et si le « le 10 year challenge » n’était qu’un (autre) moyen de nous surveiller ?

Une bonne excuse pour ne pas partager l'horrible photo témoignant de vos douloureuses années lycée.

par Roisin Lanigan
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22 Janvier 2019, 3:53pm

Sky News

Jamais le Throwback Thursday (tradition de l’ère digitale qui veut qu’on poste d’anciennes photos de nous le jeudi) n’aura fait fureur à ce point. Non content d’empiéter sur les six autres jours de la semaine, il envahit désormais les fils d’actualité Instagram et Facebook, jusqu'à Twitter – temple traditionnellement réservé aux posts fustigeant les retards du RER A. Submergé par des souvenirs de 2009, le monde virtuel est bondé de photos d'internautes posant avec leur grand-mère (RIP à celles qui nous ont quitté depuis). Difficile d’échapper au « ten year challenge », dont se dégage une lourde tendance : comparer la version de soi-même de 2009 avec celle de 2019, pour se féliciter d'avoir échappé à l'âge ingrat et aux ravages de l'acné.

Comme souvent avec les phénomènes qui rencontrent un tel succès, il n’aura fallu que peu de temps pour que ce rappel au passé ne fasse l’objet de théories du complot en ligne. Des suspicions alimentées par un tweet de Kate O’Neil, journaliste spécialisée en technologie s’interrogeant sur la façon dont les données – volontairement exhumées pour les servir sur un plateau d’argent aux géants du big data – seraient utilisées. L'intérêt ? Entraîner les algorithmes de reconnaissance faciale.

Bien entendu, son tweet est immédiatement devenu viral.

Soudain, tout le monde, du Guardian au New York Times, s’est intéressé à cette inquiétante théorie, que Kate a ensuite développée pour Wired. Dans un article, elle explique que nous sommes en train de fournir volontairement à Facebook toutes les informations manquantes concernant notre passé – les écoles que nous avons fréquentées, les villes où nous avons vécu – et dans certains cas, de nouvelles photos, les clichés scannés de nous en maternelle ou ces photos de famille qui n’étaient pas en ligne… jusqu’à présent. « Grâce à ce mème, il existe maintenant une très large base de données de photos soigneusement choisies, datant d'il y a 10 ans et de photos d'aujourd'hui. »

La réponse de Facebook ne s'est pas faite attendre, niant catégoriquement les insinuations. Dans une déclaration postée sur Twitter (LOL) l’entreprise affirme que le « 10 year challenge » n’est qu’une blague inoffensive. « Le "10 year challenge" est un même généré de manière spontanée par les utilisateurs, sans notre intervention, prétend la firme californienne. C'est la preuve que les gens s’amusent sur Facebook, rien de plus. »

Et voilà, on a le fin mot de l’histoire. Sauf que… le démenti de Facebook n’a fait qu’alimenter théories du complot en tous genres et soupçons des internautes. La nature-même des démentis a-t-elle immédiatement rendu les gens soupçonneux ? Ou est-ce parce que nous sommes habitués à voir les cadres de Facebook se justifier devant des commissions sénatoriales ? Nous ne saurons probablement jamais vraiment si le premier mème officiel de 2019 n’était qu'un challenge inoffensif à l'initiative des utilisateurs, ou un nouveau moyen pour Mark Zuckerberg de suivre chacun d’entre nous à la trace. En tous cas, si vous cherchiez une excuse pour ne pas avoir à afficher vos erreurs de goût passées, voici l’excuse toute trouvée.

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