OutKast aux Source Awards 1995

ne manquez pas « lost in traplanta », la nouvelle mini-série rap d’arte

Partir à Atlanta pour mettre la main sur le duo mythique OutKast, se retrouver à prendre le pouls d’une ville qui fait office d’épicentre de la musique mondiale actuelle... Avec « Lost in Traplanta », Arte allie humour et culture rap.

par Brice Miclet
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24 Octobre 2019, 9:05am

OutKast aux Source Awards 1995

Il existe bien des moments forts dans l’histoire du rap américain. L’un d’eux se situe en 1995, plus exactement lors de la cérémonie annuelle des Source Awards. À l’époque, New York et Los Angeles se battent littéralement pour le trône du genre, et placent un nombre incalculable d’artistes dans les nommés. Autant dire que venir d’un autre endroit que de la East ou la West Coast n’est clairement pas gage de réussite. Pourtant, dans la catégorie Meilleur nouveau groupe de rap, ce sont les deux énergumènes d’OutKast, Big Boi et Andre Benjamin, qui montent sur scène récupérer leur prix, sous les huées. Ils sont d’Atlanta - ATL pour les intimes - et ça ne plaît pas à tout le monde. « Le Sud a quelque chose à dire ! », lance André 3000. Une phrase qui résonne encore dans l’histoire du rap US, et qui sert, d’une certaine manière, de point de départ à Lost in Traplanta, nouvelle mini-série savoureuse mise en ligne sur le site d'Arte.

Cette anecdote bien connue est racontée dans la série par Bone Crusher, l’une des figures majeures du crunk local ayant cartonné dans les années 2000. Il est posé sur un banc dans l’est d’Atlanta, berceau de la bande-son mondiale actuelle. Un certain Kody Kim l’aborde et le pousse à causer. L’humoriste belge est en fait le protagoniste de Lost in Traplanta, incarnant Larry, un gars un peu loser, qui pour récupérer sa copine s’est mis en tête de retrouver OutKast, stars planétaires du rap, groupe culte actuellement séparé, et sorte de licorne d’Atlanta. Les boss, les gamechangers intouchables et inatteignables. Autant dire que malgré l’aide divine de Rap God (incarné par le grand Masta Ace), la chasse aux hommes risque d’être complexe pour Larry.

Au détour de sa recherche, le bonhomme arpente la ville, et comprend très vite que les choses ont bien changé depuis l’époque d’OutKast. Tout le monde les connaît, tout le monde les respecte, mais tout le monde semble être passé à autre chose. Aujourd’hui, c’est la trap qui rythme la ville et le monde. Alors Larry découvre les rappeurs locaux, les producteurs, les grands lieux qui ont fait l’histoire de la musique de cette cité en forme de carrefour international, et la fierté d’être désormais un épicentre culturel. Bien sûr, l’acteur est faussement désarçonné, sachant pertinemment où il met les pieds. Mais cet équilibre entre fiction et documentaire (à la fois primée comme fiction au festival de La Rochelle et comme non-fiction à Berlin), comédie rap pointue, ne rend Lost in Traplanta que plus captivant encore.

Réalisée par Matthieu Rochet, la web-série connaît déjà un succès certain. En fait, OutKast n’est qu’un prétexte pour montrer autre chose. Larry se retrouve dans un club de strip-tease d’Atlanta où, paraît-il, beaucoup de stars du genre ont leurs habitudes, et donc OutKast, à discuter avec les danseuses. C’est dans ces antres, apprend-on, que les rappeurs doivent faire leurs preuves en payant le Dj pour qu’il passe leurs morceaux. L’une d’elles raconte : « Ils payent les filles qui dansent quand leur son passe. S’ils ne font pas ça, les gens parlent mal d’eux et ne veulent plus de leur musique. Si tu ne passes pas le stade du strip-club, tu n’atteindras ni la rue, ni les radios, ni rien du tout. »

Parfois, Larry se rapproche du but, rencontre le père d’André 3000, pasteur dans une église de la ville et qui évoque l’importance de la musique en général dans la communauté locale, ou encore la mère de Wacka Flocka, qui a permis à de nombreux artistes trap d’émerger. Il parvient à parler à des membres fondateurs de la Dungeon Family, crew mythique d’Atlanta qui a hébergé des artistes aussi divers qu’Organized Noize, Goodie Mob, Future… et Outkast. Mais là encore, retour à la case départ dans les rues de la ville, à cerner l’atmosphère actuelle et le poids de l’histoire, à parler de l’influence des fanfares dans le Sud des États-Unis, de la ségrégation, de proximités rythmiques entre trap et musiques jamaicaines… Retrouvera-t-il les deux auteurs de ATLiens, Stankonia ou Speakerboxxx/The Love Below ? On ne vous spoile rien.

Ça n’est pas la première fois que le format documentaire « à la recherche de » fait ses preuves, dans des registres différents. Searching For Sugar Man (2012), qui tentait de retrouver le héros folk oublié Sixto Rodriguez, a posé des bases grâce à son succès mondial. Un prétexte pour parler de l’Apartheid, de la manière dont une partie de la population blanche sud-africaine a grandement pesé dans les luttes pour les droits civiques dans le pays. Mais aussi Lookin4Galt, web-documentaire produit et réalisé par le duo Gasface, deux Français qui partaient à New York afin de mettre la main sur le compositeur-arrangeur jazz et pop Galt MacDermort, idole de bien des producteurs de hip-hop américains qui ne se sont pas privés de le sampler allègrement. À chaque fois, et à leur manière, cela fonctionne. Lost in Traplanta y amène cet aspect humoristique, cette touche qui sort la web-série de son seul côté pointu, de son aspect très référencé. La réussite est totale.

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