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comment le studio hansa de berlin a défini le son de toute une génération

David Bowie, Iggy Pop et Depeche Mode ont enregistré au Hansa Studio. Grâce à un nouveau documentaire, on sait désormais pourquoi.

par Juule Kay
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02 Février 2018, 10:53am

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Devinette : quel est le point commun entre les albums cultes de David Bowie Low et Heroes, « Lust for Life » d’Iggy Pop et « People are People » de Depeche Mode ? Tous ont été enregistrés au studio Hansa, monument d’histoire berlinois. Un nouveau documentaire, Hansa Studios : By the Wall 1976-90 explore l’histoire de cet endroit où la magie opérait manifestement un peu plus fort qu’ailleurs.

« C’est la combinaison d’un endroit, des gens et d'une ville, » affirme Mike Christie, le réalisateur britannique à l'origine du docu, quand on lui demande d’où vient le magnétisme du studio Hansa. Mike est un familier de l’industrie musicale, il y a fait ses armes dans les années 1990, en bossant en tant que promoteur pour des groupes comme les Pet Shop Boys ou Suede. Avec Hansa Studios : By the Wall 1976-90, le cinéaste basé à Londres est parvenu à créer un film authentique et honnête qui parlera aux fans de la première heure et aux rescapés de l’époque mais aussi aux jeunes générations qui ignorent tout de cette histoire. On a appelé Mike pour comprendre ce qui l’avait poussé à documenter l’histoire de ce lieu mythique.

Des artistes comme David Bowie, Iggy Pop et Depeche Mode sont allés enregistrer des albums et des morceaux majeurs au studio Hansa. Qu’est-ce qui les attiraient là-bas ?
Martin Gore de Depeche Mode le dit : « On avait entendu parler d’Hansa grâce à David Bowie. » Il y a eu un effet boule de neige. Les groupes y allaient parce que leurs groupes préférés y étaient allés. Je crois que David Bowie est tombé là-bas par accident. Mais parce qu’il y a mis les pieds, un nombre incroyable de personnes sont allées à Berlin. À l’époque, Berlin était une ville unique. On avait là un studio génial, dans une ville exceptionnelle avec un grand nombre de producteurs ultra-talentueux. C’était un endroit très attractif pour les visiteurs, où la création était totalement libre.

Hansa Studios By the Wall 1976-90 est votre premier documentaire musical. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans cette histoire ?
Il y a énormément de réalisateurs et de gens en général, qui se sont attardés sur la période berlinoise de Bowie. Il y a plein de livres à ce propos. On s’est penché sur le sujet, et on s’est demandé pourquoi personne n’avait raconté l’histoire du studio Hansa. On a commencé à creuser de ce côté-là. C’est très important de reconnaître le rôle de la musique allemande dans l’histoire du studio, et pas seulement celui de Bowie. C’est l’industrie musicale allemande et la famille Meisel qui ont créé Hansa, pas Bowie ou Depeche Mode. C’est une partie de l’histoire trop méconnue.

Dans le documentaire, on découvre le secret de certains morceaux légendaires. Vous avez appris beaucoup de choses en faisant le film ?
J’ai appris beaucoup de choses, même si je connaissais déjà bien cette histoire. Ce que j’ai appris de plus important, je pense, c’est pourquoi il s’est passé tout ça à cet endroit : c’était l'équation créée par un endroit, par des gens et par une ville. Mais c’est une véritable chance que toutes ces choses se soient passées dans un seul et même lieu.

Comment voyez-vous la scène berlinoise de l’époque, comparée à celle d'aujourd’hui ?
Ce qui est intéressant, c’est de parler des locaux. C’est étonnant de les entendre dire à quel point la scène était petite à l’époque. Tout le monde se connaissait et tout le monde jouait dans quatre ou cinq groupes de musique différents. C’était très expérimental, il fallait remettre en question sa musique tous les jours, et c’était quelque chose de très positif. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus international. Mais Berlin possède encore une énergie qui a disparu de beaucoup d’endroits du monde. Le monde est de plus en plus générique et Berlin a réussi à résister à ça, ce qui n’est pas une mince affaire face compte tenu du capitalisme régnant.

Le film mélange interviews exclusives et images d’archives. C’était important pour vous de mélanger le passé et le présent ?
Quand on fait un film sur un lieu particulier, il faut essayer de transmettre l’endroit, l’espace, dans toute sa matérialité. Idéalement, à la fin du film, le spectateur devrait avoir l’impression d’être vraiment allé sur place. Il devrait avoir le sentiment de s'être fait transporter physiquement dans l’endroit dont il est question. Le film doit communiquer ce sentiment-là. Le studio Hansa existe encore, ce n’est pas qu’un souvenir. C’est une réalité, et toute la dernière partie du film est actuelle. On a pensé le film comme une machine à voyager dans le temps, et j’espère que le fait de mélanger toutes ces images réussit à donner cette impression.

Qu’est-ce qui a changé pour le studio après la chute du mur de Berlin ?
Il a perdu de son pouvoir d’attraction. Des artistes allemands très importants continuaient à utiliser le studio, mais il est clair que c’est d'abord les visiteurs et les touristes qui se sont mis à définir la ville. Le lieu était beaucoup plus inspirant avant, parce qu’il était très différent du reste du monde. Quand le mur est tombé, tout est devenu une question de timing et d’adaptations aux changements technologiques. Le passage de l’enregistrement analogue à un environnement complètement numérique.

Si vous pouviez décrire Hansa Studios avec une chanson, ce serait laquelle ?
« People Are People », de Depeche Mode. Ce qui me frappe, c’est que David Bowie a dû quitter l’Amérique et aller à Berlin pour se trouver. Il a été obligé de fuir l’Amérique et sa musique. Et Depeche Mode a fait quasiment l’inverse : ils sont allés à Berlin, ont trouvé un son fortement inspiré par Berlin, l’ont ramené en Amérique et sont devenus le groupe à la renommée mondiale que l’on connaît depuis. Je ne peux que choisir « People Are People », parce que le morceau est très, très influencé par Berlin, et qu'il a mobilisé toutes les ressources du studio Hansa. Ils ont utilisé trois studios, ils ont même enregistré dans les escaliers pour en arriver à ce son si distinct.

Cet article a été initialement publié sur i-D UK.

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