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zola et ruby vivent notre vie rêvée

Zola et Ruby ont grandi sur les routes le long des côtes africaines, dans le camion de leurs parents qui carbure à l'huile végétale recyclée. Un road-trip infini durant lequel les deux frère et soeur se sont épris de surf. i-D les a rencontrés les...

par Eulalie Juster
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09 Septembre 2016, 10:00am

D'ou venez-vous? Comment êtes-vous arrivés à Dakar ?Zola : On vient de Cape Town en Afrique du Sud. Ruby: On est arrivés à bord de notre camion. Il roule à l'huile végétale recyclée. Ma mère, mon père, mon frère Zola et moi, on a traversé 17 pays pour arriver jusqu'à Dakar !

La Namibie a été votre premier stop après l'Afrique du Sud ?
Ruby : Oui ! On a fait : l' Afrique du Sud, la Namibie, l'Angola, la République Démocratique du Congo, le Gabon, le Cameroun, le Nigeria, le Benin, le Togo, le Ghana, la Côte d'Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée-Bissau, la Guinée Conakry, quoi d'autre ?

Zola : T'as dit la Sierra Leone ?
Ruby : Oui c'était avant la Guinée. Et puis le Sénégal, la Gambie et le Sénégal à nouveau.

Waw ! Quand est ce que vous avez quitté l'Afrique du Sud ?
R: On est partis il y a plus de 3 ans déjà ! Mais en vrai, on ne roule que depuis 2 ans, à cause d'Ebola. On a dû rester au Liberia car les frontières étaient fermées pendant l'épidémie.

Comment cette idée de road-trip à travers l'Afrique est-elle apparue ?
R: C'était plus l'idée de nos parents. Ils avaient envie de voyager. Nous, on était vraiment petits quand ils ont commencé à en parler. Et ça a pris presque 3 ans pour construire le camion avant de partir ! J'avais 11 ans et Zola 8 quand on a enfin pris la route.

Construire le camion ?
R: À l'origine, c'était un camion fait pour tirer un char d'assaut. Il a fait la guerre d'Angola. Un allemand l'a acheté à l'armée et l'a transformé en petite maison pour deux personnes. Mais sa femme n'a jamais voulu voyager, du coup il a fini dans son garage. On l'a acheté et on l'a transformé pour quatre ! On a construit notre chambre au-dessus dans la tourelle de tir. C'est là qu'on dort, Zola et moi.

Et pourquoi avez-vous décidé d'utiliser de l'huile végétale usagée comme carburant ?
R: Ce camion est vieux et énorme ! Il consomme tellement ! On transporte un réservoir d'eau, des pièces de rechange, de la nourriture, toutes nos affaires et maintenant des litres d'huile ! C'est super lourd. Il fallait qu'on trouve un carburant bon marché. Et l'huile de toute évidence, c'est gratuit…

Comment faites-vous quand vous arrivez quelque part où il n'y a ni restaurant ni hôtel pour vous donner de l'huile ? Comment vous vous débrouillez ?
R : Jusqu'ici, inchalla, on n'a jamais eu de problème. Dans chaque pays où on va, on roule jusque dans les grandes villes et on arrive à trouver de l'huile. Après c'est vrai qu'il nous est arrivé de rester hyper longtemps au même endroit pour en collecter suffisamment. Parfois t'arrives dans des endroits où personne ne fait de friture ou alors où l'huile est si précieuse qu'elle est sans cesse réutilisée. Heureusement, on a un réservoir qui nous permet d'en stocker sous le camion. En fait, on essaye de battre le record du voyage le plus long grâce à un carburant alternatif. Pour le moment, c'est deux Canadiens qui le détiennent : ils ont fait un road-trip aux Etats-Unis en allant de MacDonald's en MacDonald's. (elle se marre).

Ça fait quoi d'être une jeune fille de 15 ans qui habite dans un camion et qui voyage partout ?
R : Ça dépend des jours. Il y a des avantages et des inconvénients. En fait, on devrait déjà être rentrés à la maison. Au début, on ne pensait par partir aussi longtemps : l'idée c'était de remonter le continent la première année et de le redescendre la deuxième. Bien sûr, nos plans ont changé en cours de route… Je devais être de retour à Cape Town pour mes 13 ans. Maintenant ça commence à être dur parce que j'ai tellement grandi ces dernières années que je ne rentre plus dans ma chambre. Et puis, c'est génial d'être ici, en solitaire, mais je ne suis pas avec des amis. Je ne sais pas ce que ça fait d'avoir une bande de copains. Mais je suis comme un poisson dans l'eau dans cet environnement, à parler aux gens qu'on rencontre sur la route, qui viennent nous rendre visite. Pour ça, pas de problème ! À l'inverse, il y a d'autres aspects de la vie ou je suis totalement ignorante !

Tu me donnes plutôt l'impression d'être à l'aise, je suis sûre que tu t'es fait plein d'amis sur la route.
R: Oui j'ai rencontré plein de gens sur la route. Je me suis aussi fait des amis. Le souci c'est que tu les quittes et tu ne leur reparles plus. Pas terrible… Mon père m'a donné ça (elle sort un smartphone). Je peux parler tant que j'ai du wifi mais seulement avec mes copains qui habitent dans de grandes villes et qui en ont aussi ! Donc la plupart du temps, je suis coupée du monde. Parfois c'est dur d'être tout le temps en famille, on se dispute. Zola et moi beaucoup.

Z: T'inquiètes pas, c'est pas grave.

R: Oui, je pense que c'est normal... Et je suis beaucoup plus heureuse depuis que j'ai adopté deux chatons !

Donc c'est facile de rencontrer des gens ?
R: Tu sais, moi je fais la danse du feu. Ma mère aussi. Notre père et Zola ont mis au point des tours de magie vraiment excellents. On a un petit show qu'on met en scène pour remercier les gens qui nous accueillent dans les villages. Pour celui qui n'a jamais vu ça, dans la nuit noire, c'est juste génial ! Habituellement, on est accompagnés par les musiciens du coin et le plus souvent, les gens nous rejoignent pour danser et ça fini en une grande fête.

Est-ce que vous allez à l'école ?
Z : Oui. En fait, c'est l'école à domicile dans le camion. Ma mère nous donne des cours. Je suis en sixième.

Un souvenir fort de ce grand voyage ?
Z : Le jour de mon dixième anniversaire ! On roulait sur une route très boueuse en Côte d'Ivoire. C'était la saison des pluies, la route était très glissante. Mon père a essayé d'éviter un câble qui traînait sur la route, le camion a dérapé et on est tombé dans un ravin. Le camion s'est presque renversé. Ça a pris 4 heures et quinze hommes pour le remettre sur la route. On devait se tenir accrochés aux barreaux des fenêtres pour ne pas tomber.

R: Ah, j'étais sûre que tu allais choisir celui-là ! Quelle journée ! Tu te souviens de maman?

Z: Oui ! Elle se prenait des fous rires tout le temps !

Si vous deviez choisir un endroit de tous ceux que vous avez vus, lequel choisiriez-vous?
Z : Monrovia au Liberia. À cause du surf !

R : Moi, j'ai adoré Lagos au Nigeria. Tout le monde dit que le Nigeria c'est dangereux ! C'est des conneries… Je sais qu'il y a eu des enlèvements, que le Nigéria n'est pas très stable mais Lagos… C'est la ville la plus incroyable que l'on puisse imaginer. 44% de la population nigérienne a moins de 15 ans. Et tous ces gens, ils vont à Lagos, c'est une ville tellement jeune ! Tout le monde fait la fête tout le temps. Tu devrais y aller.

Qu'est ce que ce voyage vous a apporté ?
Ruby : De l'ouverture d'esprit.

Zola : Moi j'étais timide. Maintenant, je parle plus. Je ressemble plus à ma soeur. 

Ruby : Oh, tu es mignon.

Alors quel est votre prochain stop ? Ruby : La Mauritanie. Et puis le Maroc. Mais tu sais, moi j'adore Dakar. Zola peut surfer quand il veut. J'ai trouvé une école géniale. Il se peut que l'on revienne et que l'on s'installe ici.

Quels sont vos rêves ?
Z : J'espère avoir une vie sympa, avec du surf bien sûr. J'aimerais devenir pro et surfer de très grosses vagues. 

R : J'ai beaucoup de rêves. Je veux faire la différence dans ce monde. Peu importe comment. A petite ou à grande échelle, L'environnement, la justice, ces grands sujets qui passent à la trappe. 

Credits


Texte et photographie : Eulalie Juster 

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