rencontre avec la nouvelle génération du cinéma allemand

La 67ème Berlinale qui récompense chaque année les films qui feront le cinéma de demain vient de se terminer. i-D en a profité pour rencontrer les jeunes acteurs qui l'incarnent.

par i-D Staff et i-D Germany
|
21 Février 2017, 1:55pm

Chaque année, le monde du cinéma se tourne vers l'Allemagne, où se déroule la Berlinale, l'incontournable festival qui célèbre la jeune-garde cinématographique depuis les années 1950. i-D est donc parti à la rencontre de ceux qui incarnent le mieux l'avenir, l'espoir et la beauté du cinéma : ses jeunes acteurs. Ils nous ont confié leurs doutes, leurs désirs et ce qu'ils ont ressenti en se voyant pour la première fois à l'écran. 

Luise Befort, 20 ans, a joué dans Club der roten Bänder

Qu'as-tu ressenti la première fois que tu t'es vue à l'écran ?
C'était très bizarre, on n'a pas l'habitude de se regarder vivre. On se voit dans le miroir mais se voir jouer procure des émotions vraiment différentes. C'est assez drôle de se regarder faire.

Qu'est-ce que le mot « succès » t'évoque ?
Le succès c'est l'instant où l'on a quelque chose à atteindre et qu'on y parvient. Quand un rêve devient réalité. Chaque petite marche nous en rapproche un peu plus.

Tu as des talents cachés ?
J'ai dansé le flamenco pendant 8 ans !

Quel est le plus grand défi que tu aies eu à relever ?
Pour mon dernier rôle, j'ai du jouer quelqu'un de terrifié. Je me réveillais chaque matin avec le cœur battant, comme si la peur me suivait partout. Chaque nouveau rôle est un défi, c'est ce qui rend le jeu et le métier d'acteur si excitants.

Quelle est la scène que tu n'oublieras jamais ?
Pour la série allemande Club der roten Bänder, j'ai vécu un véritable ascenseur émotionnel. Mais la scène la plus intense était la scène finale de la saison 2. Six personnes pleuraient en même temps. A la fin du tournage, on pouvait entendre une mouche voler. Même le caméraman a fini par pleurer.

Tu doutes de toi parfois ?
Comme tout le monde, il y a des moments où je commence à me demander si j'ai bien fait le bon choix dans ma vie ou si je suis assez bonne. Je me pose souvent ces questions. Et puis dès que je suis sur le plateau de tournage, entourée de gens incroyables, je me dis : « C'est la meilleure chose au monde qui puisse m'arriver, d'être ici et de créer un truc beau avec ces gens. » Les doutes s'envolent. 

@lubef

Noah Saavedra, 25 ans, a joué dans Egon Schiele

Qu'as-tu ressenti la première fois que tu t'es vu à l'écran ?
J'ai transpiré comme un fou et j'ai dû me cacher les yeux plusieurs fois. C'est très étrange. On se voit sous des angles qu'on ne supposait même pas.

Quel est le plus grand défi que tu aies eu à relever ?
J'ai dû jouer un personnage qui a vraiment existé pour Egon Schiele [un film inspiré de la vie du célèbre peintre autrichien]. Je me suis préparé un an et demi avec le réalisateur. J'ai même assisté à des cours de dessin, fait des exercices pour découvrir comment vivait au quotidien cette personne.

Qu'est-ce que le mot « succès » t'évoque ?
Si on parle d'un point de vue professionnel, je dirais d'enchaîner les rôles qui invitent le spectateur à se questionner, à débattre.

Tu doutes de toi parfois ?
Souvent. Je pense que ça fait partie du métier d'acteur. Trop de confiance en soi n'aide en rien. Je pense souvent que d'autres que moi jouent mieux. Quand je les vois, je doute de moi.

De quelle scène es-tu le plus fier ?
Je pense que c'est une scène que le réalisateur déteste. Elle est très courte. La muse d'Egon Schiele s'enfuit de la maison mais il veut la payer pour la session. Il la poursuit et elle, pense qu'il l'a déjà payé. Evidemment, ce n'est pas d'argent qu'il est question mais de passion. Ni l'un ni l'autre ne veulent en finir. Et la scène de danse de la fin m'a beaucoup plu. Parce que je n'avais pas besoin de parler. 

Langston Uibel, 19 ans, a joué dans Sanctuary

Qui sont les personnes qui t'inspirent ?
Ce ne sont pas des acteurs. Plutôt des activistes qui ont milité pour le droit des noirs. Ils étaient fascinants et ingénieux. Sans eux, je ne serais pas assis là à faire ce que je fais. Ce sont eux, qui m'inspirent.

Quel a été le plus grand défi que tu aies eu à relever ?
Le film Sanctuary. Le temps a aidé. Parfois, il suffit d'un peu de temps pour comprendre et sentir un personnage. Quand on parvient à savoir comment parle le personnage, c'est dans la poche. Au final, le personnage sur le script et celui que j'ai joué n'avaient rien à voir entre eux. Il faut bien se connaître pour conscientiser ses possibilités, ses limites. Quand on finit par prendre confiance en soi, il faut aller encore plus loin ! On ne sait jamais ce qui se passera. Dix personnes peuvent te dire que tu fais de la merde mais la onzième te dira peut-être que tu es le meilleur acteur du monde. Donc il faut continuer, coute que coute.

De quelle scène es-tu le plus fier ?
Une scène de Sanctuary. Je danse et je chante, la révolte gronde et à la fin, tout le monde chante et danse avec moi. C'est une scène puissante, très forte. J'en suis assez fier.

Est-ce qu'il t'arrive de douter de toi ?
La vie est parcourue de doutes et de questionnements sur ce qu'on fait et sur ce que les gens pensent de soi. Mais tout peut disparaître en un instant. Il faut rester intègre à ce que l'on est. Je me questionne en permanence mais je ne remets jamais en question mes choix. L'erreur est humaine. 

@langstonuibel

Louis Hofman, 19 ans, a joué dans Land of Mine

Quel a été ton ressenti en te voyant à l'écran pour la toute première fois ?
J'étais submergé par l'émotion et très heureux, parce qu'on doit attendre très longtemps avant de voir le produit final.

Comment définirais-tu le succès ?
Il faut d'abord être fier des projets sur lesquels on a travaillé et ensuite acquérir la reconnaissance des gens de l'industrie. Et, bien sûr, si le public apprécie le film c'est génial.

Qui est-ce que tu admires ?
Je dirais l'acteur allemand Tom Schilling, Eddy Redmayne et Leonardo DiCaprio.

Quelle est la scène qui te rend le plus fier ?
C'est une scène qui a été coupée au montage, je devais être très énervé et dégager une vraie force, ce qui ne me ressemble pas du tout dans la vraie vie. Après avoir tourné je suis parti du plateau et j'ai pleuré. Le réalisateur m'a dit : « Tu sais pourquoi est-ce que tu pleures ? Parce que tu as exploré des parties de toi que tu ne connaissais pas. » C'était un moment très spécial, parce que j'ai compris ce qu'était le métier d'acteur. Tu expérimentes de nouvelles choses et tu découvres de nouveaux aspects de ta personnalité. 

@louishofmann

Svenja Jung, 23 ans, a joué dans Fucking Berlin et Center of my World

Quel a été ton ressenti en te voyant à l'écran pour la toute première fois ?
C'était fou. Tu as l'impression de voir quelqu'un d'autre. Entendre sa propre voix est quelque chose d'extraordinaire, dont on n'a pas l'habitude. C'est spécial et magique.

Tu entres dans la vingtaine et tu vis à Berlin. À quel point est-ce que tu t'identifies à ton personnage dans Fucking Berlin ?
Il y a clairement des similitudes entre nous. Nous sommes toutes les deux, Sonja et moi, nées dans un village et nous avons déménagé à Berlin. Mais dans le film elle prend bien sûr une autre direction. Nous partageons le sentiment de liberté, de naïveté et l'envie de vivre.

De tous tes films, quelle est la scène dont tu es la plus fière ?
Je suis très fière de mes scènes dans Centre of my World, j'ai joué de manière naturelle et authentique. En ce qui concerne Fucking Berlin, je dirais la scène de fin. Celle où je craque et demande à mon copain de rester avec moi.

Comment es-tu devenue actrice ?
Je me suis rendue compte que j'adorais raconter des histoires. Je suis allée à un « open call » et j'ai rencontré mon agent, voilà comment tout a commencé.

Est-ce que tu doutes de toi-même ?
Je pense que tout le monde doute de soi-même et j'imagine que c'est normal, quelle que soit ta profession. Mais particulièrement chez les acteurs, qui se demandent s'ils en font assez. Je suis partie en vacances récemment et je suis revenue la semaine dernière pour tourner. Il a fallu que je me remette dans le bain, j'ai eu l'impression de tout recommencer depuis le début.

Comment définirais-tu le succès ?
Parvenir à être fière de ce que je fais. Obtenir de la reconnaissance et me sentir à l'aise dans mon travail. 

@svenjajung

Anand Batbileg, 15 ans, a joué dans Tschick

Qu'as-tu ressenti la première fois que tu t'es vu à l'écran ?
C'était plutôt drôle. Mais difficile à décrire. Ça m'a fait revivre l'expérience du tournage. Et ce n'était pas désagréable.

Comment s'est faite ta rencontre avec le cinéma ?
Par hasard. Mon père travaille à l'ambassade de Mongolie à Berlin. Un jour, il a reçu un email pour le casting de Tschick. Mon père me l'a transféré. J'y suis allé et j'ai eu le rôle.

Quel est le plus grand défi que tu aies eu à relever jusqu'ici ?
La scène où Tschick se blesse le pied parce qu'il a sauté dans l'eau. C'était fin octobre et j'ai dû plonger et replonger et re-replonger.

Tu as des talents cachés ?
J'essaie encore de le découvrir. Je suis assez fort en maths !

@anandbatbileg

Tristan Göbel, 14 ans, a joué dans Tschick

Comment s'est faite ta rencontre avec le métier d'acteur ?
Ma sœur s'est faite alpaguer par des directeurs de casting à l'occasion d'un voyage scolaire. Ma mère nous a tous les deux inscrits à l'agence et très vite, on nous a proposés des rôles. Tout s'est fait rapidement en fait.

Que signifie le mot « succès » pour toi ?
Rêver grand tout en gardant les pieds sur terre. Ne jamais verser dans l'arrogance. Obtenir des rôles est une question de chance. Et d'envie.

As-tu des talents cachés ?
Je joue du violon dans mon groupe de famille et je chante, aussi.

Quelles sont les scènes qui t'ont le plus marqué ?
La scène finale de Tschick, je pense. Mais je me souviens très bien de la scène de guerre pour mon dernier film en date, Bright Nights. On a dû rester cinq minutes dans un lac gelé. Pour une scène, je devais crier sur mon père et péter les plombs. J'ai tremblé après l'avoir jouée. Et j'ai été fier de cette scène.

Qu'as-tu ressenti la première fois que tu t'es vu à l'écran ?
C'était bizarre, surtout parce qu'on fait plein de trucs dont on ne se souvient pas. En ce qui concerne Tschick,je me souviens de tout. Des mots et de l'expérience dans son ensemble. C'était vraiment incroyable.
@tristangöbel

Credits


Photographie : Oliver Blohm
Production et mise en page : Alexandra Bondi de Antoni
Production et interviews : Juule Kay 
Coiffure et maquillage : Adrielle Santos Peukert
Assistants photographie : Jessica Lopez and Michael Nast
T-Shirts: Uniqlo 

Tagged:
Culture
Allemagne
interview acteur
67ème berlinale
interviews actrices