flatbush zombies est le groupe de rap le plus psyché de new york

Le trio a accepté de nous parler de son premier album, de dépression, d'OGM et de leur collaboration avec Skepta.

par Matthew Whitehouse
|
19 Janvier 2017, 9:20am

Après quatre ans de musique en commun, deux mixtapes, un EP et un nombre incalculable de concerts, les Flatbush Zombies continuent de déconcerter tout le monde. Avec leur aura psychédélique, ils sont maîtres dans l'art de créer des sons plus surprenants les uns que les autres.

À l'instar d'artistes comme Madlib, MF DOOM, Flying Lotus ou encore Franck Ocean avec son album Blonde, Flatbush Zombies est un des nombreux groupes de hip-hop à utiliser le psychédélisme pour bouleverser les habituelles composantes structurelles du hip-hop. Sur leur premier album 3001 : A Laced Odyssey (bien sûr inspiré du chef-d'œuvre l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick) le trio s'est distingué en évitant l'habituelle bouillie (le combo soleil et glace à la vanille) qui semble annoncer la fin du genre hip-hop. Ils se sont permis un hip-hop plus sensible, plus vrai en parlant des bons comme des mauvais moments de la vie, de la paranoïa et de la dépression, de la mort du disque, et même du suicide. Cet album ne peut certes pas se targuer de proposer des titres aussi remarquables que celui de leurs homonymes (The Zombies, Odessey and Oracle, 1968), mais il se rattrape parfaitement en proposant un ensemble de tracks oniriques d'une noirceur cinématographique.

Alors qu'ils se préparaient à envahir le Royaume-Uni, nous avons eu la chance de discuter avec le groupe. Entre autre, nous avons abordé des thèmes comme la musique psychédélique dans la culture afro-américaine, d'OGM et de grime.

3001 : A Laced Odyssey a mis beaucoup de temps à arriver. Que retrouve-t-on dedans ? Quelle a été votre démarche ?
Erick : Ouais, vraiment. On voulait rendre hommage aux vieux trucs, c'est pour ça que j'ai utilisé des vieux samples de Nephilim dans The Odyssey. Donc c'est marrant parce que le morceau parle du futur mais j'ai utilisé des trucs du passé pour faire un clin d'œil à nos vieux fans. Même si nous l'avons approché différemment, un album est fait pour être vendu donc on le voit toujours comme quelque chose à prendre vraiment au sérieux, j'imagine.

À quel point était-ce important pour vous de le sortir sur votre propre label ? Et Erick à quel point était-ce important pour toi d'être le seul producteur sur le disque ?
E : C'était très important de le faire sur notre propre label parce que je me vois personnellement comme un artiste indépendant et je n'ai pas envie de signer sur un autre label. C'est important de garder le contrôle. Être le seul producteur est une belle réussite. Je ne pense pas que beaucoup de gens font encore ça et ça nous donne un son vraiment consistant.

Il y a vraiment un côté sombre et cinématographique dans l'album… Mis à part Kubrick, quels films regardiez-vous quand vous l'avez fait ? Comptez-vous traduire un autre film en musique ?
Meech : American Psycho, Tueurs Nés, Friday, Friday After Next etc… Tout ce qu'on a eu envie de regarder, tout simplement. On regarde beaucoup de films différents quand on bosse sur un album. Concernant le futur, pourquoi est-ce qu'on vous le dirait ? Il n'y aurait plus de surprise et on n'a pas envie que vous sachiez tout avant même que ça arrive.

Toujours par rapport au côté sombre de l'album, était-il important pour vous de parler de dépression ? Il semblerait que ce soit quelque chose dont on entend peu parler, particulièrement dans le monde du hip-hop…
M : C'est important que les gens soient honnêtes à propos de « qui » et de « ce » qu'ils sont. Ce n'est pas que dans le hip-hop. Quand on écoute de la pop tout le monde fait comme si tout allait bien. On est des êtres humains et on aime parler des bons et des mauvais côtés de la vie. Tout est dans la dualité.

De la même manière, quand on pense à la situation politique actuelle des USA… C'est quelque chose qui a été visible dans votre travail depuis le début, dans des morceaux comme Amerikkkan Pie mais avez-vous ressenti une pression supplémentaire avec ce qui est en train de se passer ?
Juice : La seule pression provient des médias qui nous demandent d'en parler. Je ne sais pas ce qui va advenir des USA, je me fous de la politique. Ce dont on devrait parler c'est des gens qui ont été inculpés à tort pour trafic de drogue, et de la manière avec laquelle on va les faire sortir de prison. On devrait parler de la façon dont on va régler les problèmes de notre système alimentaire. De la consommation de sucre, des OGM, etc… Les gens qui bossent pour la FDA (Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux) sont des escrocs. Ils ont fait de la merde pendant des années.

Dans cet album, vous traitez de pas mal de sujets différents… Est-ce qu'il est arrivé que certaines personnes dénigrent votre musique en se concentrant uniquement sur le fait que vous parliez beaucoup de drogues ? Et Meech, est-ce que tu as arrêté de fumer pour l'enregistrement ?
M : Ouais, j'ai arrêté de fumer pour l'enregistrement. Enfin, pas vraiment pour l'enregistrement, surtout pour moi. En ce qui concerne les gens, je ne sais pas, ils ont des idées préconçues et les suivent. Je fais ce que je veux, pareil pour Juice et Erick. Les gens qui se sentent attirés par notre musique sont ce qu'ils sont. On ne changera pas pour attirer plus de personnes. J'ai un boulot à faire et des factures à payer.

Comment décririez-vous l'état du hip-hop à New York en ce moment ? Quelle est votre place dans celui-ci ?
J : Je pense que le hip-hop New-Yorkais se repose sur ses lauriers. Il y a des tas de super artistes, comme nous, dont on ne parle jamais et qui ne sont pas reconnus à leur juste valeur. Joey (Bada$$), Underachievers, Desiigner, Dave East etc… Ils sont pleins à mériter d'être mis sous les feux des projecteurs.

Est-ce qu'internet a changé l'esprit communautaire qui existait auparavant ? Il y a plein d'aspects dans votre musique qui ne viennent pas de New York… Pensez-vous que les gens reconnaissent les influences de la musique psychédélique sur la culture noire-américaine par exemple ?
E : Je pense que le hip-hop s'est construit à partir de pleins de styles musicaux différents. Je suis de New York et le hip-hop a été créé dans le Bronx. L'abondance de sons jazzy vient de la Nouvelle Orléans etc… Avec internet, le processus de création est encore plus varié. Internet est là pour nous aider à découvrir pleins de styles musicaux différents. Et pour moi, la musique psychédélique est synonyme de musique noire.

M : Les gens ne comprennent pas que la relation entre les Afro-Américains et la musique psychédélique n'est pas récente. Tout cela est réapparu il y a peu mais ça existe depuis longtemps. Je pense que nous faisons partie de ceux qui ont participé au renouveau. Le communautarisme ? Ça a changé. C'est plus pareil qu'avant. Il n'y a plus de mixtapes vendues dans la rue. Je peux m'extraire de ma tribu simplement en m'asseyant devant mon ordi et en me connectant avec la Russie.

Vous avez travaillé avec Skepta sur Red Eye To Paris… Pourquoi pensez-vous que le grime marche aussi bien en ce moment ?M : Skeppy !

E : On dirait que les gens s'ouvrent de plus en plus à ces sons originaux. Je ne veux pas parler à la place des autres mais je gravite autour du reggae parce que je suis de Flatbush (quartier de Brooklyn). Le grime me rappelle un peu ça.

Credits


Texte Matthew Whitehouse

Tagged:
Hip-Hop
Rap
Grime
flatbush zombies
psyché
3001: a laced odyssey