Clay Geerdes: Cockettes Go Shopping, 1972; digital print; 42 x 28 in.; courtesy David Miller, from the estate of Clay Geerdes.

dans le monde exalté de la culture hippie radicale

L'exposition ‘Hippie Modernism: The Struggle for Utopia,’ ouvre ses portes en Californie. L'occasion de célébrer l'avant-garde et l'héritage d'une des contre-cultures les plus pacifistes qui soient.

par Emily Manning
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10 Février 2017, 10:15am

Clay Geerdes: Cockettes Go Shopping, 1972; digital print; 42 x 28 in.; courtesy David Miller, from the estate of Clay Geerdes.

« Dans les années 1970 et plus précisément, l'année 66, on pensait vraiment qu'on entrait dans un nouveau millénaire », c'est ce que Roger Steffens, icône californienne qu'on surnommait aussi « le Forrest Gump du LSD » m'affirmait l'année dernière. « Le monde allait changer à tout jamais. Il serait fait d'amour, de partage et de création. Le pire, c'est qu'on croyait vraiment à cette merde. » À l'époque, on avait retracé l'interminable trip qu'il avait fait des années 1960 à 70 - trip ponctué par 26 mois au Vietnam, où il a été sommé de rejoindre l'armée dans la section psychologique. Une fois rentré sur le continent américain, Steffens s'est attelé à documenter l'une des plus grandes métamorphoses que la société outre-Atlantique ait connue. C'est en Californie qu'il a commencé à photographier les grands rassemblements hippies de Mendocino, les manifestations de Berkeley et les cieux azur de Big sur. Tout récemment, les photos de Steffens ont fait l'objet d'une rétrospective et de la publication d'un ouvrage, tous deux orchestrés par son collectif artistique The Family Acid (évidemment). C'était pour lui l'occasion rêvée de rendre ses lettres de noblesse au mouvement le plus mal compris de l'Amérique. 

Angels of Light: Portrait of Debra Bauer and Rodney Price, early 1970s; photograph; 20 x 16 in.; courtesy of Debra Bauer. 

C'est exactement la mission que s'est donnée l'exposition Hippie Modernism: The Struggle for Utopia, qui vient d'ouvrir ses portes au Berkeley Art Museum. Plus qu'un album de famille, Hippie Modernism propose à travers une grande variété d'œuvres, d'archives et de médiums de revenir sur l'époque, ses contre-cultures révolutionnaires et radicales. On y découvre de vieux fanzines illustrés, des tirages, de grands posters engagés, des installations immersives ou des extraits d'ouvrages clés. C'est la première fois sur le sol américain qu'une exposition propose un regard transversal sur la vie politique et sociale des communautés de l'époque, en même temps qu'elle en célèbre la production artistique - design, arts visuels, architecture -comme autant de manières innovantes d'appréhender la vie en société. 

Ira Cohen: Jimi Hendrix, 1968; color photograph from the Mylar Chamber; courtesy Ira Cohen Archive, LLC. 

Les célébrissimes portraits déformés de Jimi Hendrix shootées par Ira Cohen trônent à côté des photos tirées du documentaire sur les Cockettes - la troupe de théâtre de drag queens née dans le San Francisco de 1969. Le collectif d'avant-garde continue d'inspirer les nouvelles générations de photographes. Le mois dernier, Nan Goldin et Glenn O'Brien révélaient leur passion commune pour la petite troupe hippie. Des projections seront également au rendez-vous de cette exposition - l'occasion de redécouvrir le film afrofuturiste de John Coney, réalisé en 1974, Space Is the Place. Tourné à Oakland et vers la science-fiction, le film a été inspiré par des conférences données par le prêcheur et compositeur Sun Ra à l'UC Berkeley.

En choisissant de se tourner vers la Californie du Nord, l'expo Hippie Modernismdémontre à quel point les générations de la décennie 1970 excellaient dans l'art de l'avant-garde. « Le long de la baie de San Francisco, nombreux sont ceux qui ont œuvré aux changements technologiques, politiques et écologiques. Dans les rues, les cours d'école et au sein des politiques gouvernementales », peut-on lire dans l'introduction de la présentation de l'exposition. « Dans l'art, l'architecture et le design des contre-cultures, on peut retrouver les traces d'une révolution technologique à venir, l'avènement d'une conscience écologique et l'envie de voir régner la paix et la justice sociale. » 

Barry Shapiro: Handmade Houses, early-1970s; digital images from slides; Barry Shapiro photograph archive, BANC PIC 2016.003, The Bancroft Library, University of California, Berkeley. 

Un exemple, un seul : Hippie Modernism a rassemblé les archives du « Community Memory », un bulletin board system (un serveur offrant des services d'échanges de message, de stockage et d'échanges de fichiers) datant de 1973. Conçu à Berkeley, il s'agit d'un des premiers réseaux sociaux développés au monde. On découvre également les images du livre Handmade Houses. Publié en 1973, le livre du photographe Barry Shapiro est un témoignage de l'architecture de l'époque en Californie du Nord, déjà tournée vers l'écologie et le développement durable. Hippie Modernism rend également hommage à l'histoire politique de la région, à travers des images qui retracent ses grands mouvements sociaux : l'occupation d'Alacatraz par les Indiens d'Amérique, le Griffith Park Gay-In, le collectif féminin des Chicago Women's Graphics Collective, le Mexican-American Liberation Art Front et les soirées Black Panther. 

'Hippie Modernism: The Struggle for Utopia' au Berkeley Art Museum et Pacific Film Archive, du 8 février au 21 mai 2017.

Frances Butler: Quilted Coat, c. 1969-70; fabric, dye; dimensions variable; courtesy of the artist. Photo: Marc Treib s.v.p. 

Community Memory terminal at Leopold's Records, Berkeley, California, c. 1974; photograph; courtesy of the Computer History Museum, Mountain View, CA.

Haus-Rucker-Co.: Environment Transformer / Fliegenkopf (Environment Transformer / Flyhead), 1968; digital print; Archive Zamp Kelp. Photo: Gerald Zugmann, © Haus-Rucker-Co. 

Archizoom Associati: Superonda Sofa, 1966; Archive Centro Studi Poltronova, courtesy Dario Bartolini (Archizoom Associati). 

Untitled, c. 1970; screenprint on paper; 14 7⁄8 x 22 in.; collection of Lincoln Cushing/Docs Populi Archive. 

Credits


Texte : Emily Manning
Images courtesy of Berkeley Art Museum and Pacific Film Archive

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