah Burton a cimenté encore un peu plus la folie des manches que l'on a vue partout cette saison. Lister les designers qui s'y sont prêtés n'aurait que peu d'intérêt, mais soyez-en assuré : c'est l'année de la manche. 

Alexander McQueen printemps/été 2017

Burton, de retour d'un congé maternité, s'est inspiré d'un récent voyage aux îles de Shetland et est revenue établir une référence régulière dans les défilés cette saison : celle du naufrage. D'où ces pièces qui semblaient parfois avoir coulé avec un bateau (dans le meilleur et le plus beau des sens possibles). À Londres, on a constaté l'obsession d'Erdem pour la découverte, l'an dernier dans l'épave d'un bateau, d'une robe qui appartenait à Jean Ker, comtesse de Roxburghe, qui accompagnait la fille de Charles Ier dans son voyage pour la Hollande en 1642 pour rejoindre son nouveau mari William II. Et ce vendredi à Paris, Jonathan Anderson présentait un patchwork de robes aux allures de voiles de bateaux, de tuniques à la master-and-commander pour Loewe, avec en fond une vidéo de deux hommes traînant des tonneaux sur le sable, avant de les voir avalés par les vagues, être obligés de nager pour les rattraper, encore et encore. Alors d'accord, cette tendance du « naufrage » est un peu tirée par les cheveux. Mais dans la bulle de la mode, elle fait sens. 

Sonia Rykiel printemps/été 207

Lundi après-midi, le défilé Sonia Rykiel s'autorisait une entrée en matière épique, avec une ligne de filles portant toutes des pulls sur lesquels était écrit « Rykiel Forever », rendant hommage à la légende, décédée. Il fallait bien prendre conscience de l'aspect poignant de ce moment isolé - de ce qu'il représentait pour cette maison, pour les amis et fans de Rykiel et pour tous qui aidèrent à mettre sur pied ce défilé. Alors que la saison arrive à son terme ici à Paris, on se retourne sur tous ces moments d'une dizaine de minutes, qui pour certains étaient satisfaisants, et pour beaucoup décevants. Et on garde en tête toute la réflexion et tout le travail qui ont été mobilisés pour chacun d'entre eux, même les plus décevants. Quand on reviendra à la réalité, viendra le choc, la fin d'un rêve bien loin du réel. Et on verra bien la tendance de la manche se matérialisera dans les rues. 

Credits


Texte Anders Christian Madsen