david bowie i mick rock

ziggy, debbie, syd : à la rencontre de l’homme qui a photographié les années 1970

Alors qu'un nouveau documentaire lui est consacré, on a rencontré Mick Rock, le photographe londonien qui a esthétisé le rock des années 1970 et tous ses monstres sacrés. Ils nous a rappelé (si c'était nécessaire) le talent de Ziggy, la folie de Syd...

par Matthew Whitehouse
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24 Juillet 2017, 11:45am

david bowie i mick rock

Vous ne le savez peut-être pas, consciemment, mais l'image que vous avez des années 1970, cette esthétique particulièrement fascinante, vous la devez en partie à Mick Rock. La photo de David Bowie les dents sur les cordes de guitare de Mick Ronson, c'est lui. La réponse punk de Debbie Harry au cliché mythique de Marilyn Monroe, c'est encore lui. Au-delà de l'époque, le photographe londonien est parvenu à capturer l'aura des icônes de l'époque. Leur âme. Presque à lui seul, Mick Rock a fait passer la photographie rock'n'roll d'une discipline totalement secondaire à un art indispensable à la construction d'un mythe musical. Mick Rock est aujourd'hui le sujet d'un nouveau documentaire, SHOT! The Psycho-Spiritual Mantra of Rock. L'occasion de lui demander de parler de Ziggy et d'Iggy, et de comprendre comment il est devenu une icône en photographiant d'autres icônes. Parce qu'un tel surnom, ça se mérite.

Pourquoi vous êtes à ce point attiré par les musiciens ?
Ça vient sûrement de mes études. Enfin, de ce que j'étudiais à Cambridge quand je n'étais pas occupé à ne rien foutre. C'est-à-dire les Lettres Modernes, la Littérature. Tout ce qui se rattachait d'une manière ou d'une autre aux poètes symbolistes français, aux romantiques anglais ou à la Beat Generation. C'est par là que tout a commencé. Par ces personnages. Pas seulement par leurs œuvres, mais aussi et surtout à cause des bêtes de talents qui se cachaient derrière, et le par genre de train de vie qu'ils s'imposaient, ou dont ils étaient les victimes. Le genre de vie où dormir et manger est secondaire, mais où se mettre dans des états seconds est primordial. Je pense que j'ai abordé tous ces musiciens sous cet angle là, je me suis lié à eux. Qu'ils soient connus ou non à l'époque, c'étaient d'abord des artistes avant d'être des pop stars, des dieux du rock'n'roll. J'ai peut-être eu raison de m'y prendre de cette manière-là.

Debbie Harry

Qui avez-vous photographié en premier ?
La première session qui a intéressé les gens, c'était avec Syd Barrett. Pour le coup, c'était un artiste incontestable. Il a continué à peindre jusqu'à la fin de sa vie. Ce mec était unique, et sans lui on n'aurait jamais eu Pink Floyd. Il était illuminé, dans le sens le plus noble du terme.

David Bowie

Pourquoi pensez-vous que les gens sont à ce point intéressés par ce que vous avez fait dans les années 1970 ?
Les années 1970 fascinent tout le monde. Pendant un temps, c'était plutôt les années 1960, mais c'est un peu passé maintenant. Les gens sont fascinés par ces stars, ces icônes, ces personnages. Fascinés par le glam, les punks, par tout ce que les artistes comme David Bowie ou Marc Bolan ont apporté à la musique. Prends les Stones par exemple. Que dieu les bénissent, ils continuent à envoyer devant des parterres de 55 000 personnes. Mais bon, ils jouent toujours la même musique. Pour David Bowie, l'esthétique de référence, c'est l'époque Ziggy Stardust, pourtant le mec a visité tous les genres musicaux, sauf le reggae ! C'était vraiment un artiste extraordinaire.

David Bowie, Mick Ronson

Est-ce que vous avez déjà considéré les artistes que vous photographiez comme vos muses ?
Mon dieu… Oui, peut-être bien ! Les gens me demandent souvent par quels photographes j'ai été influencé. Je n'arrive pas à répondre. Par personne. Je n'ai jamais voulu devenir photographe. En tout cas, je ne voulais pas que cette discipline, seule, me définisse. Je pense que je voyais davantage ces artistes comme des créatures imaginaires, et je dois peut-être ça à la partie infiniment psyché de mon cerveau. Mais c'est vrai que pour des gens comme Syd, David, Lou Reed, Freddie Mercury, le mot « muse » est clairement valable. Des muses, ou des chimères, en fait.

Lou Reed

Une carrière de photographe, ça se résume à « être au bon endroit au bon moment » ?
A mon premier concert de David Bowie, il y avait 400 personnes. Lou Reed n'a vendu quasiment aucune copie de Transformer. Iggy galèrait à se faire signer sur un label. Et quand j'ai rencontré les Queens, ils n'avaient encore aucun hit au compteur. Donc oui, on peut dire ça. Ce qu'on pourrait dire aussi, c'est que tout était écrit dans le ciel, et que je vivais simplement ce que j'étais supposé vivre. Le destin ! Les gens me demandent souvent « Tu te doutais de ce qu'ils allaient devenir, tous ? » Eh bien non, pas du tout ! Je n'en savais foutrement rien. Je pense que personne ne le savait. À part peut-être David. Son cerveau était en avance sur celui des autres.

Kate Moss

Vous pensez quoi de votre surnom, « L'homme qui a photographié les années 1970 » ?
Avant je le détestais. Ça donnait l'impression que j'avais simplement lâché mon appareil le 1er janvier 1980. Mais bon, tout le monde devient connu pour un travail précis. Regarde, même Bowie, pendant sa période Tin Machine, il faisait des tournées avec Trent Reznor et ce n'était pas lui la tête d'affiche. Il a rencontré des périodes de baisse de popularité. Je me souviens avoir parlé avec lui avant le festival de Glastonbury en 2000, au moment où les critiques britanniques se montraient assez dures avec lui. Elles disaient qu'il était à la ramasse parce qu'il ne jouait plus aucun vieux morceau. Alors à Glastonbury, c'est ce qu'il a fait. En revenant de scène il m'a dit « Voilà, il suffisait que je leur ressorte mes vieilleries pour qu'ils recommencent à m'aimer ! ». Alors si même un génie comme Bowie peut être défini par une période précise, moi je ne vais pas m'en plaindre. Avoir du succès très tôt, ce n'est pas facile à gérer, mais ce n'est pas très grave. Est-ce que les gens se souviendront de moi pour mes photos des Queens of the Stone Age, de Karen O ou de Snoop ? Probablement pas. Je serai toujours « l'homme qui a photographié les années 1970 ».

David Bowie, Iggy Pop, Lou Reed

SHOT! The Psycho-Spiritual Mantra of Rock est sorti le 21 juillet.

Credits


Texte Matthew Whitehouse
Photos copyright Mick Rock 2017

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