c'est la fin du wonder, i-D lui rend hommage

Squattée depuis trois ans, cette ancienne usine à piles de Saint-Ouen est devenue, sous l'impulsion de quelques-uns, un espace dédié à la jeune création en marge des institutions, des galeries et des foires intra-muros. Un lieu de vie, d'amour et d...

par i-D France
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02 Décembre 2016, 11:45am

Laetitia Bech, 27 ans (ci-dessus)

Quand es-tu arrivée au Wonder et qu'est-ce qui a motivé ta décision ?
Je suis arrivée il y a deux ans, j'ai eu un coup de coeur sur l'énergie qui se dégageait du lieu et des personnes réunies.

Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
Je suis plasticienne et set designer.

Comment définirais-tu ton travail, ta pratique, ton esthétique en quelques mots ?
Une science-fiction dans la réalité, un autre monde contenu dans celui-ci.

Si tu devais parler du Wonder à quelqu'un qui ne le connaît pas, qu'est-ce que tu lui raconterais ?
Que c'est un lieu de travail et de vie tenu par de jeunes musiciens et plasticiens.

Où vas-tu aller maintenant que cet espace ferme ? As-tu des idées, des plans en tête ?
On cherche encore un nouvel espace, un pôle photo-vidéo qui mêlera la production de décors et de costumes avec les artistes concernés du Wonder.

Quels sont tes projets en ce moment ?
Je viens de réaliser un clip pour la marque de vêtements d r ô n e qui sort en décembre. Fin 2016 on lance le chapitre 4 des soirées Thunderbreak que j'organise avec Simon Thiébaut. 2017 est l'année où je termine un moyen métrage, Aqua Mater. S'ensuivent une vidéo pour une artiste que j'apprécie beaucoup et deux expositions. Beaucoup de projets très excitants.

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour le futur proche ?
D'enchaîner les collaborations avec les musiciens et les labels qui m'inspirent :Tri Angle, Her records, Keysound, WARP, Rephlex et bien d'autres...

Johan Papaconstantino, 24 ans

Comment s'est faite ta rencontre avec le Wonder ?
Je suis arrivé il y a un an et demi. Pas pour la peinture mais pour la musique. Je joue dans un groupe qui s'appelle la Tendre Emeute et à la base, on est venus parce qu'un studio musique se libérait. Comme je fais aussi de la peinture, un ami m'a proposé de partager l'atelier où je suis aujourd'hui. Je suis né et j'ai grandi à Marseille. J'ai tenté plusieurs écoles d'art, où la greffe n'a pas pris. Au final, j'ai arrêté mes études tout en continuant à peindre.

Si tu devais définir le Wonder en quelques mots, tu dirais quoi ?
C'est un immense atelier où tous les médiums et les disciplines se côtoient. Un lieu qui crée une dynamique totale entre la pratique d'atelier, la pratique de l'exposition et la diffusion : une espèce de grande communauté autogérée où tout est mis à la disposition de chacun. On s'est tous appropriés le lieu comme on l'entend et du coup, on s'est permis beaucoup plus de choses qu'on l'aurait fait dans une galerie, par exemple.

Comment tu te sens, aujourd'hui ?
On es tous un peu tristes mais dans l'ensemble on essaie de voir le côté positif de tout ça. On sait qu'il y aura d'autres ateliers, d'autres groupes, d'autres énergies qui naîtront bientôt.

Qu'est-ce que tout ça t'a apporté ?
Le Wonder, ça m'a permis de réaliser des formats plus grands que d'habitude. De chez moi, je ne pouvais pas me permettre de passer des couches de peinture hyper nocives partout dans ma chambre. Mais je compte continuer à Pantin, où je vais partager mon atelier avec François Malingrëy très bientôt.

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?
D'être heureux, de réussir et de continuer à faire ce que je fais.

Vincent Chéri, 27 ans

Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
Je fais partie du duo de peintres RDLS (renifleurs de linge sale) je fais de la peinture, beaucoup de dessins à l'encre de chine aussi.

Tu es arrivé quand au Wonder ?
Je suis arrivé à ses premiers pas, pour les travaux. Je suis revenu habiter à Lille avant de m'y installer définitivement il y a 4 mois.

Qu'est-ce que ça te fait, de partir d'ici ?
Je prends ça positivement. Je me dis qu'il y aura du nouveau. J'ai plusieurs plans à Pantin et Aubervilliers pour des ateliers. Sinon, je pars en résidence artistique en Inde le 31 décembre pour deux mois. Je monte un bouquin avec Chloé Breil Dupont. Ce sera une encyclopédie, inspirée du codex seraphinianus, écrit par un Italien fou qui a inventé tout un langage insensé. Sinon, RDLS sera là pour la Urban Art Fair, aux côtés d'Agnès B - on travaille souvent avec elle pour faire de grandes palissades dans Paris, c'est très cool.

Qu'est-ce que tu retiens de ces 4 mois passés dans ces ateliers ?
Le Wonder, ça m'a redonné confiance en l'humanité. Je suis un peu solitaire et je me suis retrouvé dans une communauté où tu es obligé de croiser les gens tout le temps. Personne ne frappe à l'entrée, tout le monde passe et dit bonjour : au début, ça me rendait dingue. En fait, tu t'y habitue et c'est très agréable. Ici, c'est un lieu de passage, d'activité, de création. Ça te donne envie de bosser et je suis hyper reconnaissant de cette émulation.

Où tu te vois dans 5 ans ?
J'aimerais sortir plein de bouquins. Même si je suis très mauvais pour écrire. Je m'exerce peu. Je devrais m'y mettre.

Ferdi & Baya, 24 ans

Qu'est-ce que vous faites dans la vie ?
Plein de choses, la liste serait trop bizarre.

Quand êtes-vous arrivés au Wonder ?
Au début du projet, il y a 3 ans environ, juste avant l'hiver.

Qu'est-ce qui vous a motivés tous les deux à rejoindre ce lieu ?
Ça faisait environ 6 mois qu'on avait fini l'école de couture et on cherchait un endroit pour pouvoir travailler. Un gars a dit à une fille de l'école qu'il draguait qu'il avait un plan pour des nouveaux ateliers et elle nous a transmis l'info. On a sauté sur l'occasion et on s'est retrouvé avec une équipe d'environ 20 personnes, provenant majoritairement du squat le Point G qui venait de fermer, devant le gars qui avait le plan relogement en question. On a visité le lieu une première fois, une usine abandonnée depuis 30 ans, puis une deuxième fois et bam! on a commencé les travaux. Y'avait vachement de boulot mais c'était assez grisant de voir un champ des possibles aussi infini.

Comment définiriez-vous l'ambiance, l'atmosphère qui règne au Wonder ?
Ça dépend des périodes. Tout a beaucoup bougé en fonction des gens et des saisons. Le wonder du début c'était pas du tout comme le wonder de maintenant, on était moins nombreux, c'était plus le zbeul. Maintenant y'a plus de gens, on est presque 60. On a un grand jardin, plus d'ateliers aussi. Mais dans l'ensemble ça a toujours été une super ambiance, sans embrouille et on a tous bossé ensemble à un moment ou un autre. La vie en communauté se passe comme partout. D'ailleurs, on est assez surpris quand on sort du wonder, dans « le monde réel » , qui semble d'un coup bien plus triste et grand. Ca nous arrive de pas en sortir pendant une semaine.

Qu'est-ce que tout ça vous a apporté ?
Enormément, à commencer par de l'espace qu'on a transformé en atelier de couture, un endroit où vivre, l'énergie pour monter une entreprise, une ribambelle de potos, plein de techniques qu'on s'est mutuellement fait découvrir. Vivre à Paris c'est hyper compliqué, hyper cher. Y Travailler à son compte c'est encore plus dur. Ici on a de quoi faire, même s'il a fallu donner dans les travaux au début. Sans le Wonder je sais pas ce qu'on ferait aujourd'hui, alors que maintenant on sait très bien ce qu'il nous reste a faire

Et où allez-vous vous retrouver maintenant ?
On sait pas où mais quelque part.

Que peut-on vous souhaiter à tous les deux pour la suite ?
Amour gloire et beautés.

François Malingrey 27 ans

Comment tu te sens aujourd'hui ?
Je viens de terminer mon exposition donc je suis assez relax. La vie est belle.

Quand est-ce que tu es arrivé au Wonder ?
Il y a 3 ans : à l'époque je faisais des aller-retour pour retrouver ma copine à Paris. Un ami m'a parlé d'un plan à Saint-Ouen, une grande usine désaffectée. Je débarque dans le bâtiment : 3 mètres cubes de gravât, pas d'électricité, la jungle. Je suis revenu aider un mois plus tard et je m'y suis installé.

Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
Je fais de la peinture, de la sculpture, des installations figuratives. Je peins mon entourage : le Wonder, ma famille, mes potes. Ce sont des gens qui nourrissent mon travail, parfois j'ai de vraies conversations avec les potes qui m'amènent à revoir ou reconsidérer mes compositions. Mais même les interactions plus banales m'inspirent. Je pense que peindre ces personnes qui m'ont aidé, c'est une certaine justice, finalement.

Le Wonder, c'est quoi pour toi ?
L'enthousiasme. Tout s'est toujours fait dans la joie et sans contrainte. Les gens ont des idées, ils les réalisent et tout le monde suit. C'est un moteur de création.

Qu'est-ce que le Wonder t'a apporté personnellement ?
Ça m'a beaucoup apporté. Déjà, de l'espace et surtout, une énergie de dingue, avec des gens qui te motivent et te donnent envie de faire des choses. On somatise en permanence et les rencontres marquent profondément notre manière de créer.

Quels sont tes projets en ce moment ?
On savait depuis le début qu'on devrait partir un jour. Plusieurs projets se montent et chacun cherche à retrouver un endroit où aller. Avec Jo, on va sûrement déménager pour Pantin dans un nouvel atelier. Je me fais pas de souci pour les gens du Wonder, tous très débrouillards et talentueux. Les choses prennent de plus en plus d'ampleur, on grandit et j'ai plutôt confiance. Ça se trouve, dans cinq ans je ferai du théâtre et je serai trop heureux. En attendant j'expose à la Yohann Gallery, jusqu'au 20 décembre. L'exposition se déroule dans un très bel appartement, j'ai réalisé une série pour l'occasion - et sculpté un géant, qui dort sur le balcon. Un fait assez rare dans le 7ème arrondissement, donc.

Lisa Signorini, 25 ans

Qu'est-ce que tu fais au Wonder et dans la vie ?
Je fais principalement du dessin, de la vidéo et des choses chouettes. En ce moment, je suis en train de terminer un grand dessin pour une exposition collective à New York qui se tiendra dans la galerie d'Aurel Schmidt. Sinon je prépare mon solo show en Russie, à Moscou.

Quand est-ce que tu es arrivée au Wonder ?
Je suis arrivée il y a deux ans. j'avais vécu une rupture sentimentale un peu dure et le Wonder m'a beaucoup aidé. C'était loin, je ne comprenais pas pourquoi les gens y étaient autant attachés. J'y suis allée et ça a été le coup de foudre. Je ne suis jamais repartie.

Qu'est-ce que tu ressens lorsque tu dessines ?
Le dessin me permet de me sortir de moi-même, de m'évader, me guérir, d'être en transe. Je suis quelqu'un de rayonnant mais pour autant, mes dessins sont de plus en plus sombres. On a tous un passager étrange en nous. J'essaie de le rendre créatif.

Est-ce que ce lieu a fait évoluer ta pratique ? T'a fait grandir ?
Ici, chacun a son propre atelier : ce n'est pas un open-space donc on peut librement se concentrer sur ses trucs. Mais surtout, le Wonder m'a apporté beaucoup d'inspiration : j'y ai trouvé de nouveaux modèles et surtout du bonheur. Je suis très heureuse ici.

Tu appréhendes de quitter cet endroit ?
Un peu, même si j'essaie de ne pas trop y penser. La fermeture du Wonder survient à un moment dans ma vie où j'ai une tonne de projets en tête et donc peu de temps pour faire le deuil de cet endroit - ou mon déménagement.

Si tu devais définir l'atmosphère qui règne au Wonder, tu dirais quoi ?
C'est un garde-fous, un endroit qui te canalise et t'apaise.

Tu te vois où dans 5 ans ?
Nulle part mais heureuse. J'aimerais être extatique tout le temps.

La Mouche de gauche à droite : Alex, Rebecca, Max, Samy, Oana, François

Si vous deviez parler de votre musique à quelqu'un qui ne la connaît pas ?
Franchement, c'est bien. Tu vois le film Sin City ? C'est en noir et blanc mais de temps en temps, y'a une couleur vive qui apparaît à l'écran. Bah notre musique, c'est un peu ça.

Vous êtes arrivés quand au Wonder ?
Ça fait deux ans maintenant. En décembre 2014. On a lancé notre groupe un an avant d'intégrer le Wonder.

Comment vous vous sentez, aujourd'hui, maintenant que le Wonder ferme ?
La moitié du groupe se retrouve SDF. Et l'autre moitié va héberger les SDF. Ça nous fait un petit truc. On a créé beaucoup de choses ici et c'est un peu comme si on s'apprêtait à quitter une grande famille. On sait qu'on ne retrouvera que très difficilement un lieu comme celui là, avec autant d'énergie et de gens cool.

Ça vous a apporté quoi d'être ici ?
On a appris la menuiserie, la couture ! Non mais sans rire, on a monté notre propre studio, tout construit, rencontré d'autres musiciens, des gens avec qui on travaille maintenant, comme Samy, Camille ou l'équipe de drône. Notre famille s'est agrandie. Au Wonder, tout le monde s'échange des idées, partage son savoir-faire avec les autres, tout le temps. C'est hyper créatif.

C'est quoi vos projets en ce moment ?
Investir dans le Xanax. On a pas mal de concerts qui arrivent : on fait les premières parties de La Femme et FFF, le 14 au pop-up du Label et le 15 et 16 à Lille. On a beaucoup de trucs en cours, c'est assez cool !

Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour les 5 prochaines années ?
Bonne chance !

Vous êtes pessimistes aujourd'hui ?
Non, en vrai on est fatigués parce qu'on dort plus depuis 10 jours. Mais on reste optimistes.

Et au monde entier, vous lui souhaitez quoi ?
Une très belle révolution. Ou de faire comme cet Américain qui porte un casque anti-bruit et qui n'est probablement toujours pas au courant de l'élection de Trump sur son propre territoire. La vie est sûrement plus belle comme ça.

Nelson Pernisco, 23 ans

Comment s'est faite ta rencontre avec le Wonder ?
En fait tout commence au point G, désormais fermé. J'étais invité à faire la première exposition du squat, à son ouverture. Là-bas, j'ai rencontré deux personnes : Alexandre Gain et Jacques Auberger. On a évolué dans cet endroit pendant 1 an et demi. À l'époque, j'avais besoin d'un atelier pour créer. On avait tenté de monter un premier atelier avec mon ami Floriant. On a entendu parler de cette zone de 23 000 mètres carrés à Saint-Ouen pour construire des ateliers d'artistes : sans fenêtre, sans électricité, sans rien. On a tout reconstruit pendant 1 an.

Qu'est-ce qui vous a donner envie de monter ce lieu ?
C'était un besoin personnel mais on s'est vite aperçus que beaucoup de gens comme nous cherchaient un espace où créer librement, sur Paris et ses environs. On a ouvert le Wonder pour ces raisons - et parce que les mairies ne le font pas à Paris. Pour que les artistes, sculpteurs etc puissent s'exprimer et créer quand ils sortent de l'école. C'est donc un artist-run space, un lieu géré par les artistes et pour les artistes - c'est la politique que j'essaie de mener ici en tout cas. On a mis à disposition des ateliers, à 5 euros le mètre carré par espace privatif. Toutes les parties communes sont mutualisées. Tous les mois, on récupérait un peu d'argent pour continuer les travaux. C'est un espace qui n'a jamais cessé d'évoluer.

Comment tu te sens aujourd'hui ?
Comme on savait qu'on allait devoir partir un jour, ça nous a permis de célébrer cet endroit comme il se doit chaque soir, en sachant que ça pourrait être le dernier. On a accueilli plein d'artistes depuis. Je suis super fier et content de ce projet. C'était la meilleure expérience de ma vie, avec des gens incroyables que j'ai envie de garder près de moi.

Quels sont tes projets, en ce moment ?
Je vais remonter un projet avec 12 artistes qui ont un besoin de travailler, d'avoir une structure soudée. Avec le Wonder, on a prouvé que l'autogestion et l'occupation temporaires étaient possibles, qu'elles étaient avantageuses pour le propriétaire. On a tout fait pour dédiaboliser le squat : on fonctionne sur l'horizontalité, la dé-hiérarchisation tout en étant très respectueux envers ceux qui nous prêtent l'endroit. Habitat a félicité notre projet hier, lors d'une conférence. Je pense que c'est le début d'une nouvelle énergie, d'une démocratisation de ces espaces artistiques alternatifs.

De quoi tu t'inspires pour nourrir ton travail artistique ?
De ce que je vis. J'oscille entre les formes du désastre, du vestige, de la destruction, par rapport à ce climat de vie que j'ai mis en place où tout est en perpétuel mouvement, en construction et en démolition. J'oscille entre travail plastique et politique. J'essaie de dépeindre une vision assez dystopique de ce qui se passe en ce moment. Le Wonder est la réponse à mon travail : la création d'une utopie où l'on a inventé nos propres règles, nos propres lois et où on vit ensemble, heureux.

Margot Dusé, 25 ans

Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
Je fais des costumes depuis que je me suis achetée une machine à coudre en 2012 et que j'ai monté mon propre atelier, « Atelier Darwin » à la même époque. Je réalise de mini-collections capsule, je travaille beaucoup avec des cuirs marocains que je n'achète jamais : je connais tous les ateliers qui sous-traitent le cuirs pour Azzedine Alaïa, Hermès et ils me fournissent en cuir. J'essaie de travailler les matières récupérables car l'industrie du luxe jette beaucoup, pollue énormément, en permanence. J'essaie donc au maximum d'intercepter la chaîne de destruction.

Tu es arrivée quand au Wonder ?
Au début, j'aidais l'équipe de drône à réaliser les chapeaux pour leur collection. Ils m'ont hébergé et j'ai vite rencontré Laetita, avec qui je partage l'atelier aujourd'hui.

Qu'est-ce que le Wonder t'a apporté, artistiquement et personnellement ?
C'était ma toute première fois dans un atelier, avec d'autres artistes. Je m'y sens hyper bien. J'ai tout l'espace et le temps pour travailler, me détendre, voir les autres. D'un point de vue artistique, c'est un lieu extrêmement inspirant. La création des autres a énormément nourri ma pratique personnelle : les toiles de Johan m'ont inspirées un shooting photo, mes costumes lui ont sans doute inspiré une toile en retour… Lorsque j'ai voulu créer un costume de robot, Antonin m'a aidé à réaliser quelques empiècements métalliques, bref : on a 50 cerveaux créatifs prêts à nous porter main forte en permanence. L'énergie est très positive.

Ça te fait quoi, de quitter cet endroit aujourd'hui ?
J'ai une sensation d'inachèvement en moi, l'impression d'avoir encore à accomplir ici. Mais c'était une super expérience que je compte renouveler ailleurs. j'hésite à monter mon atelier dans la Drôme, où j'ai une maison. Sinon, à Beauvais avec la famille des Big Brothers.

Comment tu te vois, dans 5 ans ?
Je rêverais d'être sollicitée pour designer tout un opéra. En ce moment, je m'occupe de la direction artistique de certains projets vidéos, des clips. Pour la première fois, je réalise les chapeaux d'un cabaret à Moscou pour Louboutin avec House of Drama. Chaque danseur sera accompagné d'un costumier. D'ici 5 ans, j'aimerais qu'un chorégraphe vienne me voir pour penser un show en lien avec son scénario.

Antonin Hako, 27 ans

Quand et pourquoi es-tu venu au Wonder ?
Je suis arrivé il y a un an, suite à différents voyages. Je cherchais un espace afin de réaliser une scénographie pour un chorégraphe de danse contemporaine. Nelson et Max m'ont proposé de rester car un atelier se libérait. Je m'y suis installé. Je travaille depuis 8 ans en tant que peintre. Je bosse en duo avec un ami et depuis 2 ans, je suis seul dans un atelier. La collaboration avec cet ami m'a permis de concevoir un langage commun, de communiquer, d'échanger à travers le dessin et la création. Dernièrement, j'ai ressenti le besoin de faire les choses de mon côté, de trouver mon indépendance. Arriver au Wonder m'a permis de retrouver une indépendance créatrice tout en étant dans une richesse d'interactions quotidiennes. Je dois beaucoup aux gens qui ont peuplé ce lieu.

Qu'est-ce que tu y fais ?
De la sculpture et de la peinture. En ce moment, je réalise un série sur l'identité, la mémoire et les interactions qui nous façonnent et nous construisent en tant qu'artistes mais surtout en tant que personnes. Le Wonder m' a beaucoup apporté. C'est une ville dans la ville et vivre avec tous ces gens, travailler à leurs côtés m'a donné envie de questionner la notion d'identité, la place qu'on occupe au sein d'un groupe. Au final je pense qu'on se pose tous cette question d'appartenance. Ces installations représentent des fragments de ma vie passée ici. J'inviterai les gens que j'ai rencontrés à construire des sculptures avec moi.

Quels sont tes projets en ce moment ?
Je vis au jour le jour, sans trop me poser la question. J'aimerais clôturer cette expérience avec une exposition, ne serait-ce que pour remercier les gens qui m'ont permis de créer cette année. J'ai tout un travail autour du textile, la complémentaire de mon projet sur l'identité, en cours. Je pars à Séoul pour le Daily Museum, où je réalise une performance dans le cadre de l'année de la France en Corée. Par ailleurs, je termine une série d'uniformes contemporains intitulée "drapeaux de vie, gang de paix", aux côtés de Simon Thiébaud, de l'équipe drône.

Où est-ce que tu te vois d'ici 5 ans ?
J'ai lâché ma vie à Dieu il y a deux ans, je lui dois tout donc je considère qu'il saura où je serai plus tard.

Jehane Mahmoud, 27 ans

Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
Je suis artiste et photographe.

Quand est-ce que tu as rejoint le Wonder ? Pourquoi ?
Le 31 décembre 2015. Ma meilleure amie a son atelier ici, je venais souvent la voir, j'ai dormi là pour le nouvel an et ne suis plus repartie.

Comment définirais-tu ce lieu en quelques lignes, quelques mots ?
Un Incroyable lieu de travail, de créativité et d'échange de techniques.

Qu'est-ce que ça t'a apporté au quotidien et dans ta pratique artistique ?
De nouvelles figures et du coup de nouvelles inspirations. Ce sont les gens qui m'inspirent et ce lieu a toujours été peuplé de très belles personnes.

Qu'est-ce que tu penses de la politique de l'endroit ?
Pas parfaite mais c'est quand même un lieu dans lequel chaque individu a su créer une ambiance de travail et de vie très harmonieuse pendant trois ans et qui aurait pu continuer.

Où vas-tu aller maintenant ?
Je reste à Paris, je tire mes images dans un labo argentique collectif à Aubervilliers et je monte un studio/atelier chez moi à Saint-Ouen.

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour dans 5 ans ?
Que mon travail évolue sans cesse et que je puisse transposer ma technique au cinéma.

Credits


Photographie : Jehane Mahmoud
Interviews : Malou Briand Rautenberg
Remerciements à Lisa Signorini