Denzel wears hoodie Juun.J.

le rap de miami se relève avec denzel curry

Entre rap nerdy, grime et hip-hop brutal, Denzel Curry se façonne un univers sonore à part. Après son passage remarqué à la Art Basel de Miami, il s'est envolé pour Londres où il donnait un concert. i-D en a profité pour le rencontrer.

par VICE Staff
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21 Mars 2017, 9:30am

Denzel wears hoodie Juun.J.

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Denzel Curry débarque dans la ville natale d'AJ Tracey, soit Londres, et nous accueille avec une barre chocolatée. Il a l'air en super forme et comment ne pas l'être ? À tout juste 22 ans, le rappeur à l'origine des morceaux les plus cool de ces dernières années a quitté son Miami natal pour un concert au Jazz Café de Londres. Et il sera aux côtés du grimeur acclamé AJ Tracey dans un clip qui promet d'être à la hauteur de leurs deux pedigrees. « J'étais debout à 8 heures du mat'. J'ai pris une douche, je me suis habillé, j'ai filé tout droit vers l'aéroport et voilà, je suis ici, dit-il en souriant. On avait bien trois heures de retard pour le tournage du clip avec AJ mais ça l'a fait. On a passé un temps de fou aux douanes, on nous a demandé ce qu'on foutait ici et si on disait bien la vérité. Bien sûr qu'on disait la vérité. »

Difficile d'imaginer Denzel Curry prêcher autre chose que la vérité. Depuis 2013 et la sortie de son LP Nostalgic, le natif de Carol City en Floride se façonne un univers sonore singulier et hyper sincère. C'est peut-être ce qu'on attendait tous du district de Miami Gardens, qui enfantait Rick Ross un jour. À l'époque où il se lance en solo, Denzel a 18 ans. Mais le jeune rappeur s'est déjà fait une petite réputation en officiant aux côtés de SpaceGhostPurrp, le crew de Raider Klan. C'est à ce moment-là qu'il signe King Remembered et King of the Mischievous South, deux mixtapes aux influences sonores multiples et contagieuses - d'Outkast à l'afro-psychédélisme de Flying Lotus en passant par les jeux vidéos et des contrastes urbains qu'il a côtoyés (sa famille est originaire des Bahamas et son flow révèle quelques sonorités des Caraïbes). Bref, la musique de Denzel ressemble à ce qu'il vit et ce qu'il est. Une terre de contrastes à l'image de la ville qui l'a vu grandir, Miami. 

Veste Faith Connexion. Jean Saint Laurent. Baskets Adidas. 

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« Les mecs se moquaient de moi, genre 'toi tu sais rapper ?! Mais nan ! » se remémore Denzel que les kids traitaient de weirdo et d'artiste maudit à l'école - il designe lui même ses poches et a étudié à la Miami Design and Architecture Senior High (« J'ai été assez intelligent pour l'intégrer, assez con pour me faire virer »). L'enfant esseulé s'est métamorphosé en rappeur hors-pair et aucun de ses camarades de classe n'aurait prédit un tel buzz.

« Un jour je suis arrivé en cours et le prof a pris la classe à partie en s'adressant à moi 'Denzel, j'ai vu quelques-uns de tes clips sur lesquels tu rappes et j'ai trouvé ça vraiment bien !' Tout le monde s'est retourné vers moi genre : 'lui ? Mais c'est un gros nerd, c'est impossible !' Ils me croyaient pas, vu que je ressemblais pas à un rappeur ça les étonnaient. Ils m'ont harcelé de 'Vas-y crache pour voir, crache pour voir si t'es un vrai !' mais tu sais quoi, ces mêmes gars ont fini par écouter mes sons et les kiffer sans savoir que c'était moi. Un jour, je me suis approché de l'un d'entre eux et lui ai demandé ce qu'il écoutait. 'Un mec qui s'appelle Denzel Curry', il m'a dit. Je lui ai dit que c'était moi et j'ai quand même du montrer ma carte d'identité. Après ça, on est devenus potes. »

L'ironie du sort. C'est le côté weirdo et son penchant nerd qui ont hissé Denzel en tête d'affiche de la prestigieuse Art Basel Miami Fair. Sa 15ème édition en décembre dernier a rassemblé plus de 75 000 visiteurs. À cette occasion, Denzel, commissionné par le Perez Art Museum a délivré un concert devant la crème de la crème de l'art contemporain. Face un univers en tous points opposé à celui qu'il avait l'habitude d'arpenter, les rues du quartier de Carol City, à seulement quelques kilomètres de cette effervescence artistique. 

« Carol City a vécu son âge d'or, ses périodes fastes, argue-t-il en évoquant ce pâté de maison, qu'on juge souvent à son taux très haut taux de criminalité. Si t'es originaire de Carol City, personne ne vient te chercher des problèmes. Et personne ne met les pieds dans les écoles. C'était là que tout se passait, le bon comme le mauvais, surtout à l'approche des diplômes et de l'été. Là, ça commençait à partir en vrille. »

Denzel a grandi dans la violence. Son frère Treon Johnson est mort après s'être fait taser et mis en garde à vue par les policiers. Il avait 27 ans. Denzel et lui ont partagé la même école - Carol City High — que Trayvon Martin, le jeune afro-américain tué par balle à l'âge de 17 ans. Il était désarmé et rendait visite à la fiancée de son père. Denzel, pour sa part, a exorcisé les émotions les plus dures qui l'ont suivies adolescent, pour en faire de la musique. « La mort de mon frère, le départ de ma mère, le départ de ma copine parce que j'étais trop sérieux, tout ça m'a foutu un coup, se rappelle-t-il. Je pense que tout le monde a parié sur ma chute, sur le fait que je me relèverai pas. Et c'est précisément là que je me suis dit 'tu sais quoi ? J'emmerde la dépression. J'emmerde tout le monde. Je me suis trop préparé à combattre pour perdre cette nouvelle bataille. » S'il admet volontiers se laisser aller « à des élans mélancoliques », Denzel a su tirer le meilleur de son passé - en tirer profit, même, comme en témoigne son second album au titre évocateur, Imperial. « J'attends la suite avec impatience, claironne-t-il. Je n'essaie pas d'être le meilleur. Je vais être le meilleur. Le meilleur de moi-même. Jusqu'à ce que gagne à être vraiment moi. Je veux tirer le meilleur de cette existence. Je ne veux plus rien perdre ni personne. Je veux être plus fort. C'est mon état d'esprit du moment. Tout tenter pour évoluer musicalement, évoluer mentalement, être plus attentif aux choses, rester curieux, continuer à apprendre. Et faire toujours mieux. »

Credits


Photographie : Stef Mitchell
Stylisme : Carlos Nazario 

Assistants photographes : George Koren. Styling assistance Alain Lucas.

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