droits des gays : rien n'est acquis, engageons-nous

Dans son premier livre, Good As You, l'écrivain et analyste anglais Paul Flynn retrace les évènements marquants qui ont menés à l'égalité des droits pour les homosexuels en Angleterre. Des droits pourtant sévèrement menacés dans d'autres pays européens...

par Matthew Whitehouse
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09 Août 2017, 4:29pm

Photography Alasdair McLellan

Après avoir grandi dans la banlieue fleurie de Manchester - à Wythenshawe - à la fin des années 80, Paul Flynn a passé les 30 dernières années de son existence à observer et documenter le rejet puis la lente acceptation des homosexuels dans son pays natal, l'Angleterre. De sa première expérience en boîte de nuit à 16 ans (au génial Number One, un club dont l'âge d'or a coïncidé avec l'évolution du surnom de la ville, de Gunchester à Gaychester) à son arrivée au magazine Attitude à 25 ans et sa première cérémonie d'union civile à 33 ans, Paul a vécu, selon lui, « une vie plutôt gay ». Il a vu l'histoire se dérouler devant ses yeux, il a observé les dégâts et la violence engendrés par la peur de l'autre, puis l'acceptation de plus en plus souple de l'homosexualité jusqu'à l'autorisation du mariage gay et de l'adoption entre personnes de même sexe. Un sacré voyage !

Son livre, Good As You, ne retrace pas seulement l'histoire gay de la Grande-Bretagne, mais la façon dont les gays ont influencé la culture hétéro à coups  de Kylie Minogue, de culture clubbing et de télé-réalité. Paul Flynn raconte l'histoire d'une île sur laquelle quelqu'un d'aussi avant-gardiste que Boy George peut trôner en tête des charts et dans les cœurs de toutes les mamans grâce à une chanson qui raconte son amour pour son batteur hétérosexuel. « Les mecs hétéros ? » répond Paul, lorsqu'on lui demande si son livre peut trouver un autre public que les hommes gays, « C'est le rêve. Sans glorification aucune. C'est simplement que cette histoire doit être partagée. »

En 2013, l'amendement sur le mariage pour les personnes du même sexe - la dernière pièce du puzzle législatif - a été voté au parlement avec une majorité de 400 votes contre 175. « C'est à ce moment-là, en pensant au progrès de la culture et de la politique vis-à-vis des gays dans le pays, que je me suis dit que le moment était propice à l'écriture de ce livre, » explique Paul. 

À cette même époque, Paul Flynn redécouvrait sur Facebook des vidéos d'archives d'une manifestation gay de 1988 à Manchester. Paul a tout de suite su qu'il tenait quelque chose. À la fin des années 1980, Manchester était sur le point de devenir la capitale officieuse des homosexuels. L'Hacienda, le plus célèbre des nightclubs de Manchester, commençait à proposer l'EDM tout droit venue de New York à son public, et les pubs entre Bloom et Sackville Street commençaient à délimiter le « Village Gay » de la ville. « J'ai eu un flash-back de moi à 17 ans, à Manchester, allant à une marche en essayant d'éviter les caméras pour pas que ma mère me voie, » se rappelle Paul en riant. « L'année prochaine ça fera 30 ans. La Grande Bretagne s'est toujours montrée extrêmement conservatrice sur grand nombre de points mais elle a été très progressiste sur les droits homosexuels. Jamais je n'aurais pensé il y a 30 ans que le pays était capable de se montrer tolérant vis-à-vis de l'homosexualité. »

Il continue, « J'ai pu entrer dans la communauté gay grâce à de bonnes personnes, très cultivées. Mais j'ai rapidement réalisé que la question n'est pas de savoir s'ils sont cultivés, s'ils lisent ou s'ils ont des diplômes. Le combat pour l'égalité est pour tous les gays. Au-delà des classes, des ethnies ou des politiques. C'est un combat qui inclut les gays conservateurs ! Dit-il avec ironie. Ils le méritent aussi. Il faut qu'on ait le droit d'être 'normaux' ».

La normalité, voilà bien un concept houleux. Malgré le fait que Good As You relève les malheurs et les défaites de la communauté gay dans son ensemble, ce livre est, dans son ensemble, un ouvrage joyeux. Un ouvrage drôle. Un ouvrage qui retrace les évènements marquants avec un humour très britannique qui vous rappellera certainement les plus grands moments de la série Coronation Street. « Il y a beaucoup d'histoires gays toutes aussi incroyables les unes que les autres, mais elles parlent surtout des problèmes liés au fait d'être gay, » explique Paul. « C'est génial parce que ces expériences parlent à beaucoup de gens. Mais on ne raconte pas assez les bons côtés du fait d'être gay, la richesse que cela peut vous apporter, si vous y prêtez attention. Dès le début j'ai su que je voulais raconter des histoires plus ou moins héroïques. »

Certes, cette histoire se termine sur une victoire : celle du mariage pour les personnes de même sexe. Mais Paul réfléchit déjà à la suite et prépare son nouveau livre. « J'aime l'idée que dans 20 ans, quelqu'un écrive un nouveau chapitre de cette histoire, du point de vue d'une nouvelle génération, confie-t-il. On peut d'ores et déjà voir quels événements auront un impact sans précédent sur l'histoire gay. Aujourd'hui, la perception collective change. On entend parler des trans, des problématiques du genre, de manière beaucoup plus sereine. L'Oscar de la meilleure image décerné à Moonlight, la fondation Happy Hippie de Miley Cyrus, la nouvelle coupe de Kristen Stewart... Ces petites choses ouvrent la voie à une nouvelle histoire. » Bonne nouvelle : c'est à vous d'en écrire la suite. 

Credits


Texte : Matthew Whitehouse

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