internet est un danger public, et c’est son créateur qui le dit

Cette semaine, le web fête ses 30 ans.

par Roisin Lanigan
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13 Mars 2019, 12:50pm

Image tirée du film Total Recall de Paul Verhoeven

Cette semaine, nous fêtons un anniversaire pas comme les autres. Meilleurs vœux à internet, qui passe le cap redouté de la trentaine. Dur de croire que l’invention qui, il y encore quelques décennies, n’était qu’une technologie incomprise - monopole de ringards échangeant sur des forums leurs meilleurs tips pour jouer à DOOM - est désormais utilisée par l’humanité tout entière. Ok, techniquement, seulement par la moitié de l’humanité - mais même par votre grand-mère, qui adore poster des blagues de Minions sur Facebook.

En seulement 30 petites années, internet a réussi à façonner des aspects de notre quotidien qui sont devenus tellement ordinaires que nous les prenons pour acquis. Vous vous rendez compte que votre mère a vécu sans FaceTune ? Qu’il fut un temps où les désaccords ne se réglaient pas à coup d'arrogantes recherches Google ? La génération de nos parents n’avait que de furtifs souvenirs de ses soirées de débauche, pas des stories Instagram de 300 slides qu’ils regrettent d’avoir posté dès le lendemain matin. Ils vivaient dans un monde sans mèmes. Bonjour l’ennui.

Mais en dépit de tous les bienfaits dont internet nous a gratifiés ces 30 dernières années, son créateur doute du fait que son existence soit si bénéfique que ça. En fait, Tim Berners-Lee, l’inventeur du World Wide Web, a de plus en plus de mal à approuver qu’il voit en ligne. Et franchement, à l’ère du piratage, du harcèlement, des discours de haine et des fake news, on peut le comprendre.

À la veille de cet anniversaire un peu particulier, Berners-Lee a affirmé que « l’adolescence digitale » de son invention était, en un mot, compliquée. « C'est un moment de célébration, mais nous sommes également très préoccupés, a-t-il confié. Regardez ce qui se passe pour 50% des personnes qui sont sur le web : c'est pas franchement réjouissant. Tout d’un coup, les gens prennent du recul, horrifiés par l’élection de Trump et par le Brexit. Ils se rendent compte que cet internet qu’ils trouvaient si cool n’a peut-être pas fait tant de bien que ça à l’humanité. »

L’ingénieur en informatique a néanmoins saisi l’occasion pour revenir sur les origines modestes d’internet : il est né d’une idée pour effectuer les transferts électroniques « http » en mars 1989. Le premier moteur de recherche tel que nous le connaissons est apparu au début de l’année 1990. Depuis, le système de transfert a connecté des millions de personnes à travers le monde, et fourni des ressources qu’il aurait été impossible d’imaginer. Désormais, Berners-Lee insiste sur la nécessité de voir dans le web une plateforme pour le « bien commun » dans le futur. « C’est notre évolution de l’adolescence digitale vers un futur plus mature, plus responsable, et plus inclusif », croit-il.

Dans une lettre ouverte sobrement signée Sir Tim, Berners-Lee a également affirmé que l'un des seuls moyens de lutter contre les dérives d'internet était de mettre en place un code semblable à celui qui régit notre vie quotidienne. Pour parvenir à enrayer son potentiel de plus en plus nuisible, il faudrait s'attaquer à l'origine du mal et ne pas se contenter d'en traiter les symptômes (en gros, travailler main dans la main avec les géants de la toile plutôt que punir les usagers). Engageant les gouvernements et les citoyens à prendre leurs responsabilités, la conclusion de Berners-Lee se veut optimiste : « Le web appartient à tout le monde et nous détenons, collectivement, le pouvoir de le changer. Ce ne sera pas facile. Mais si nous rêvons un peu et que travaillons beaucoup, nous avons les moyens d'obtenir le web que nous voulons. »

Cet article a été initialement publié sur i-D UK.

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