on a surpris 10 créatifs français au saut du lit

Emma Le Doyen a photographié dix jeunes talents français, très tôt le matin. On leur a demandé de quel pied ils se levaient et quelles étaient leurs inspirations quotidiennes.

par Ingrid Luquet-Gad
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17 Février 2016, 6:25pm

STÉPHANIE D'HEYGERE, 31 ans. Designer et styliste bijoux.

Quelle est la première chose que tu fais le matin ?
Je snooze, beaucoup trop longtemps. Donc je me réveille pour de vrai en stress parce que je me dis que je vais être en retard, je saute dans la douche et je petit-dej au bureau devant l'ordinateur en ouvrant mes mail.

C'est un moment où tu te sens créative ?
Pas du tout. Parfois, j'ai des idées au moment ou j'essaie de m'endormir mais jamais au réveil.

Qu'est-ce que tu gardes à portée de main près de ton lit ?
Mon réveil, mon portable et mon ordinateur.

En une phrase, que fais-tu dans la vie ?
Je suis styliste bijoux. Après avoir été en free-lance, j'ai depuis peu intégré une équipe à plein temps pour une marque de luxe, ce qui a complètement changé mes habitudes. Avant, je pouvais me réveiller à l'aise et je travaillais jusqu'à tard le soir. Il faut que je me réhabitue à cette nouvelle routine, mais je pense que c'est mieux, plus sain.

Qu'est-ce qui t'occupe en ce moment ?
Pour l'instant je me concentre à 100% sur mon nouveau boulot.

FLORENCE TÉTIER, 31 ans. Directrice Artistique de Novembre Magazine.

Quelle est la première chose que tu fais le matin ?
Un café ! Parfois, j'avoue que j'ouvre mes mails et/ou Instagram avant le café…

C'est un moment où tu te sens créative ?
Peut-être pas créative, mais en tout cas assez en forme pour m'informer des dernières images et des infos qui vont me servir dans mon travail de création! Je vais traîner sur internet, Tumblr, Instagram et j'essaie de rattraper ce que j'ai manqué pendant la nuit.

Qu'est-ce que tu gardes à portée de main près de ton lit ?
Mon portable, quelques magazines, une bouteille d'eau. Et depuis 3 mois maintenant mon bébé !

En une phrase, tu fais quoi dans la vie ?
Je suis « creative director » pour le magazine Novembre, et je forme également un duo de photographie avec Nicolas Coulomb. Tout ceci me permet d'enseigner dans différentes écoles d'art, comme comme l'Ecal à Lausanne, la HEAD à Genève ou encore la Chambre Syndicale à Paris.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Je prépare le prochain numéro papier de Novembre, le numéro 10. On a décidé de changer de formule : beaucoup plus visuelle, beaucoup plus riche en images, quasiment pas de texte. Le thème, c'est la beauté, sous tous les angles possibles. Je suis super excitée par ce projet car on a fait un pause de plusieurs saisons, donc j'ai hâte de le voir en librairie.

novembremagazine.com

MYTH SYZER, 26 ans. Musicien et producteur. 

Quelle est la première chose que tu fais en te levant ?
Je regarde mon téléphone pour voir s'il y a de l'amour et de l'argent.

Les matins sont des moments créatifs pour toi ?
Pas spécialement, mais je réfléchis beaucoup à la manière dont je vais faire évoluer les choses dans ma carrière. L'aprem, je suis avec mes potes, je me relaxe et je rigole, le soir, je suis avec ma femme. Et la nuit, je taffe.

Que trouve-t-on à proximité de ton lit ?
Je garde mon ordinateur à côté de moi au cas ou j'aie de l'inspiration en m'endormant. Dans ce cas, je me lève et je fais du son.

Comment tu définis ce que tu fais ?
Mon travail consiste à faire voyager les gens à travers ma musique et à trouver la paix intérieure en faisant de bons sons.

Qu'est-ce qui t'occupe en ce moment ?
J'essaye de trouver un nouveau délire dans le son mais sans forcer. Que ce soit dans la vie ou dans la musique, je ne force jamais les choses. D'ailleurs, je ne travaille qu'avec mes amis : Bon Gamin, Grande Ville, Hamza, Joke, Brodinski, Waly, Ikaz, High Klassified, Stwo…

soundcloud.com/syzermusik

EVA BAROIS DE CAEVEL, 26 ans. Curatrice. 

Qu'est-ce que tu fais, dans la vie ?
Je suis curatrice en free-lance. De manière générale, je travaille sur des questions raciales, post-coloniales et féministes, sous la forme de collaborations ou seule. Ces thématiques croisent d'autres questions, ces derniers temps d'ordre écologique par exemple. Je suis aussi commissaire pour RAW, un centre d'art à Dakar au Sénégal, où je m'occupe des expositions hors-les-murs, des publications et de la transformation du centre d'art qui s'agrandit et intégrera une école pour former de futurs curateurs et curatrices.

Quel est ton premier réflexe lorsque tu te lèves ?
Je passe vraiment beaucoup de temps dans mon lit, c'est un endroit où j'écris, donc j'y reste souvent un petit moment le matin, pour faire mes mails sur mon iPad par exemple.

Ton lit, c'est un endroit créatif ?
Mon métier impose des rythmes de travail très différents : entre les moments où j'écris des futurs projets, les dossiers de financement et tous les aspects plus techniques... J'aime l'idée de faire ces différentes choses à différents endroits de l'appartement. C'est au lit que je préfère écrire les essais, les articles ou les projets. Un temps de pensée plus libre. Cette géographie « par type de tâches » dans l'appartement, c'est un peu artificiel, mais ça marche! Quand on travaille chez soi, sinon, c'est assez dur de cloisonner, de passer d'une chose à l'autre et de reprendre sa vie hors travail aussi.

Tu travailles sur quoi en ce moment ?
Dans le cadre de l'expo « Beyond Disaster » à Bétonsalon - centre d'art et de recherche, j'ai organisé un workshop en octobre intitulé « Seule contre l'Univert » autour des idéologies écologistes dans mon quartier. J'ai fait une enquête sur les jardins partagés, sur les programmes de végétalisation. Qui les impulsait, comment ça fonctionnait ; ça a débouché sur une nouvelle que j'ai écrite et un fanzine. Chaque participant-e du workshop a réfléchi à un cas concret, dans son quartier, d'idéologies du bien-vivre et du mieux-vivre et en a tiré quelque chose : une production plastique, une conférence. La plupart de mes projets, même lorsqu'il s'agit d'expositions au format plus classique, partent et/ou débouchent sur des questions socio-politiques. 

ZELDA PASSINI, 28 ans. Designer de bijoux. 

Qu'est-ce que tu fais, dans la vie ?
Je suis designer de bijoux. Après des études à Central Saint Martins à Londres, j'ai lancé ma ligne il y a maintenant deux ans à Paris.

Quelle est la première chose que tu fais le matin ?
J'ouvre les yeux.

C'est un moment où tu te sens créative ?
Je suis assez productive le matin. En revanche les idées brillantes n'arrivent qu'après pas mal de cafés.

Qu'est-ce que tu gardes à portée de main près de ton lit ?
Mon téléphone, une bouteille d'eau, ma gouttière et une pile de livres.

Qu'est-ce qui t'occupe en ce moment ?
Je bosse sur ma troisième collection qui sortira début mars. Cette collection sera plus affirmée que les deux précédentes. J'essaie de faire évoluer mon style à chaque collection tout en gardant la même identité, pour que mon travail reste dynamique.

www.zeldapassini.com

JUSTIN MORIN, 35 ans. Artiste.

Quelle est la première chose que tu fais le matin ?
J'allume mon ordinateur en prenant un verre de jus de fruit, puis je suis très vite dans le travail.

C'est un moment où tu te sens créatif ?
Oui, je me lève tôt, je garde le soir comme un moment de détente. Je commence par répondre à mes mails, et après je suis dans un travail plus concret. J'aime bien commencer tôt pour être dans le même rythme que les autres.

Qu'est-ce que tu gardes à portée de main près de ton lit ?
L'ordinateur. J'aimerais ne plus m'endormir avec, mais je m'endors et je me réveille avec. Mon rituel feel good avant de m'endormir, c'est de regarder un dessin animé vintage japonais. En ce moment, je découvre Utena. Je suis fasciné par le monde de l'animation. Un jour, j'aimerais bien avoir un projet qui m'amène à faire un dessin animé. Ça fait un peu naïf, mais je dis beaucoup à mes étudiants qu'aujourd'hui, la naïveté est une valeur positive pour combattre le cynisme ambiant. Je ne suis pas un artiste politisé, mais le fait de prôner cette ouverture est en soi un acte politique.

Tu travailles à croisée de différents champs - l'art, la mode et l'édition. Comment définis-tu ta pratique ?
Je suis sculpteur et je mets en place des expériences artistiques. Que ce soit via des expositions, des articles ou des collaborations avec des marques ou des artistes.

Quel est ton projet du moment ?
Je vais bientôt lancer un magazine s'appelle Revue, dont je serai rédac chef. L'idée, c'est de présenter la scène culturelle française en croisant les disciplines : des chorégraphes vont parler à des musiciens, des réalisateurs à des photographes…etc. Même si je vais continuer à faire des expos, j'avais aussi l'envie de sortir du cadre de la galerie, pour créer d'autres rencontres à travers d'autres supports. 

www.justinmorin.net

MARION GUILLET, 30 ans. DJ et artiste. 

Bonjour Marion, qui es-tu ?
Je suis artiste, je suis diplômée de l'école d'art de Cergy. Je suis DJ, je fais de la radio, j'organise des soirées et je fais des dessins. Toutes ces activités se lient autour du fait de passer des disques : j'invite des gens à jouer avec moi et je dessine les flyers des soirées. Autour de ça, j'essaye de créer une identité qui me serait personnelle.

Cette identité, tu la définirais comment ?
Ce qui m'intéresse, c'est la musique des années 80 et 90 avec du synthé. Et en art, j'aime le travail de gens comme Pierre la Police, David Shrigley, Jim Shaw, pour qui j'avais travaillé, ou l'art de la côte ouest des Etats-Unis. Donc ça serait un univers un peu étrange et plein d'humour.

Est-ce que les matins sont des moments créatifs pour toi ?
Pas vraiment, je me couche tard. Je travaille surtout la nuit.

Quel est ton premier réflexe lorsque tu te lèves ?
Je regarde Internet : mes mails et ce qu'il se passe dans le monde. Je lis aussi pas mal de webzines de musique, comme Fact Magazine ou The Quietus.

Qu'est-ce que tu gardes à portée de main près de ton lit ?
Mes platines et de la ventoline.

www.marionguillet.com

EMANUELE FONTANESI, 33 ans. Photographe. 

Quelle est la première chose que tu fais le matin ?
J'essaye de de pas céder à la tentation de regarder internet dès le réveil. En ce moment, j'y parviens et j'en suis très content.

C'est un moment où tu te sens créatif ?
Je ne sais pas trop ce qu'être créatif pourrait vouloir dire exactement, mais en tout cas, je travaille mieux lorsque je suis reposé.

Que fais-tu de tes journées ?
Je suis photographe. Mais ce qui m'importe vraiment, c'est d'apprécier ce que je fais et de pouvoir profiter pleinement du temps de répit que me laisse le travail.

Que gardes-tu à proximité de ton lit ?
Des livres et une tablette IKEA pour poser un ordinateur, dont je ne me suis jamais servie.

Tu travailles sur quoi en ce moment ?
En ce moment, je commence une série de photos prises au musée. C'est un projet relativement différent de ce que je fais d'ordinaire, où je travaille surtout pour la mode. Comme j'ai une formation en histoire de l'art, j'ai décidé de trouver un moyen de combiner les deux choses que j'apprécie le plus, la photo et l'art.

emanuelefontanesi.com

CECILE DI GIOVANNI, 27 ans. Artiste. 

Bonjour Cécile, qui es-tu ?
Je suis artiste, et je fais aussi du set-design pour des marques de mode. J'essaye de concilier les deux, en choisissant des marques où je sais que je peux amener quelque chose de ma pratique, c'est-à-dire des matériaux et une tonalité assez brute et industrielle.

Tu considères le matin comme un moment créatif ?
Je ne suis pas quelqu'un qui travaille la nuit, mais la matinée je mets de l'ordre et j'organise le reste de ma journée.

Une journée à l'atelier, ça se passe comment ?
J'arrive en fin de matinée et je finis tard le soir. Il y a beaucoup de pré-travail sur l'ordi avant la réalisation des pièces en soi, je récupère beaucoup de matériel et d'objets divers, donc il y a d'abord beaucoup de recherches et ensuite de choses à aller chercher.

Que trouve-t-on près de ton lit ?
J'essaye vraiment de ne pas ramener de travail et de garder ma chambre la plus sobre possible. A l'inverse, l'atelier est surchargé : j'y stocke les objets dont je me servirai pour mes installs et j'y ai tous mes livres ainsi qu'un moodboard au mur.

Quels sont tes projets en cours ?
Pour la dernière fashion week homme de Paris, j'ai fait le set-design du lookbook de la marque Off-White c/o Virgil Abloh. Je prépare déjà le prochain décor pour la collection femme en mars. En art, je monte un projet qui sera à la fois digital et physique, sous la forme d'installations et de vidéos. Ca sera une collab avec l'agence Golgotha.

cargocollective.com/cdgcontemporary

GUILLAUME BERG, 31 ans. Directeur Artistique de Bromance Records. 

Quelle est la première chose que tu fais le matin ?
J'en ai un peu honte, mais je fume une cigarette. Dans mon lit, dans le noir. Ensuite je checke mon téléphone en me faisant un thé.

C'est un moment où tu te sens créatif ?
Pas du tout. Depuis que je suis tout petit, je déteste le matin. J'ai des troubles du sommeil, du coup au réveil, je suis dans le gaz. Alors le matin je lis, j'écoute de la musique, je regarde des trucs sur Internet…

Qu'est-ce que tu gardes à portée de main près de ton lit ?
J'ai toujours un paquet de cigarettes, une bouteille d'eau, mon ordi, mon téléphone et un carnet de notes. Mon cerveau fonctionne mieux la nuit que le matin.

En une phrase, que fais-tu dans la vie ?
J'essaie de donner vie à mes rêves d'adolescent, pour être tout à fait honnête. Avec une volonté de ramener un truc nouveau et de rendre la vie de quelques personnes plus belle et plus intéressante.

Quel est ton projet du moment ?
On vient juste de sortir une compilation avec des inédits des artistes du label Bromance Records et d'autres artistes qu'on aime. Il y a aussi le nouvel EP du projet de Surkin, « GENER8ION », qui sort le 4 mars, avec son magazine et son expo le même jour. On célèbre ça le soir même au Showcase, si vous êtes dans le coin… Et ensuite on part en tournée en Asie, avec Gener8ion du coup, Sam Tiba et Myd pour la fin du mois. Avant ça faut que je finisse la bande son du nouveau défilé de Virgil Abloh à Paris début mars, et je joue à Londres cette semaine, deux fois. 

soundcloud.com/bromancerecords

Credits


Photographie : Emma Le Doyen
Texte : Ingrid Luquet-Gad

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